Sur le ring de la passion

Au théâtre Essaïon, Sandie Masson conte une histoire d’amour à Fleur de peau. Mise en scène par Patrick Azam, cette fable urbaine où les contraires s’attirent s’avèrent explosive. 

Elle est émouvante Lilas, une femme brindille, à fleur de peau, tout en nerf. Son corps est envahi de dessins qui font un baume sur les blessures de la vie. Lilas est une fille à qui la vie n’a pas fait de cadeau, mais qui a décidé de faire avec. Ses tatouages lui servent de seconde peau, de carapace – superbe travail d’Emmanuelle Verani

Adam est plus brut de décoffrage. Il a des principes, des idées bien précises sur ce qui doit être bien ou pas. Il est flic. Il a été désigné comme porte-parole par le voisinage qui voit d’un très mauvais œil l’ouverture du salon de tatouage de Lilas. Alors, il se pointe en bon gardien de l’ordre. Expliquant à Lilas, qu’elle ne peut pas vivre ainsi et ici. 

La rencontre est bien sûr explosive. Elle démarre par l’affrontement entre deux visions du monde radicalement opposé. Puis un petit jeu s’instaure. Sortant d’un divorce douloureux et pensant avoir « fermé le livre de sa vie », Adam baisse sa garde et plonge dans ce doux parfum que Lilas, jolie fleur de Paris, promet à leur amour. 

Sandie Masson a écrit un texte percutant, où chaque mot trouve sa place pour exprimer tous les sentiments, les doutes, les espoirs, les renoncements, qui peuvent traverser l’esprit et le cœur de deux êtres approchant le milieu de leur vie. Cela pourrait être mièvre, mais cela ne l’est pas du tout. Il y a du rythme dans son écriture et un beau sens de l’observation de l’être humain. 

Ce conte urbain, mis en scène par Patrick Azam, chorégraphié par Jean-Marc Hoolbecq, mis en lumière par Milos Torbica, a été construit comme un combat de boxe, chacun donne son coup, esquive celui de l’adversaire. Entre chaque round, les personnages se retranchent à un coin de la scène, se reposent, s’observent, se concentrent, puis se relancent à l’assaut. C’est un véritable corps à corps, un ballet. Lilas et Adam s’attirent et se repoussent comme deux aimants. Visuellement, c’est magnifique. 

Ces deux personnages forts sont interprétés avec une belle délicatesse par Sandie Masson et Eric Savin. L’opposition de ces deux silhouettes, l’une gracile, l’autre terrienne, fonctionne parfaitement. Ils sont touchants, émouvant. On s’attache très vite à ces deux êtres qui ne demandent qu’à aimer et être aimé. On ressort le cœur léger, se disant que « tant que tournera le temps… Jusqu’au dernier printemps… Le ciel aura vingt ans. Les amoureux en auront tout autant ».

Marie-Céline Nivière


Fleur de peau, conte urbain de Sandie Masson avec la collaboration avec Catherine Feiss
Théâtre Essaion
6, rue Pierre au lard 
(à l’angle du 24 rue du Renard) 
75004 Paris
Jusqu’au 18 janvier 2020 
Les vendredis et samedis à 21h30
Durée 1h20 environ


Mise en scène de Patrick Azam 
Avec Sandie Masson et Eric Savin 
Chorégraphie de Jean-Marc Hoolbecq 
Musique de Mickaël Françoise
Lumières de Miloš Torbica 
Costumes et dessins de Pascale Bordet 
Maquillage et tatouages d’Emmanuelle Verani 
Chanson du tatouage de Sanseverino 

Crédit photos © Pierre Pankotay

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