Les impressionnistes français s’affichent à Madrid

Au Thyssen à Madrid, une exposition met en exergue l’impact qu’a eu la photographie, invention de la fin du XIXe siècle, sur les peintres impressionnistes, et réciproquement. Mettant en parallèle tableaux, dessins épreuves et clichés d’un autre temps, elle offre un dialogue saisissant entre ces deux arts. 

Les traits sont esquissés. Les visages à peine dessinés. On devine des paysages, des bâtisses, rien n’est vraiment défini. Tout est suggéré et invite à un songe, un voyage. L’impressionnisme n’impose pas une vision carrée du monde mais propose à chacun d’imaginer, de rêver, de ressentir. De Renoir à Manet, en passant par Sisley, Pissarro, Berthe Morisot ou Toulouse-Lautrec, tous donnent une vision singulière du monde, évoque une émotion, un instant de vie, un moment du jour. La rencontre avec l’art photographique qui, en est en cette fin de XIXe siècle à son balbutiement était inévitable. Les deux disciplines captent l’immédiateté pour lui donner une intemporalité. 

Le parallèle est saisissant. Il est fascinant de voir à travers le parcours proposé les répercussions d’une invention sur un art séculaire, sur un courant, un mouvement. Grâce à la photographie, le regard sur le monde change, évolue. La réalité est perceptible différemment. Elle s’offre instantanément. En mettant face à face, images vintages et peintures, la commissaire de l’exposition Paloma Alarco, responsable de la conservation de la peinture moderne au Musée national Thyssen-Bornemisza de Madrid, convie à une réflexion passionnante sur les influences d’une innovation sur l’art plastique. Critiquée, malmenée par les puristes, la photographie a bien du mal à s’imposer. Pourtant, les impressionnistes s’en saisissent, s’en inspirent notamment pour traiter la lumière, étudier les reflets, les ombres, composer cadres, espaces, images. Ils l’utilisent pour figer une scène qu’ils peindront plus tard. 

A travers différents sujets, que ce soit la nature, le portrait, la famille, le nu ou l’architecture, 66 œuvres de maîtres dialoguent avec une centaine de reproductions de photos d’époque. Ainsi, la cathédrale de Rouen au petit matin vue par Monet entre en discussion avec la photographie sépia de Bison Frères. Les nus de Degas avec l’étude de corps de Paul Berthier, la réunion de famille de François Bazille avec celle des propriétaires du château de la Faloise d’Edouard Baldus, etc. 

Réunissant un grand nombre de tableaux signés par des grands noms de l’impressionnisme français, l’exposition madrilène vaut le détour et permet de profiter de la riche collection d’œuvres d’art amassées par la famille Thyssen-Bornemisza, l’une des plus impressionnantes d’Europe.

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore – envoyé spécial à Madrid


Les impressionnistes et la photographie 
Musée national Thyssen-Bornemisza
Paseo del Prado, 8
28014 Madrid, Espagne
Jusqu’au 26 janvier 2020

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