Les 70 printemps de Zouc

Hier, 29 avril 2020, Zouc a fêté ses 70 ans. C’est par ces mots que mes amis Facebook m’ont appris la nouvelle. Et on fait ressurgir en ma mémoire tout ce que cette grande artiste a représenté pour beaucoup d’entre nous.

Zouc a été la plus grande des humoristes des trente dernières années de XXe siècle. Elles n’étaient pas nombreuses alors. Zouc, c’est une dégaine, une robe noire, les cheveux un peu filasse de la même couleur attachés en queue-de-cheval, une silhouette tout en chiffon, une démarche impossible, et un accent suisse qui lui donnait un phrasé exceptionnel. Visuellement, elle avait quelque chose de la Femme assise de Copi. Elle croquait des portraits de gens ordinaires possédant tous un sacré brin de folie. Sa vision du monde fricotait avec le surréalisme. Elle était géniale, hors norme, hors classe. On lui doit tous beaucoup de choses.

Zouc est entrée dans notre foyer au milieu des années 1970, grâce à la télévision. C’était la grande époque où la culture régnait sur le divertissement. Lorsqu’elle passait mon père était intraitable, fallait se taire et écouter. La première fois que nous l’avons entendu, tous serrés autour de la table de la salle à manger qui donnait sur le petit écran en noir et blanc, elle a déclenché une telle hilarité générale que ma mère en est sortie de la cuisine pour voir ce qui se passait. A partir de ce jour, Zouc est entrée dans notre vie familiale.

Pas une rentrée des classes sans que mon père, nous regardant partir cartable au dos, ne posât la question : « Où vas-tu petite fourmi ? Hein, où ça ? A l’école ! ». Au lieu de prendre la claque, il éclatait de rire. J’invite le néophyte à regarder ce sketch culte, « La fourmi ». L’autre, tube de la famille était « Chéri ». Zouc faisait une petite-bourgeoise insupportable qui emmerde de ces « Chéri je te dérange ? Si j’te dérange, tu me le dis ! Chéri, tu dors ? ». Mais elle n’y embêtait pas que son époux, il y’avait le petit Hervé et sa purée, Philippe qui piquait les jouets de son petit frère. Qu’est-ce qu’on l’a entendu le « Hervé, tu manges ta purée », quand l’un de nous rechignait devant son assiette. 

Zouc ! Un parcours surprenant et souvent douloureux.  Dans son adolescence tourmentée, elle a été enfermée durant dix-huit mois dans un asile de fou. C’est d’ailleurs en observant cet environnement psychiatrique, mais aussi sa famille, qu’elle a puisé la matrice de ses sketches, ces tranches de vie grinçantes, cet humour noir. Elle était promise à une carrière des plus belle. Car c’était aussi une comédienne remarquable. La maladie a stoppé cette artiste en plein vol. Opéré d’un cancer du sternum en 1997, elle choppe sur la table d’opération une infection nosocomiale qui depuis lui fait vivre un véritable calvaire et nous a privés d’une immense artiste. Merci pour tout ce bonheur que vous nous avez apporté. Et bon anniversaire, Madame !

Marie-Céline Nivière

les vidéos sur Youtube des sketch La fourmi  et Chéri

Crédit photo © DR

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