Daniel San Pedro et ses niñas guapas enchantent la poésie de Garcia Lorca

À L’institut du Monde arabe, dans le cadre du festival Arabofolies, Daniel San Pedro propose une version concert d’Andando – Lorca 1936, une plongée musicale et poétique dans l’œuvre du dramaturge espagnol. Chants mélancoliques, flamenco et humour décalé, éclatant, C’est toute la caliente espagnole qui s’invite sur le plateau. 

Pas un nuage dans le ciel de Paris, la chaleur est harassante, écrasante, en ces journées de la mi-juin. Il y a dans l’air, un petit quelque chose, une folie, une moiteur, une ambiance festive, rappelant les soirs d’été ibères. Quelle drôle de coïncidence, ce soir, à l’Institut du Monde arabe, qui fait salle comble – 65 % de jauge – , c’est toute l’Espagne qui prend possession des lieux. En clôturant sa trilogie sur Garcia Lorca par une évocation de la Maison de Bernarda Alba, Daniel San Pedro raconte Federico, son pays, ses blessures, ses heures sombres. 

Un chœur de femmes 
Andando Lorca 1936. Conception Daniel San Pedro. Estelle Meyer. © Juliette Parisot

25 juillet 1936, l’autoritaire et hiératique Bernarda Alba meurt, laissant derrière elle ses six filles. Après des années isolées du monde extérieur, de ses joies, de ses peines, la maison-prison de la maîtresse-femme s’ouvre enfin, libérant six beautés qui ne sont absolument pas préparées à affronter le souffle brûlant de l’Andalousie, la folie des hommes, la guerre, la dictature de Franco. Alors que le pays est à feu et à sang, chacune va devoir choisir son avenir, un chemin, un destin. Au loin les luttes fratricides font rage, la fureur des combats se fait entendre, brisant net les rêves, les espoirs de cette sororie si soudée, si disparate. 

Noire Espagne
Andando Lorca 1936. Conception Daniel San Pedro. Camélia Jordana © Juliette Parisot

Portant des tenues noires de deuil, d’orpheline, veillant autant la dépouille de leur mère, que celle de leur créateur – Garcia Lorca étant mort en août 1936, exécuté sommairement par la milice franquiste – les six jeunes femmes errent dans un plateau sobre, sombre, où juste une caisse, un tapis et un autel couvert de bougies servent de décor. Voix d’or pour les unes, plus fragiles mais tellement vibrantes pour les autres, elles chantent à travers les mots du poète leur vague à l’âme, leur inquiétude, leur fugace bonheur. Convoquant les figures féminines qui habitent l’écriture de Federico Garcia LorcaDaniel San Pedro invite à une balade, un voyage au cœur de son pays natal, d’une langue, d’un univers. 

Des présences lumineuses
Andando Lorca 1936. Conception Daniel San Pedro © Juliette Parisot

Au fil du spectacle, le public se laisse happer, charmer, ensorceler par ces ritournelles et ces lamentos d’ailleurs, imaginé par l’excellent Pascal Sangla qui s’est inspiré autant de la musique populaire hispanique, que gospel ou à des musiques arabo-andalouses. Et bien, Évidemment, la distribution cinq étoiles est pour beaucoup dans cet envoûtement collectif. La douce folie d’Aymeline Alix, le discret sourire de Zita Hanrot, la flamboyance rauque de Johanna Nizard, la « slameuse » évanescence d’Audrey Bonnet, Le charme ténébreux de Ruben Molina, l’irradiante présence de Camélia Jordana, l’innérable personnalité d’Estelle Meyer, tout est sortilège et volupté.

Planant dans les cintres, dans la tiédeur et ferveur de la salle, l’ombre de Garcia Lorca rayonne par tous les pores des interprètes, par tous les mots prononcés, par toutes les notes jouées. Bien qu’en version concert, Andando-Lorca 1936 est déjà porteur de belles et nostalgiques promesses.

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore

Andando – Lorca 1936 de Daniel San Pedro
La Compagnie des Petits Champs
Institut du monde arabe
1 Rue des Fossés Saint-Bernard
75005 Paris

Le 15 juin 2021

Textes de Federico Garcia Lorca
Mise en scène, adaptation et traduction de Daniel San Pedro
Composition et direction musicale de Pascal Sangla
Chorégraphie et danse de Ruben Molina
Avec Aymeline Alix, Audrey Bonnet, Zita Hanrot, Camélia Jordana, Estelle Meyer, Johanna Nizard et les musiciens Liv Heym (violon), Pascal Sangla (piano) et M’hamed el Menjra (guitares, luth, percussions).

Crédit photos © Juliette Parisot

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