Grégory Corre © DR

Grégory Corre, comédien déjanté

Silhouette dégingandée, humour mordant, Grégory Corre s’amuse sur les réseaux sociaux à poster de petits sketchs particulièrement savoureux. En attente la reprise des activités théâtrales et des répétitions de la dernière création de Violaine Arsac, La dernière lettre, il vient de recevoir le prix de meilleur comédien du festival Film in Focus pour son rôle dans Tout ce qui grouille sous la mer de Fabien Legeron et Estelle Faye. Artiste en total liberté, il a accepté d’être en Surexposition. 

Grégory Corre en répétition avec la Cie Adada © DR

Quel est votre premier souvenir d’art vivant ? 
Un spectacle jeune public et je devais être vraiment petit. Je me souviens juste de quelques secondes : une énorme coccinelle grotesque, qui dansait. Je n’avais aucune idée de ce qu’était « l’art vivant » à ce moment-là bien évidemment mais c’est mon premier souvenir.

Quel a été le déclencheur qui vous a donné envie d’embrasser une carrière dans le secteur de l’art vivant ? 
J’aurai aimé dire que c’est après avoir vu le Peer Gynt de 8 heures avec Gérard Desarthe. Mais pas du tout. C’est à cause d’une cassette VHS du spectacle de Michel Courtemanche. Je la regardais en boucle si bien que j’ai fini par tout connaître par cœur et revisitais ses sketchs dans ma chambre. Ça a été le déclencheur puisque par la suite j’ai complètement abandonné l’idée – pourtant ferme à l’époque – de devenir pilote de formule 1.

Qu’est ce qui a fait que vous avez choisi d’être comédien ? 
Surement parce que je passais mon temps à faire le con, ma mère m’a inscrit dans un atelier théâtre à la MJC. J’avais 9 ans. On faisait des spectacles régulièrement. J’ai eu un trou terrible pendant une scène et suis parti en impro… un peu trop longuement. Je n’arrivais pas à m’arrêter, galvanisé par l’adrénaline, et les quelques rires des spectateurs. Je me foutais de savoir s’ils se moquaient ou si c’est parce que ça leur plaisait, j’étais juste en train de prendre un plaisir inconnu jusque-là. Je me suis dit alors que quitte à penser à un métier, autant que ça en soit un où l’on s’éclate comme ça.

Le premier spectacle auquel vous avez participé et quel souvenir en retenez-vous ? 
C’était un spectacle de café-théâtre au théâtre d’EdgarMes meilleurs ennuis, je venais d’apprendre le texte, on a fait une répète de 3 heures avec le metteur en scène (Guillaume Mélanie) qui m’a demandé à la fin : « ça te dit de jouer ce soir ? » j’ai dit « Ok ». Ça a été 1h30 horrible pour tout le monde : le public, mes partenaires et moi. Ça reste, pourtant, un souvenir fantastique. J’y ai joué 1 an par la suite, dans trois pièces différentes. J’ai appris tant de choses – notamment de ne pas monter sur scène après trois heures de répètes- et y ai rencontré des amis avec qui je travaille encore. 

En attente de public © DR

Votre plus grand coup de cœur scénique ? 
Quand j’ai commencé, j’ai été pris dans une compagnie de théâtre de rue avec laquelle on a enchainé les festivals. Ça peut paraître naïf mais je ne connaissais que la scène, je ne savais absolument pas qu’il y avait plus de 500 festivals de théâtre de rue en France. La plupart des spectacles que j’y aivu m’ont fasciné. Tous plus créatifs, drôles, poétiques et beaux les uns que les autres. Il y en a eu un en particulier qui s’appelait Safari intime de la compagnie « Opera Pagaï » les spectateurs déambulaient dans tout un quartier de la ville, réquisitionné pour l’occasion, et assistaient – au hasard d’une fenêtre, d’un jardin, un balcon, un coin de rue – à des scènes de vie quotidiennes de femmes et d’hommes qui se confiaient, s’engueulaient, s’aimaient. On les observait. On « nous » observait comme dans un zoo, en passant du rire aux larmes.
Après avoir connu ça, j’avoue que pendant un temps l’idée d’aller au théâtre m’apparaissait plutôt fade. Jamais je n’avais été autant ému et bouleversé qu’en rue. Et puis quelques mois plus tard, ma petite amie de l’époque m’a trainé voir un spectacle de 4h à la Colline, j’y allais franchement à reculons. Je ne pensais qu’à la possibilité de me barrer à l’entracte, avant même de prendre ma place.
C’était Incendies de Wajdi Mouawad mis en scène par Stanislas Nordey. Un souvenir marqué au fer rouge dans ma mémoire. Je brûlais sur mon fauteuil de mille émotions et me suis levé, au salut, pour applaudir de toutes mes forces. Première fois que j’aie participé à une standing ovation sans m’y sentir obligé.

