Cédric Orain se frotte poétiquement au mythe des Enfants sauvages

Entre fantasme et réalité, l’auteur et metteur en scène Cédric Orain interroge notre rapport à l’autre, à la différence, à la normalité à travers l’histoire d’un enfant sauvage. Préférant le conte au récit littéral, il signe un spectacle délicat sur l’hominisation à tout prix. 

C’est l’histoire de Victor, ce garçon de l’Aveyron, aperçu en 1797 dans le Tarn, capturé deux ans plus tard, après une longue traque, et dont Truffaut fit un film. Mais c’est aussi celle de Kaspar Hauser, cet adolescent apeuré, épuisé, découvert dans une rue de Nuremberg, en Bavière, qui inspira Verlaine ou Handke. S’emparant de ces récits de vies singulières, de ces enfants sauvages élevés dans des milieux hostiles et qui, rattrapés par la civilisation, ont dû trouver leur place dans l’humanité, Cédric Orain invite à une réflexion sur nos sociétés, leurs volontés acharnées, malgré toutes les bonnes intentions du monde, à  tout faire entrer dans des cases, des moules. 

S’adapter coûte que coûte
Enfants sauvages de Cédric Orain. Petteri Savikorpi. © Marc Paskine

Vu à l’orée d’un bois, un jeune garçon nu (extraordinaire Petteri Savikorpi) s’enfuit dans les futaies. Sa présence questionne les villageois. Une battue est aussitôt décidée pour le retrouver. Effrayé, il s’est retranché derrière des buissons, des feuillages. C’est là que des chiens le repère, le retrouve. Capturé, il est amené chez un médecin pour être observé, pour vérifier qu’il va bien. Le diagnostic tombe c’est un enfant sauvage, dont on ne pourra rien tirer. Il est trop bête, pas adapter à notre vie urbaine. Une jeune médecin (étonnante Laure Wolf), troublée par l’enfant, par sa manière unique de se déplacer à vive allure à quatre pattes, décide de tenter une expérience, l’éduquer, l’hominiser à sa manière. 

La difficulté d’adéquation

Pour le jeune garçon, tout est découverte et contrainte. Pour la jeune femme, une forme d’incompréhension domine, malgré son empathie. Avec douceur, elle tente une approche douce, mais se trouve vite confronter au désir de liberté absolue de l’enfant. Entremêlant les fils de son récit, alternant les points de vue, Cédric Orain signe un texte touchant, plein de poésie. Entre la réalité d’un monde plein de règles et la vie sauvage, une sorte d’impossible adéquation fait jour. Bête de foire pour les uns, être humain à éduquer pour les autres, le jeune homme finit, après moultes aventures, moultes déceptions, à trouver sa voix, inventer sa propre parole, son propre chemin.

Des artistes épatants

S’appuyant sur la belle scénographie de Pierre NouvelCédric Orain tisse une fable d’aujourd’hui, qui loin d’être manichéenne, offre aux enfants comme aux grands, matière à réfléchir sur l’état de nos sociétés, leurs manières d’appréhender leurs rapports à l’autre, dans toutes leurs complexités, toutes leurs différences. Impressionnant acrobate, Petteri Savikorpi incarne le jeune sauvage. Corps souple, il virevolte, s’envole, investit l’espace avec fougue. Face à Lui, Laure Wolf et David Migeot interprêtent tous les autres personnages, l’aide-ménagère pleine de compassion, le professeur incapable de voir au-delà de sa science, monsieur loyal rêvant d’avoir dans sa ménagerie ce garçon différent le policier charitable. 

Loin de tous clichés, Enfants sauvages est un beau spectacle, riche et captivant qui attrape par sa simplicité, la force de son propos tout en nuance. Questionnant l’état de nos sociétés, Cédric Orain ouvre un champ de réflexions passionnant qui touche autant les petits que les grands.

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore

Enfants sauvages de Cédric Orain
Création le 5 octobre 2020 à la Maison de la Culture d’Amiens
Festival la Grande Échelle – Adami
Théâtre de Paris-Villette
211 Avenue Jean Jaurès
75019 Paris 
durée 1h00 environ

Tournée
du 10 au 13 novembre 2020 à la Comédie, Centre dramatique national de Reims – Annulé
du 8 au 10 décembre 2020 au Phénix, Scène nationale Valenciennes, pôle européen de création
du 13 au 15 janvier 2021 à. La MCL de Gauchy, Scène conventionnée enfance et jeunesse, Gauchys
du 21 au 23 janvier 2021 au Grand Bleu, Scène conventionnée enfance et jeunesse, Lille
les 7 et 8 février 2021 au Festival Momix, CRÉA – Scène Conventionnée Jeune Public, Kingersheim
du 15 au 26 mars 2021 aux Plateaux Sauvages, Paris
les 15 et 16 avril 2021 au Vivat, scène conventionnée, Armentières

Mise en scène de Cédric Orain 
avec David Migeot et Laure Wolf et l’acrobate Petteri Savikorpi 
Scénographie-vidéo de Pierre Nouvel 
Création lumière de Bertrand Couderc 
Musique de Lucas Lelievre 
Costumes de Sophie Hampe 
Régie générale de Pierre-Yves Leborgne 
Régie lumière de Jérémy Pichereau 
Régie vidéo et son de Théo Lavirotte 

Crédit photos © Marc Paskine

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