Time to tell de Martin Palisse et David Gauchard. L'unijambiste. Les Subs. © Pierre Bellec

L’autoportrait jonglé de Martin Palisse par David Gauchard

Aux Subs à Lyon, faute de pouvoir jouer devant du public, David Gauchard et Martin Palisse répètent inlassablement et peaufinent le spectacle né de leur collaboration, Time to tell. Reportage dans l’antre créatif d’un lieu d’expériences artistiques. 

En ce 11 novembre, le ciel est gris, le temps froid, pluvieux sur la capitale des Gaules. Pour se rendre aux « Subs », véritable laboratoire artistique, il faut longer la Saône, bordée de ses hautes bâtisses ocres, roses, qui rappellent l’Italie, le sud. Pôle de création depuis 1998, le lieu a connu bien des histoires. Quartier artisanal à l’époque gallo-romaine, puis couvent pour les sœurs visitandines au XVIIe siècle, les bâtiments jaunes orangés sont investis après la Révolution par l’armée, qui s’en sert de réserves pour les vivres destinés aux soldatesques de la région. Derrière les hauts murs, on fabrique du pain, conditionne du tabac ou torréfie du café. Abandonnés en 1991, puis rénovés en 1997 sous l’ère Raymond Barre, les « subsistances militaires » sont définitivement consacrées à l’art vivant l’année d’après. 

Ouvert quand même
Pli d'Inbal Ben Haim. Alexis Mérat. Domitille. Les Subs_ © OFGDA

C’est Stéphane Malfettes, directeur des lieux depuis un an maintenant, qui nous accueille. En quelques mots, il présente son projet, les « Subs », qui, tourné vers la création et la recherche artistique, a pour objectif de redynamiser l’institution, lui offrir après vingt ans d’existence, une nouvelle jeunesse. Suivant les consignes gouvernementales et ministérielles, il a décidé d’ouvrir ses portes aux artistes pour leur permettre de continuer à travailler, à préparer demain. Au Hangar, la circassienne Inbal Ben Haim, le plasticien spécialiste du papier Alexis Mérat et la scénographe Domitille Marin, réinventent l’art de la suspension, manipulent la matière, questionnent la fragilité du matériau, l’agilité du corps. 

Une première singulière
Time to tell de Martin Palisse et David Gauchard. L'unijambiste. Les Subs. © OFGDA

Un peu plus loin, sous la verrière style Eiffel, le metteur en scène de la compagnie l’Unijambiste, David Gauchard donne ses dernières consignes à l’équipe artistique. Time to tell, sa dernière création, imaginée en collaboration avec le jongleur Martin Palisse, qui aurait dû voir le jour à l’occasion de la Nuit du Cirque 2020, va être jouée pour le première fois devant quelques privilégiés. Aboutissement autant que début d’une nouvelle aventure, cette présentation, ce filage marque une nouvelle étape de travail. En effet, des extraits vont être présentés dans le cadre de la version numérique de la manifestation circassienne. 

A la Boulangerie
Time to tell de Martin Palisse et David Gauchard. L'unijambiste. Les Subs. © OFGDA

Sourire avenant bien qu’un brin crispé, le trac d’avant générale, David Gauchard nous invite à pénétrer dans la seconde salle des « Subs », la Boulangerie. De chaque côté d’une piste blanche ont été installés des sièges. Chacun des invités s’installent, tous à proximité de la scène. Silence, noir, une silhouette longiligne apparait. Débardeur, short, Martin Palisse darde de son regard bleu azur l’assistance. Il prend une inspiration, se concentre. Puis dans un flot quasi ininterrompu de paroles, conte sa vie, sa maladie, son désir de toujours se surpasser. Jongler est plus qu’une passion, c’est une manière de vivre, d’oublier la faiblesse de ses poumons. Il rate parfois, recommence, jamais ne perd espoir. 

Au-delà des mots
Time to tell de Martin Palisse et David Gauchard. L'unijambiste. Les Subs. © OFGDA

Véritable introspection venant expliquer son œuvre, Time to tell est un moment suspendu, une sorte de fin de cycle pour mieux en entamer un nouveau. Nous invitant à entrer dans sa tête, Martin Palisse se met à nu, se libère d’un poids. Il habite l’espace à sa manière unique, détachée. Se mettant à distance de sa propre histoire, il livre une partition tenue, fragile, sur le fil, que le temps va peaufiner, que le travail de dramaturge, de metteur en scène de David Gauchard va ciseler. Se laissant porter par les musiques pop, jazz, éléctro, le jongleur se dépense sans compter, jusqu’à la limite de ses capacités physiques. C’est à la fois toute la beauté du geste et sa vulnérabilité. 

La représentation s’achève. Les murs ont vibré, le vivant l’a emporté sur tout le reste, la maladie, la pandémie. Reste encore l’inconnu de quand le spectacle pourra être créer – février certainement – , se frotter au public, s’épanouir, mais confiant les deux artistes ont décidé, soutenus par le directeur des « Subs » et toute l’équipe, de continuer coûte que coûte, à travailler. Souhaitons-leur le meilleur pour la suite, un bon vent pour une belle tournée. 

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore – Envoyé spécial à Lyon 

Time to tell de David Gauchard & Martin Palisse
Résidence Les Subs novembre 2020
La nuit du Cirque du 13 au 15 novembre 2020
Création prévue en février 2021
Durée 1h00 environ 

Conception, mise en scène et scénographie de David Gauchard & Martin Palisse
avec Martin Palisse
Création son de Chloé Levoy
Création lumière de Gautier Devoucoux

Crédit photos © Pierre Bellec et © OFGDA

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