Le sexe et ses tabous, vus par le petit bout de la lorgnette par Violaine Arsac

Crue, drôle, désopilante, la nouvelle pièce de Violaine Arsac scrute avec malice et espièglerie les rapports amoureux, plombés par le poids d’une société frileuse et prude. Sans jamais tomber dans la vulgarité, elle croque le couple, sa difficulté à parler de sexualité, de fantasmes et de désirs. Emporté par la fougue de quatre comédiens tout feu tout flamme, on rit à gorge déployée, chaque saynète entrant en résonance avec une histoire vécue… Réjouissant !…

Un soir, dans un  » lounge bar « , deux trentenaires ont un « date ». Ils ne se sont jamais vus,. Echaudés par leurs précédentes aventures, ils doutent, ils ont peur de ne pas savoir faire, de ne plus avoir le mode d’emploi du sexe opposé. Fébriles, nerveux, nos deux futurs tourtereaux semblent plutôt mal à l’aise. Pour l’aider dans la conquête de l’autre, chacun est coaché par son (sa) meilleur(e) ami(e). De cette première rencontre jusqu’à la vie à deux, notre couple va traverser une multitude d’étapes et de situations cocasses où chacun se demandera  » mais comment lui dire qu’il (ou elle) me plait » , « qu’il (ou elle) est coincé(e) au lit « , « que le sexe, c’est pas un marathon !  » ?

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De ces non-dits, de ces malentendus, de ces instants farfelus, Violaine Arsac tire une comédie savoureuse et pleine d’humour. Elle s’amuse des mots, surfe avec la crudité du langage et détourne les lieux communs. Evitant toute trivialité, elle construit une pièce composée de 16 saynètes, 16 tableaux évoquant la vie d’un couple naissant. Le texte est ciselé, drôle, plein d’autodérision. L’homme, autant que la femme, est placé sur le grill. Chacun de ses petits comme de ses grands défauts, de ses fantasmes, des plus anodins au plus extravagants, font le sel de cette comédie joviale et humaine. Mais derrière la fantaisie, L’auteure dresse le portrait d’une société faussement délurée, où le sexe, l’amour, et les désirs, restent tabous. De son regard perçant, analytique, mais profondément doux, l’auteure esquisse des êtres humains dotés d’une belle sensibilité.

Au-delà des confidences intimes, du comique de situation, ce sont les deux amis, véritables conseillers conjugaux, qui donnent le tempo. Ils sont hilarants. Entre le pote « gay » romantique et la « quadra » faussement délurée, la connivence immédiate fait des étincelles.

Enlevée et parfaitement rythmée, la mise en scène de Xavier Letourneur déploie des trésors d’inventivité et d’ingéniosité. Avec presque rien, en un clin d’œil, on passe de la chambre à coucher à un bar, une discothèque gay, un salon d’essayage ou un restaurant romantique.

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La mécanique est parfaitement huilée. Les rires fusent. La bonne humeur et le partage règnent dans la grande salle du théâtre du mélo d’Amélie. Les quatre comédiens, particulièrement survoltés, s’en donnent à cœur joie et transmettent au public cette singulière vitalité. A la fois fragiles, fébriles et déterminés, Christophe de Mareuil et Laetitia Vercken forment un jeune couple tout à fait convaincant. Lui joue au macho mais a le cœur tendre, elle, à la femme libérée, forte mais en fin de compte, terriblement sentimentale. Jerôme Paza est fantastique en gay sensible. Jamais dans la caricature, il s’amuse des codes et des faux-semblants. Sophie Le Tellier rayonne. Son énergie et sa forte personnalité transcendent son personnage. En femme fatale, croqueuse d’hommes, mais finalement, terriblement seule, elle est extraordinaire…

Seul(e), en couple, ou avec vos meilleur(e)s ami(e)s, allez, sans attendre, voir cette comédie légère, amusante et sensible… Epatant !…

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore


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Comment lui dire ? une comédie de Violaine Arsac
Théâtre Mélo d’Amélie
4, Rue Marie Stuart
75002 Paris
du mardi au samedi à 20h00 et le Dimanche à 18h00.
durée 1h20

mise en scène : Xavier letourneur assisté de Catherine Marchal
avec Sophie Le Tellier, Laetitia Vercken , Christophe De Mareuil , Jérôme Paza
Décor de Nils Zachariasen
Musique de Sylvain Mayniac
Lumières de Stéphane Baquet
Costumes d’Arnaud Caron

Crédit photos © Marianne Da Silva

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1 Comment

  1. J’avais cru comprendre, en effet, que tu avais aimé le spectacle, mais pas à ce point là…
    Merci Olivier pour cette belle déclaration d’amour si joliment formulée !

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