Portrait sans retouches d’un salopard

A la scierie, Guillaume Gatteau s’empare avec humour du conte noir de Dennis Kelly et offre à Gorge Mastromas un visage plus humain qu’à l’ordinaire. Porté par une troupe de comédiens très « corporate », cette critique acerbe du capitalisme et de la mondialisation sonne terriblement juste et actuel. 

Né en 1973 alors qu’il n’était pas spécialement désiré par ses parents, Gorge Mastromas (épatant Gilles Gelgon) entre dans la vie sans grande espérance. Après une jeunesse ordinaire, quelques mauvais choix faits par « bonté ou lâcheté telle est la question », il est une sorte de quidam avec un avenir plutôt gris. Rien ne fonctionne, son travail est sans intérêt, ses histoires d’amour foireuses.

Tout change le jour, où une carnassière aux dents aiguisées, lui propose d’influencer son patron pour qu’il prenne une décision qui le ruinera. En contre-partie, elle lui donnera les clés de la réussite. Décidé à changer de vie, l’homme veule, servile accepte. Sans foi, ni loi, il devient l’un des pires capitalistes que le terre ait porté-. Vendant son âme au diable, il amasse une fortune considérable, se crée un passé de désireux dans le seul but de séduire l’unique amour de sa vie. Mais l’aime-t-il vraiment ou veut-il juste la posséder comme un objet, un trophée ?

Fable noire, acerbe, L’Abattage rituel de Gorge Mastromas est une charge vénéneuse, lucide contre le monde d’aujourd’hui dominé par les multinationales sans cœur et où les faits divers sordides offrent une gloire poisseuse aux victimes. Adaptant ce texte acéré et ironique de Dennis Kelly qui, écrit comme une sorte énigme à codes, dévoile parcimonieusement par touche la véritable personnalité de notre anti-héros, Guillaume Gatteau en souligne à la fois la cruauté et l’humour. Il offre à Gorge non une rédemption mais bien un visage plus humain, avec ses faiblesses, ses failles. 

Loin d’en faire une tragédie, il s’amuse à tourner les drames en comédie. Le rire est parfois jaune, mais les deux maitres de cérémonie (pétulants Philippe Bodet et Frédéric Louineau), aux allures décontractées de présentateur TV, qui content les débuts de Mastromas sur terre, donnent une relecture acidulée bien que cynique du texte, que le jeu habité et juste des comédiens relève parfaitement. 

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore – Envoyé spécial à Avignon 


L’abattage rituel de George Mastromas
Festival d’Avignon le OFF
La Scierie 
15, boulevard du Quai Saint Lazare
84000 – Avignon
Jusqu’au 26 juillet 2019 à 16H30 (relâches 8, 15 et 22 juillet 2019)
Durée 1h30


Mise en scène de Guillaume Gatteau
Avec Philippe Bodet, Emmanuelle Briffaud, Gilles Gelgon, Frédéric Louineau & Arnaud Ménard
Traduction de Gérard Watkins
Collaboration artistique de Jean-Luc Beaujault
Scénographie de Tim Northam
Accessoires d’Angela Kornie
Création lumière, régie de Cyrille Guillochon
Costumes d’Anne-Emmanuelle Pradier

Crédit photos  © Jean-Luc Beaujault

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