Anne Bouvier, la nouvelle tête pensante de l'Adami. © Pascal Ito

Anne Bouvier, nouvelle tête pensante de l’Adami

En septembre, la comédienne et metteuse en scène Anne Bouvier a été élue Présidente de l’Adami, un rôle qu’elle prend très à cœur en cette période troublée. 

L’Adami est une société civile, créée en 1955, pour administrer les droits des artistes et musiciens interprètes, c’est-à-dire qu’elle gère les droits pour la diffusion de leur travail enregistré. Sa mission est de défendre les intérêts d’une seule et même profession : celle d’artiste-interprète.

Vous voilà élue Présidente de l’Adami, comment cela s’est-il passé ?
Talents Adami révélations Classiques 2020. Présidente Anne Bouvier. © Quentin Chevrier.

Anne Bouvier : Jean-Jacques Milteau qui était Président du conseil d’administration, depuis 2013, après Philippe Ogouz et Pierre Santini, a démissionné cet été. Après avoir été élue, l’an passé, Vice-présidente, il m’a semblé logique de me présenter pour prendre sa suite. Étant la seule candidate, je me suis retrouvée sans conteste à la direction de l’Adami. Il y avait comme une évidence, une cohérence. C’est d’autant plus important à mes yeux que je suis la première femme à ce poste. Ce qui me procure une certaine fierté ! D’ailleurs nous avons aussi une vice-présidente, Annelise Clément. Nous sommes donc deux femmes à la tête du Conseil d’Administration. Ce qui est historique. Une comédienne et une musicienne classique, l’alternance est respectée.

Quel est votre rôle ?
Anne Bouvier. Présidente de l'adami . © DR

Anne Bouvier : Je participe à la stratégie globale de la société. Attention, c’est un travail collégial qui se fait avec le directeur général gérant de l’Adami, Bruno Boutleux. Je représente le Conseil d’Administration et lui l’autre partie de cette société civile. Mon rôle est donc de faire le lien, de remonter les informations, et de faire un point sur les choses qui vont et celles qui ne vont pas. Je fais des propositions, puis on en discute avec tous les directeurs qui font partie de l’instance. Avec le comité de direction, on établit une stratégie, on se donne des objectifs pour la société. Toutes les décisions sont votées par le Conseil. On va aller de plus en plus vers une société de services, « tu es associé donc tu as droit à un certain nombre d’aides et de services ». J’ai aussi un devoir de représentation, donc d’aller voir toutes les opérations que l’on fait, comme les talents Adami, les révélations classiques. Je représente ainsi l’Adami dans les autres manifestations. Je remets les prix.

Qui compose ce conseil d’administration ?
Le chœur de Fanny de Chaillé. talents Adami Théâtre 2020. présidente Anne Bouvier.  © Marc Domage

Anne Bouvier : Il est composé de 24 artistes, des musiciennes et musiciens, des comédiennes et comédiens, et une chorégraphe danseuse, élus par les associés. Les sièges sont proportionnels aux droits générés. Pour être associés, il suffit d’avoir cotisé au moins une fois dans sa vie 15 €. Ce statut permet ensuite de voter, de se présenter aux commissions, au Conseil d’administration, et de percevoir ses droits à l’étranger. En plus du Conseil d’Administration, il y a une petite tête pensante qui s’appelle le com-ex, le comité exécutif. On est sept, il est constitué de la présidente, bien sûr, de la vice-présidente, de Karim Kacel (administrateur chargé de l’action artistique et culturelle), de Dorothée Hannequin (et présidente de la commission relation artistes), de Sylvie Feit (Présidente de la commission de la perception et de la répartition), de Sam Karmann (président des affaires internationales) et de Laurent de Wilde (président de la commission des finances et du budget). Ensemble, on réfléchit et l’on propose au C.A. qui en débat puis vote pour ou contre. C’est lui qui a le « final cut » ! Le C.A. se réunit une fois par mois, mais en ce moment avec tout ce qui se passe, c’est un peu plus soutenu. Pendant le confinement, nous avons eu beaucoup de visioconférences.

Pourquoi, c’était important pour vous ?
Talents Adami révélations Classiques 2020. Présidente Anne Bouvier. © Quentin Chevrier.

Anne Bouvier : J’avoue que d’être la première femme Présidente de l’Adami, cela me plaisait bien. Même si je ne suis pas très engagée dans le combat féministe au quotidien, je me rends compte que c’est un vrai sujet. Étant donné l’état actuel des choses, la crise que l’on traverse, il y a un nouveau modèle économique et social à créer. C’est un gros challenge. On va avoir moins d’argent. Tout est à reconstruire. C’est flippant mais passionnant. J’arrive à un moment charnière et cela m’intéresse aussi. Comme je suis encore sur le terrain, c’est pas mal aussi. Je suis dans le coup, pas trop déconnectée. Je vois ce qui se passe sur le terrain et mon poste me permet d’agir. Quand les camarades me remontent des infos, je peux m’en saisir, voir ce que l’on peut faire, comment répondre à leur attente. Comme on a les moyens, j’ai le sentiment de servir à quelque chose, de pouvoir mettre des choses en place. Je peux à mon niveau tenter, essayer de faire, d’améliorer un peu le quotidien des associés, des artistes, des interprètes. 

