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Oh Louis…, Benjamin Pech en majesté « queer » et foutraque

Virevoltant et fantasque, Benjamin Pech, l’ex-étoile de l’Opéra de Paris, se glisse avec une aisance confondante dans les vêtements dorés du Roi Soleil. Si ses entrechats, ses piquantes répliques, son jeu cabotin avec le public, séduisent, le propos biscornu, hétéroclite de la chorégraphe sud-africaine se heurte, comme les migrants, aux vagues d’une mer inhospitalière et aux politiques capitalistes.

Dès les portes de la salle franchies, le spectacle commence. Entouré d’une immense couverture de survie mordorée, le Roi Benjamin, portant un gilet de doudoune bleu et un pantalon de survet’ rouge, harangue les spectateurs. Il offre aux uns des chocolats, aux autres des oranges. Pour chacun, il a un petit mot taquin commentant avec un humour de baladin les tenues, les lunettes, les coupes de cheveux. Tel un poisson dans l’eau, il se fraye un chemin entre les sièges, entre les personnes. Imperceptiblement, il installe son trône doré de souverain dansant, précieux et extravagant

oh-louis_Theatre de la ville_hd01_©robynorlin-2_@loeildoliv

Une heure durant confondant sa destinée de danseur étoile avec celle de Louis XIV, il se livre sans complexe, ironise des premiers signes de décrépitude qui modifient quelque peu son corps d’athlète, se désespère de l’ennui de cette vie de plaisirs de souverain désabusé. Derrière le faste, le cabotinage, se dessine une autre réalité, celle plus sombre du colonialisme, de l’esclavagisme, de la situation précaire des migrants. Alors que Benjamin Pech joue au souverain désabusé, son assistant – claveciniste égrène tout le long du spectacle quelques articles du Code noir édicté par Colbert, le ministre tout-puissant du Roi Soleil.

Artiste engagée, Robyn Orlin mêle toujours dans ses spectacles danse et politique. Face aux destins tragiques des migrants condamnés à fuir leur pays par n’importe quel moyen, même les plus périlleux, elle a voulu dénoncer des fléaux qui perdurent depuis des siècles et engendrent des drames sociétaux : le capitalisme, la mondialisation. Si le chemin tortueux qu’elle emprunte pour passer des esclaves aux migrants est un brin « capillotracé », on finit sur le fil par se laisser emporter.

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Mais c’est bien la performance et la présence scénique de Benjamin Pech qui sont le sel de ce spectacle singulier, hétéroclite et farfelu. Habillé de tissus africains, de feuilles d’or ou en Slip Français, l’ex-danseur étoile s’amuse comme un fou asticotant gentiment le public et brocardant les manies de sa chorégraphe. Ce nouveau roi-fou du one-man-show chorégraphié brille de mille feux et fait chavirer la plupart des cœurs.

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore


Oh louis… We move from the ballroom to hell while we have to tell ourselves stories at night so that we can sleep…, un projet de Robyn Orlin
Théâtre de la Ville – Espace Pierre Cardin
1, avenue Gabriel
75008 Paris
jusqu’au 19 février 2018
durée 1h00

scénographie : Atelier Maciej Fiszer
création lumières : Laïs Foulc
création costumes : Olivier Bériot assisté du Studio Habeas Corpus
vidéo d’Eric Perroys et de Robyn Orlin
film : Milkshoot : Vikram Gounassegarin
danseur :Benjamin Pech
musicien :Loris Barrucand (clavecin)

Crédit photo © Robyn Orlin

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