Rembrandt, le portraitiste magnifié virtuellement au Thyssen

Coronavirus oblige, la rétrospective consacrée au maître flamand, qui devait se tenir jusqu’au 24 mai 2020 au musée Thyssen-Bornemisza à Madrid, a dû fermer ses portes très prématurément. Toutefois, rien n’est perdu, l’institution espagnole propose d’en faire virtuellement la visite. Une ingénieuse habitude en ces temps confinés. 

Le trait parait léger, flou, presque aérien. Les visages, figés par la peinture à l’huile, attirent, les uns après les autres, les regards. Le jeu du clair-obscur, parfaitement maîtrisé, les lumières ciselant les collerettes de dentelle amidonnée, l’arête du nez, le galbe d’une pommette, servent d’écrins à tous ces portraiturés, ces notables en quête de gloire, espérant ainsi laisser une trace aux générations futures. De chacun d’entre eux, il se dégage une aura singulière, une intensité, une force intérieure. Les expressions sont sévères souvent, absentes parfois, mais toutes empreintes de noblesse, de grâce. 

Thyssen a casa 

En pyjama, en jogging, en streetwear, n’hésitez pas, entrez et laissez-vous guider le long des galeries, des salles. Certes, l’expérience n’est pas nouvelle. Le Musée Thyssen-Bornemisza a l’habitude de mettre en ligne les expositions qu’il organise. Mais cette fois, pas le choix. Si vous souhaitez découvrir les chefs d’œuvre de Rembrandt, son art sublime du portrait, il faudra passer par la case du virtuel. Depuis le début du confinement dans la plupart des pays occidentaux, c’est devenu une pratique courante. De son salon, il est possible de tout voir, de tout découvrir ou presque. Bien sûr, la sensation est différente, mais à défaut cela permet une belle immersion dans le travail de l’un des grands maîtres flamands. 

Un anniversaire riche autant que singulier

L’exposition Rembrandt et Amsterdam, portrait, a la délicate mission de clôturer les festivités autour du 350e anniversaire de sa ma mort. Riche d’un autoportrait dit à la casquette et deux chaînes , acquis en 1976 par le baron Thyssen, le musée madrilène a fait les choses en grand en réunissant au sein du palais de Villahermosa des tableaux provenant de collections privées mais aussi des plus grandes institutions internationales allant évidement du Rijksmuseum – dont le conservateur, Norbert E. Middelkoop n’est autre que le commissaire d’exposition de cette rétrospective – , mais aussi de la National Gallery de Londres, de celle de Washington, mais aussi de l’Hermitage. Ainsi, en un même lieu, c’est toute l’histoire des Flandres que l’on peut admirer. Des seigneurs, de riches artisans, des bourgeois, des couples, des enfants, des peintres, Rembrandt multipliait les sujetsentre commandes et propres apirations. 

Le portrait, un art à la mode

Au XVIIe siècle, le portrait se démocratise un peu et n’est plus seulement l’apanage des rois et des aristocrates. Dans une ville comme Amsterdam, principal port européen, déjà à l’époque, il est assez facile de s’enrichir, de prendre l’ascenseur social. Les bourses étant pleines, quoi de mieux que d’orner les murs de visages familiers, ceux de ses enfants, de sa femme, et bien évidemment de sa propre personne. Van der VoortHals ou Backer, prédécesseurs ou contemporains de Rembrandt, en ont fait une spécialité. Fort lucratif, l’art du portrait séduit le natif de Leyde. Promotion autant qu’exercice, celui qui s’est fait un prénom – son nom était Harmenszoon van Rijn – a réalisé pas moins d’une centaine d’autoportraits. Tous différents, tous mâtinés de la même aspiration entre réalisme et onirisme, ils nous invitent à plonger dans l’antre de l’homme, la créativité de l’artiste, son humanité. 

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore

Rembrandt et Amsterdam, portrait, 1590-1670
Musée Thyssen-Bornemisza
Du 18 février au 24 mai 2020

Crédit photo :

Portrait of a Young Man in a Black Beret of Rembrandt, 1662
Oil on canvas. 81.6 x 64.5 cm © Kansas City, The Nelson-Atkins Museum of Art

Woman in a Fur Wrap, probably Hendrickje Stoffels of Rembrandt, 1652 
Oil on canvas. 101.9 x 83.7 cm  © London, The National Gallery

Bust of an Old Man in Fanciful Costume of Rembrandt, 1635
Oil on panel. 72.6 x 62.3 cm © The Royal Collection, HM Queen Elizabeth II

Portrait of a Gentleman with a Tall Hat and Gloves of Rembrandt, ca. 1656-58
Washington, National Gallery of Art, Widener Collection

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