Couv_Hunter-de-Marc-Lainé-©Simon Gosselin-sélection-presse-6_@loeildoliv

Hunter, le bel hommage théâtral de Marc Lainé aux séries B

Entre rêves et divagations, entre cauchemars et visions fantasmagoriques, Marc Lainé nous invite à un voyage sensoriel qui joue sur nos peurs intimes et stimule intensément notre imagination. Mêlant habilement vidéo et théâtre, il s’amuse des codes et des règles des films de genre pour mieux nous surprendre. Hunter est une expérience étrange, illuminée par l’envoûtante Marie-Sophie Ferdane. Etonnant !

Tout commence dans les coulisses de la réalisation d’un film fantastique. Nous sommes placés à l’arrière des décors, côté où le contre-plaqué est brut. Murs et sols sont peints en vert pour pouvoir incruster des effets spéciaux en direct dans les vidéos qui vont nous être projetées sur l’immense écran qui surplombe la scène. Au centre, une desserte de maquillage, à cour, une table de mixage, tout est fait pour nous placer dans la peau de quelques techniciens venus observer la prochaine scène mise sur pellicule.

Sur le plateau, tout le monde s’agite. Chacun se met à sa place. Clap de début, silence, on tourne. Dans un pavillon de banlieue d’une quelconque ville dortoir, où toutes les maisons se ressemblent, un couple s’adonne à quelques activités quotidiennes. David (étonnant David Migeot), le mari, travaille sur son ordinateur. Claire (surprenante Bénédicte Cerutti), sa femme, lit à ses côtés. Les aboiements incessants du chien du voisin perturbent la sérénité des lieux. C’est le prélude d’évènements plus inquiétants.

Hunter-de-Marc-Lainé-©Simon Gosselin-sélection-presse-3_@loeildoliv

Alors que nos deux tourtereaux se rapprochent, que la tension sexuelle monte d’un cran, une jeune femme, Irina (irradiante Marie-Sophie Ferdane), bizarre, singulière, vient perturber leurs ébats. Grande, longiligne, cheveux longs ébouriffés, elle a tout d’une enfant sauvage, mordant tout ce qui s’approche trop près d’elle. Est-elle terrorisée ou manipulatrice, folle ou monstrueuse ? Qui sait ? Ce qui est sûr, c’est que cette irruption fugace dans la vie morne, banale de David et Claire va avoir des conséquences étranges et imprévues. Cherchant à savoir qui est cette créature de la nuit, réalité et fantasme vont se mêler entraînant tous nos protagonistes dans un rêve qui vire imperceptiblement au cauchemar.

S’inspirant des films de genre qui ont eu leur heure de gloire dans les années 1980 et 1990, Marc Lainé leur rend hommage dans une pièce cinématographique, fantasmagorique qui joue sur les apparences, les faux-semblants et les pulsions érotiques, chimériques. S’emparant des règles et codes de ce type d’œuvres pour mieux les détourner, il nous entraîne dans un tourbillon visuel où nos perceptions se troublent et notre imagination va grand train. Malgré quelques petites longueurs inhérentes à la mise en place d’une telle machine théâtrale et cinématographique, on se laisse totalement captiver par cette histoire fantastique à la frontière du réel.

Hunter-de-Marc-Lainé-©Simon Gosselin-sélection-presse-5_@loeildoliv

En nous invitant à découvrir en partie l’envers du décor des séries B, Marc Lainé s’amuse à brouiller les pistes pour mieux nous attraper, nous déstabiliser. Éclairages crus, musiques d’ambiance, ombres parfaitement découpées, jeux intentionnellement décalés, effets spéciaux visibles, tout est fait pour nous entraîner au cœur d’une expérience surprenante et unique où le tangible et le fictionnel s’emmêlent laissant notre libre-arbitre, notre imagination, décider de ce que l’on veut croire ou pas.

Si chaque comédien joue parfaitement sa partition, Marie-Sophie Ferdane irradie littéralement la scène. Impressionnante, ensorcelante, elle donne à son personnage fort troublant une dimension fantasmagorique des plus fascinantes. Alors oubliez tous vos préconçues, vos idées reçues, et laissez-vous emporter dans la quatrième dimension inventée pour notre plus grand plaisir et nos désirs inavoués de frayeur par Marc Lainé.

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore


Hunter-de-Marc-Lainé-©Simon Gosselin-sélection-presse-1_@loeildoliv

Hunter de Marc Lainé
Théâtre national de danse de Chaillot – Salle Firmin Gémier
1 place du Trocadéro
75116 Paris
jusqu’au 16 mars 2018
durée 1h50

mise en scène, scénographie de Marc Lainé
avec Geoffrey Carey, Bénédicte Cerutti, Marie-Sophie Ferdane, Gabriel Legeleux, David Migeot
musique originale de Gabriel Legeleux (alias Superpoze)
collaboration à la scénographie : Stephan Zimmerli
collaboration artistique : Tünde Deak
Vidéo de Baptiste Klein
Lumières de Kevin Briard
Son de Morgan Conan-Guez
Plateau : Farid Laroussi
création des maquillages et prothèses : Cécile Kretschmar
maquillage de Noï Karuna
assistanat à la scénographie : Aurélie Lemaignen
costumes de Marie-Cécile Viault
production, diffusion : Les Indépendances – Florence Bourgeon, Clémence Hucke, Colin Pitrat
construction décors : Ateliers de la Comédie de Saint-Etienne

Crédit photos © Simon Gosselin

Print Friendly, PDF & Email

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

*

Dernièrement

Les cinq fois où j’ai vu mon père de Guy Régis Jr. © Nathalie Lux

Père en défaut

À théâtre ouvert, avec la complicité du Théâtre Nanterre-Amandiers, Guy Régis Jr
Aller à Haut