L’excitation monte, les mots butent, sortent saccadés. Sourire béat, l’homme-enfant, le héros de guerre, à qui on refuse la reconnaissance pour raison d’Etat, est rattrapé par ses amours singulières, son intelligence hors-norme, sa différence. Plongeant à corps perdu dans la vie d’Alan Turing, Benoit Solès signe un hommage vibrant, bouleversant au mathématicien de génie. Captivant !
Le cliquetis des rouages, des engrenages, résonne dans le silence. Au fond de la scène, sur un écran géant, elle est là, bien huilée La machine de Turing. Elle tourne à plein régime. Sans arrêt, sans relâche, elle cherche à décrypter Enigma, l’infernal appareil qui permet à l’armée allemande de chiffrer les ordres d’Hitler. À son instar, son créateur, Alan Turing (intense Benoît Solès) court après la vie, l’amour. Enfermé dans un monde où logique et science mathématique régissent tout, il est longtemps la risée, le souffre-douleur de ses camarades d’école. Seul le beau et charmant Christopher comprend le génie qui se cache derrière ce garçon maladroit, un peu trop franc. Ami, confident, il sera son premier et seul amour. Sa mort prématurée marquera au fer rouge l’existence du jeune génie, qui cherchera dans ses « machines à penser » à recréer l’âme de son compagnon perdu.
C’est un fait divers des plus banaux, un cambriolage, qui va exposer son intimité à la face du monde. Soupçonné d’être un agent soviétique, sa vie va être disséquée dans les moindres détails par le suspicieux et compréhensif sergent Morse (épatant Amaury de Crayancour). Ne pensant pas à mal, oubliant la loi des hommes, Alan Turing, va dénoncer son dernier amant, un beau jeune homme croisé dans un lieu de rencontre. Mais on est en Angleterre en 1952, l’homosexualité est un fait passible de prison ou de castration chimique. Entre une vie où il ne pourrait plus travailler, continuer sa quête et une autre où son corps sera violenté, abîmé par des hormones, le choix est fait. Christopher à jamais.
Remontant le fil de cette existence fascinante, Benoit Solès esquisse avec finesse le portrait d’un homme qui vit en parallèle d’une société qui l’a mis au ban, d’un savant fou, un brin autiste, qui a bien du mal à communiquer avec ses semblables. Il conte en filigrane l’histoire en clair-obscur d’un héros. Sans pathos, avec quelques ellipses, Tristan Petitgirard met en scène le récit d’un drame intime, d’un amour perdu qui va conditionner son avenir. les deux complices rendent hommage à ce génie peu connu, réhabilité il y a peu par la Reine d’Angleterre.
Habité par ce personnage à l’âme pur qui le fascine, Benoit Solès est Alan Turing, dans tout sa vélocité, son empressement à partager tout ce qu’il a dans la tête. Face à lui, Amaury de Crayencour campe tous les autres personnages. Amant, policier, collègues, il joue sur tous les registres avec une aisance confondante.
Laissez vous embarquer par le tourbillon de la vie, séduire par ce grand enfant rêvant d’être Blanche Neige et de retrouver son prince charmant et (re)découvrez Alan Turing, ses souffrances, ses vérités, ses passions.
La Machine de Turing de Benoit Solès
Théâtre Michel
Du 22 août 2024 au 26 avril 2025
Reprise du 25 septembre 2025 au 3 janvier 2026
Durée 1h30
Théâtre du Palais Royal
Jusqu’au 28 avril 2024
Festival Off Avignon – La Scala-Provence
Du 7 au 29 juillet 2023 à 13h30, relâche les lundis.
Festival Avignon Off – La Scala Provence
Du 7 au 30 juillet 2022 à 12h, relâche les 11, 18, 25 juillet
Festival d’Avignon Le OFF – Théâtre actuel
jusqu’au 29 juillet 2018
tous les jours à 12h05
Théâtre Michel
du 4 octobre au 30 novembre 2018
du mardi au samedi à 21h00 et le dimanche à 16h
Mise en scène de Tristan Petitgirard
Avec à la création Benoit Solès et Amaury de Crayencour, pour la reprise avec en alternance Benoit Solès, Matyas Simon, Brice Hillairet, Gregory Benchenafi, Jules Dousset, Antoine Ferey.
Décor : Olivier Prost
Lumières : Denis Schlepp
Musique : Romain Trouillet
Vidéo : Mathias Delfau
Costumes : Virginie H
Assistante à la mise en scène : Anne Plantey
Enregistrement violoncelle solo : René Benedetti
Voix off : Bernard Malaka et Jérémy Prévost
Crédit photos © Fabienne Rappeneau
