Fabienne Pascaud © Julien Falsimagne

Fabienne Pascaud ré-ensorcèle le théâtre

Des ors de la Comédie-Française à la campagne berrichonne, des années 1930 à nos jours, Fabienne Pascaud, directrice de la rédaction de Télérama, tisse les histoires croisées de femmes à la recherche de leur destinée. Prenant comme toile du fond le monde du théâtre, qu’elle connaît si bien, elle invite à un bal des fantômes, où vie et mort s’entrelacent. Un premier roman déroutant, passionnant entre mysticisme et réalité fantasmée. 

Robe noire, grand sac besace de la même couleur, arrimé à l’épaule, bracelets en or recouvrant ses avants-bras et tintant à chaque mouvement, la silhouette menue, longiligne de Fabienne Pascaud, grande prêtresse du théâtre, est reconnaissable entre mille. Elle se glisse, à pas feutrés, discrets, presque tous les soirs dans une salle de spectacle. Regard acéré, passionné, redouté, elle a transposé sa passion d’enfant, devenir comédienne, dans sa plume de critique. Auteure de plusieurs livres sur des figures emblématiques du spectacle vivant comme Michel Bouquet, Jean-Michel Ribes ou Ariane Mnouchkine, elle s’essaye avec Rideau noir, pour la première fois, au roman. 

Sur des sentiers battus

En toute logique, elle ancre son récit dans un milieu qu’elle connaît parfaitement bien, le théâtre. Des coulisses du concours de sortie du Conservatoire national supérieur d’Art dramatique de Paris aux loges des comédiens du Français, elle croque finement toute une galerie de personnages hantés par des fantômes du passé. De la costumière envieuse au jeune premier un peu trop sage, en passant par le monstre sacré aux faux airs de Dorian Gray, l’ingénue flamboyante, la dramaturge aux étranges marottes ou l’attaché de presse introverti, la journaliste invite à plonger dans son quotidien fait de strass, de paillettes, mais aussi de sciure, de sueur et de poussière. 

Cœurs de femmes 

Traversant les époques, les espaces, les lieux, Fabienne Pascaud invite à un voyage féminin. Quelles soient issues de la bonne société ou du fin fond des campagnes françaises, les femmes guident sa plume, lui donnent sa sensibilité humaine et palpable. Pour autant, les hommes ne sont pas oubliés de l’intrigue. Manipulateur ou faire valoir, ils hantent les interstices, comblent les vides, les manques. Abordant les rapports mère-fille, souvent toxiques, parfois indifférents, l’absence des pères, les amours au-delà des genres, elle esquisse un monde féminin, féministe étrange, singulier, où vie et mort se conjuguent, où la frontière entre spiritisme et réalité se confondent. 

Déroutant ésotérisme 

Imperceptiblement, Fabienne Pascaud entraîne ses lecteurs dans un domaine où on ne l’attendait pas, le mysticisme. C’est toute la magie de ce Rideau noir, qui se dévore page après page. De celle qui fait la pluie et le beau temps dans les salles parisiennes, on imaginait un roman assez classique, fait d’anecdotes, de souvenirs. C’est bien mal la connaître. Troublante, envoûtante, elle utilise son savoir – immense – pour mieux tordre la réalité, l’entraîner dans un tourbillon d’âmes hantées, d’esprits vengeurs en quête de paix. Bien sûr, l’auteure cède à quelques facilités, quelques raccourcis téléphonés, mais elle sait comme toute comédienne confirmée retenir l’attention du public, le saisir au vol pour mieux l’ensorceler, l’envoûter. 

Avec cette première fiction, la journaliste confirme, s’il était nécessaire, qu’elle a une plume ciselée, qu’elle maîtrise le beau langage. Mais ce qui frappe, c’est que derrière l’image du personnage un peu austère, se cache un imaginaire délirant et déroutant, une vraie âme de romancière.

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore

Rideau Noir de Fabienne Pascaud
Éditions Stock
Collection Bleue

Parution Janvier 2021
270 pages
Prix conseillé 19,50 € 

Crédit portrait © Julien Falsimange

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