Garden Party de la Compagnie n°8 © DR

Quelles sont vos plus belles rencontres ? 
Alors ça va être long. 
la compagnie Adada rencontrée en 2006, on est passé par la rue, les festivals, dans des camions en panne, des caravanes bourrées à craquer et puis le Lucernaire, pour revenir à la rue ces dernières années. Beaucoup de route ensemble au sens propre comme figuré et ça continue. Ma famille choisie. 
Jonathan Michel que j’ai rencontré en formation il y a quinze ans. On a commencé par faire des courts métrages de zombie dans les rues de Paris à 3h du matin pour finir quelques années plus tard à la Comédie de Reims dans deux créations des textes Burnout et Breaking the news d’Alexandra Badéa, tout en créant une série courte primée au festival de fiction de la Rochelle. C’est en cheminant avec lui que j’ai compris pourquoi je faisais ce métier, et ce que j’aimais comme théâtre.
Valéry Forestier, metteur en scène de la compagnie du Commun des mortels. Il aime prendre à revers les facilités des comédiens et retourner une pièce pour extraire la fantaisie d’une tragédie, et l’horreur d’une comédie. Il pourrait monter n’importe quel texte, comme s’il n’avait jamais été encore visité. Un orfèvre rigoureux qui m’a appris et m’apprend encore beaucoup de choses.
Violaine Arsac, elle m’a confié le rôle de Noé dans Les Passagers de l’Aube. On travaille ensemble depuis très longtemps, C’est assez étonnant parce que nos univers artistiques sont très différents ; Nous n’aimons pas toujours ce qui plait à l’autre, et malgré tout on se comprend, on se fait confiance, on se soutient. C’est une femme et une artiste exceptionnelle que j’admire de tout mon cœur, ne serait-ce que pour son optimisme inébranlable.
Aurélie Van Den Daele et le fabuleux Deug Doen Group avec qui on a créé L’Absence de Guerre au théâtre de l’aquarium en 2019. C’est une équipe qui travaille ensemble depuis très longtemps. On se dit toujours que c’est assez difficile d’intégrer une compagnie avec des artistes qui se sont construits ensemble, qui ont déjà une histoire ; Mais pas eux, ils m’ont accueilli à bras ouverts. Je n’ai jamais eu l’impression d’être le petit nouveau. Aurélie est une metteuse en scène fabuleuse, boulimique de travail, elle cherche sans paraître essoufflée. Je l’étais pour elle à la voir gérer une équipe de 15 personnes avec autant d’attention et de bienveillance.
La compagnie Nº8 dirigée par Alexandre Pavlata. C’est assez rare d’avoir un metteur en scène qui vous demande d’en faire des caisses, et imagine les spectacles comme des concerts de rock à Woodstock un jour de pluie. C’est une équipe d’artistes fous, avec qui j’avais rêvé de jouer. Encore un souhait de réalisé.
Et puis des partenaires de scène comme Benjamin Bernard ou Guillaume Tagnati avec qui j’ai joué de nombreux spectacles, et qui sont devenus des amis très chers. À la limite d’être hors de prix.
Encore un vieil adage qui se vérifie, les plus belles rencontres sont celles qui durent.

Grégory Corre, engagé dans la réouverture des théâtre © DR

En quoi votre métier est essentiel à votre équilibre ? 
En ce moment il apparaît « non essentiel » alors cette question me fait sourire j’avoue. Pourtant, nos sociétés se sont formées à travers le temps grâce aux histoires qu’on se racontait. C’est notre imagination qui nous a élevés. Et c’est elle qui continue de nous faire espérer. 
Mais pour revenir à la question, je dirai que c’est parce qu’il m’a éduqué. C’est grâce à ce métier que j’ai appris à comprendre ce qui m’entourait, que j’ai découvert des textes à côté desquels je serai surement passé dans une autre vie, qui m’ont permis de rêver, d’imaginer, d’espérer et de croire. Il est essentiel à mon équilibre parce qu’il me tient éveiller.

Qu’est-ce qui vous inspire ? 
La musique, beaucoup. Et puis je regarde les gens. Je reste discret je vous rassure, on ne dirait pas un taré qui scrute le moindre faits et gestes de ses voisins mais j’aime bien regarder comment elles ou ils marchent, parlent. Je ne me rappelle pas avoir utiliser un des trucs que j’avais pu observer mais je pense que ça se fait inconsciemment. J’aime bien aussi imaginer à quoi pensent les gens, surtout dans le métro. Après, bon, je ne prends pas souvent le métro parce que j’ai un scooter ; qui est un autre lieu d’inspiration. C’est sur mon scoot que je revois mes textes, que je pense à des idées de pièces. Alors oui, j’ai perdu pas mal de points sur mon permis mais souvent ça valait le coup.

De quel ordre est votre rapport à la scène ? 
Là tout de suite ça me manque terriblement. 
Et sinon quand on peut jouer, je la vois un peu comme un exutoire, un endroit ou tout est permis. Une boite noire de l’inconscient, ou si l’on se concentre bien on peut voir mille couleurs. Boooonnn, après si on en voit entre 10 et 12 c’est déjà pas mal, même quatre allez… ( ;))

A quel endroit de votre chair, de votre corps situez-vous votre désir de faire votre métier ? 
Dans le ventre. C’est un peu là que tout se passe chez moi. Surtout le trac pour être honnête. 

Avec quels autres artistes aimeriez-vous travailler ? 
J’avais commencé à faire une liste non exhaustive mais franchement c’était trop long. 

Europeana, unie brève histoire du XXe siècle de Patrik Ourednik, lecture du moment © DR

À quel projet fou aimeriez-vous participé ? 
Europeana, une brève histoire du 20e siècle un texte de Patrick Ourednick qui retrace notre histoire au cours de ce siècle. Un résumé cynique sans pitié parfois, empathique à d’autres moments, avec en toile de fond l’importance d’alerter la mémoire commune. Je ne vois pas trop comment ça pourrait être monté au théâtre, c’est un texte si particulier qui semble ne pas prendre de respiration pour nous raconter tout ce qu’on a fait en cent ans. J’aimerais beaucoup le voir jouer, et encore plus y participer.

Si votre vie était une œuvre, qu’elle serait-elle ? 
Un tableau inachevé, mais plutôt coloré.

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore

Les passagers de l’aube de Violaine Arsac
All That Roams Below de de Fabien Legeron et Estelle Faye
festival Film in Focus

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1 Comment

  1. Heureux les fêlés ils laissent passer la lumière….Les stories de ce grand acteur (ou acteur grand) sont complètement addictives. Je revendique le statut de fan absolu.!

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