Face à la crise actuelle, quelles sont vos positions, vos propositions ?
Le chœur de Fanny de Chaillé. talents Adami Théâtre 2020. présidente Anne Bouvier.  © Marc Domage

Anne Bouvier : On va avoir à peu près une baisse de 30 % de notre budget de l’action artistique. Ce qui est une catastrophe. A un moment l’Adami a eu suffisamment d’argent pour développer de nombreuses opérations, des événements. Maintenant, on n’en est plus là, donc on resserre autour de l’artiste. On est une société d’artistes, l’argent vient des artistes. L’Adami déclencheur, pour le spectacle, et 365, pour la musique, sont des programmes qui marchent très bien. Tu es à l’origine de ton projet, on t’accompagne jusqu’au bout de l’aventure. On a évidemment renforcé le côté solidarité avec Droit au cœur, fond qu’avait créé Philippe Ogouz pour aider les plus démunis, ceux qui doivent faire face aux catastrophes de la vie. Nous avons aussi créé des aides économiques d’urgence pour accompagner les artistes. On a puisé dans les réserves, car on a eu beaucoup de demandes, surtout de la part des musiciens, les DJ pour qui la crise est terrible. Beaucoup d’entre eux sont auto-producteurs et donc ne touchent pas les aides de Pôle emploi. On va développer l’international, en nous rapprochant de nos homologues étrangers, en signant des accords avec les pays, surtout pour la musique. Plus on signera de convention avec d’autres pays, plus les artistes récupéreront de l’argent. Il y a aussi la copie privée qui baisse à cause du streaming. Il faut que l’on trouve de nouvelles ressources, car pour répartir de l’argent, il faut en récolter. Le gros enjeu est les plateformes, Nexflix, Amazon, etc…, qui pour l’instant ne reversent pas du tout de droits voisins. Il y a bien la loi sur l’audiovisuel, où dans le texte il est dit qu’on aurait un droit à rémunération proportionnelle, mais Il y a tellement d’exceptions dans la loi que l’on sait très bien que l’on ne touchera jamais cette rémunération proportionnelle. C’est un gros bras de fer. Cela passe le 9 octobre à l’Assemblée, mais c’est loin d’être gagné. C’est pour ça que l’on a lancé des pétitions, signées par des artistes parce que ce n’est pas juste. 

L’engagement a une forte place dans votre vie ?

Anne Bouvier :  C’est un peu comme avec la mise en scène, les choses sont venues à moi, mais ce n’est pas moi qui les ai provoquées. C’est parce qu’elles sont venues que je me suis rendue compte que cela me plaisait et que j’y avais peut-être ma place. Que c’était important pour moi. Un jour, j’ai reçu un appel à candidature pour la commission dramatique à l’Adami, j’ai eu un flash, et je me suis dit pourquoi pas. C’était un sacré boulot, 50 dossiers à étudier par mois. Et cela m’a énormément plu. Je suis tellement consciente de ce que c’est de monter un spectacle, d’être une compagnie, de trouver l’argent, des lieux. Comme je sais que c’est difficile pour les auteurs vivants de faire jouer leur pièce. Mon engagement, je l’ai trouvé dans mon métier. Je suis membre du Syndicat national des metteurs en scène, j’ai été au Conseil d’Administration. C’est Panchika Velez qui était venue me chercher. Certaines personnes ont senti en moi ce goût de l’engagement, qui n’était pas assumé ou que je n’arrivais pas à exprimer. Cela m’a révélée. C’est important. Je suis au SNMS, au SFA, car ce sont eux les syndicats qui sont en tête des négociations. Je suis engagée parce que je sais que ce métier d’artiste est difficile.  

Comment conciliez-vous les charges de ce poste avec celles de metteuse en scène et comédienne ?
En juillet 2018, Anne Bouvier mettait en scène Kamikazes, une pièce écrite par Stéphane Guérin. © DR

Anne Bouvier : Je suis une hyperactive ! J’essaye d’avoir plusieurs casquettes : répétitions, mises en scène et Adami. Il faut avoir une discipline intellectuelle. J’ai fait deux ans de prépa Khâgne-Hypokhâgne. J’avais toujours voulu faire du théâtre mais je ne me sentais pas prête, un peu timide. Mais je voulais avoir quand même un bagage, une structure, une formation rapide et efficace, costaude et solide. Mes années de prépa m’ont appris à travailler et à travailler beaucoup et vite. Je me rends compte combien cette formation-là me sert beaucoup aujourd’hui. J’ai toujours eu le goût du travail. 

Quels sont vos projets personnels ?
Anne Bouvier dans Mademoiselle Molière. © Fabienne Rappeneau

Anne Bouvier : Je mets en scène une pièce d’Arnaud Gidoin au Théâtre de la Tête d’or à Lyon, dans laquelle je joue, qui en raison des restrictions sanitaires est décalé d’une année. Je vais tourner un petit rôle dans le prochain film d’Yvan Attal, et dans des séries télé, une pour TF1 et une pour France 3. J’ai toujours mon rôle. Récurent sur Scènes de Ménage, où j’incarne une nana déjantée, très chouette à faire. Voilà mes projets jusqu’en janvier, si tout se passe bien, ensuite je dois partir en tournée avec Mademoiselle Molière, tournée que l’on aurait dû faire au printemps dernier. Et puis, il y a des choses mais comme elles sont encore dans les tuyaux, je ne peux rien dire !  

Entretien réalisé par Marie Céline Nivière

Crédit photos © Pascal Ito, © Marc Domage et © Quentin Chevrier

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