Incandescences d'Ahmed Madani. © Compagnie Madani

Ahmed Madani chante les amours de cité

Après Illumination(s) et F(l)ammes, le metteur en scène Ahmed Madani conclut sa trilogie Face à leur destin, en explorant les parades amoureuses, les sentiments et les codes qui régissent les comportements de drague au cœur des cités. Partagé entre un machisme imposé et une volonté de changer les choses, neuf jeunes femmes et jeunes hommes non professionnels investissent avec fougue et passion la scène, quitte à surfer sur quelques clichés. 

Au Théâtre 71, scène nationale de Malakoff, Ahmed Madani profite de la pause imposée par le confinement, pour affiner sa dernière création, une plongée dans le cœur palpitant de jeunes de vingt à trente ans, issus de l’immigration ou ayant grandi dans les quartiers populaires. Comme à son habitude, il est allé à la rencontre d’une centaine de filles et de garçons qui ont accepté de parler de leur ressenti, de raconter leurs histoires d’amour, celles de leurs parents. Riche de cette matière qu’il a compilée, mélangée, ciselée, le metteur en scène tisse un spectacle un brin naïf mais nourri d’humanité. 

De tous les amours, de toutes les unions
Incandescences d'Ahmed Madani. © Nicolas Clauss

Au fil d’un récit choral, chacun des neufs artistes, qu’ils soient amateurs ou non, dévoile son identité, son parcours, ses amours. Il y a entre-autres, Virgile Leclaire, l’enfant tant désiré, dont la mère follement amoureuse de son mari, à braver le VIH pour lui donner naissance ; Julie Plaisir, la métisse délurée dont les parents ont connu une étincelle de très courte durée ; Aboubacar Camara, l’ainé d’une grande fratrie d’un foyer polygame ; Jordan Rezgui, le danseur hétéro qui aimait jouer à la poupée enfant ou Merbouha Rahmani, le garçon manqué de la bande. Tous ont leur histoire. Bien sûr, aucune n’est parfaite, mais elle est leur trésor, leur singularité. 

La place de la femme

Qu’ils aient découvert le sexe via le porno ou l’amour dans la cour d’école, qu’ils aient connu le pécher de chair dans les toilettes pour handicapés de la médiathèque de Cergy-Préfecture ou aient cédé à la pression communautaire et familiale, tous ont la fâcheuse tendance, bien malgré eux, à considérer la femme comme un objet à posséder, à mettre en cage. Pourtant, tous aimeraient dépasser ce cliché, mais même les jeunes femmes, plutôt féministes et émancipées, ont bien du mal à ne pas se laisser enfermer dans des cases, à se libérer de cette chape de plomb qu’est la loi des cités. 

Un spectacle en maturation

Étirant les récits, puisant dans chacune des histoires, une vérité propre à l’un ou l’autre de nos protagonistes, Ahmed Madani, dont on reconnaît la touche délicate, généreuse, n’a pas encore trouvé la flamme qui rendrait incandescent cette exploration des comportements amoureux. Il tâtonne encore, cherche le bon rythme, le bon ton. L’essence du spectacle est là, affleure derrière les mots touchant d’Aboubacar Camarales voix sensibles de Marie Ntotcho et d’Izabela Zak, les danses de Jordan Rezgui, la colère rentrée de Merbouha Rahmani, la résilience pétulante de Julie Plaisir, la tempérance de Philippe Quy et la fougue d’Ibrahima Diop

Touché par l’humanité qui se dégage de la scène, on est séduit par cette jeunesse qui rêve d’échapper à des destinées trop bien tracées. L’amour est la clé. Ils le savent, le chérissent, s’apprêtent à l’étreindre sans compromission, au-delà des préjugés.  

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore

Incandescence d’Ahmed Madani
Résidence au Théâtre 71 – Scène nationale de Malakoff
3 Place du 11 Novembre

92240 Malakoff
Durée 1h45

Tournée 
les 15 et 16 décembre 2020 au Théâtre Firmin Gémier-La Piscine, Châtenay-Malabry
Le 7 janvier 2021 au Liburnia, Libourne
Le 13 janvier 2021 au Phénix, Valenciennes 
les 26 et 27 janvier 2021 au Théâtre Éphémère de la Scène nationale de l’Essonne, Agora-Desnos, Évry
le 29 janvier 2021 aux Passerelles,  Pontault-Combault
Du 3 au 7 février 2021 à la MC93, Bobigny 
Le 11 février 2021 à La Sucrerie, Coulommiers
Les 16 et 17 février 2021 à La Maison de la Culture, Amiens
Le 2 mars 2021 au Théâtre Auditorium de Poitiers
Le 6 mars 2021 au Théâtre André Malraux, Gagny
Le 9 mars 2021 au Théâtre de l’Arsenal, Val-de-Reuil
Le 13 mars 2021 au Théâtre La Colonne, Miramas /
Du 22 au 26 mars 2021 au Grand T, Nantes
Le 3 avril 2021au Vivat, Armentières
Le 9 avril 2021 au Théâtre de Chelles
Les 15 et 16 avril 2021 au Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines
Du 21 au 23 avril 2021 au CDN Normandie-Rouen
Les 29 et 30 avril 2021 à Fontenay-en-Scènes, Fontenay-sous-Bois 
Le 7 mai 2021 Théâtre de Brétigny
Les 11 et 12 mai 2021 au Collectif 12, Mantes-la-Jolie, en collaboration avec le Théâtre de La Nacelle à Aubergenville 

Texte et mise en scène Ahmed Madani assisté d’Issam Rachyq-Ahrad
Avec Aboubacar Camara, Ibrahima Diop, Virgil Leclaire, Marie Ntotcho, Julie Plaisir, Philippe Quy, Merbouha Rahmani, Jordan Rezgui et Izabela Zak
Création vidéo de Nicolas Clauss
Création sonore de Christophe Séchet
Regard extérieur chorégraphique de Salia Sanou
Création lumières et régie générale de Damien Klein
Costumes d’Ahmed Madani et Pascale Barré
Coach vocaux Dominique Magloire
Coach danse Jérôme Kaboré

Crédit photos © Compagnie Madani et © Nicolas Clauss

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