Le Prince travesti de Daniel Mesguich… ou le sombre miroir d’un romantisme noir

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Le Prince travesti mis en scène par Daniel Mesguich investit le Théâtre du Chêne noir

Que se cache-t-il derrière les masques de la bienséance et de la politesse ? Notre sombre humanité répond l’auteur du Prince travesti. Quand la politique vient perturber les rapports humains, il ne reste plus grand chose des belles âmes laminées, détruites par l’attrait du pouvoir. C’est cette noirceur que capture avec ingéniosité et malice Daniel Mesguich. En s’appuyant sur le jeu de comédiens talentueux – Sarah et William Mesguich en tête -, il signe une mise en scène intense, violente et très théâtrale où les miroirs qui servent de décors renvoient l’image sans fard de notre société avide, vorace, cupide et jalouse… Une leçon de théâtre !…

L’argument : Dans Le Prince travesti – manière de conte de fées qui cache sous la langue la plus délicieuse la voix la plus délictueuse, manière de rêve (ou plutôt de cauchemar) toute tissée de secrets, de désirs, de menaces et de terreurs, où évoluent, dans un pays de carton-pâte, dans un palais-prison labyrinthique en lequel, lorsqu’ils ne sont pas en train de s’y perdre, sans cesse s’espionnent, princes, princesse et méchant ministre – nul n’est qui il est. Mais le devient. Par le théâtre. Le Prince travesti, spectre incandescent d’un étrange soleil noir en pleine idéologie des Lumières, met en scène le théâtre même.

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Arlequin (Alexandre Vasseur) avoue tout des manigances du ministre (William Mesguich) à la princesse (Sarah Mesguich) et à sa suivante (Sterenn Guirriec) © Arnold Jerocki

La critique : 40 ans après l’adaptation qui a scandalisé et enfiévré les critiques et qui l’a consacré comme un jeune metteur d’avant-garde, l’enfant terrible du théâtre propose une nouvelle version du Prince travesti de Marivaux, très différente, moins déstructurée mais fidèle à l’essence du texte et à la vision de l’artiste : sombre et romantique.
Dans un palais labyrinthique où les murs sont recouverts de miroir sans tain, une princesse (excellente et étincelante Sarah Mesguich) dévoile, sous le ton de la confidence, ses amours secrètes pour le beau Lélio (Sémillant Grégory Corre) à sa douce et bonne amie Hortense (aimable Sterenn Guirriec empêtrée dans un costume guère seyant). Cette dernière, fidèle à sa maitresse, est prête à intercéder pour elle. Ce faisant, elle découvre derrière le visage de l’heureux élu celui de l’homme qui l’a sauvé quelques temps plus tôt et dont elle est amoureuse. Le sentiment est d’ailleurs réciproque. Que faire ?

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La princesse et son ministre © Arnold Jerocki

Très vite, les masques tombent. Les visages de chacun se dévoilent dans leur crudité, leur brutalité. Les glaces qui les cernent leur renvoyant l’image sombre de leur âme. La douce princesse s’avère être jalouse, perverse et intransigeante n’hésitant pas à espionner son monde derrière les miroirs sans tain. Le bouffon Arlequin (Alexandre Levasseur), un fieffé menteur s’offrant au plus offrant. Frédéric (génialissime et troublant William Mesguish), le ministre souffreteux, un intriguant brutal et violent ne reculant devant rien pour arriver à ses fins, mais agissant toujours dans l’ombre.

Dans cet imbroglio amoureux, chacun marche vers son destin, guidé par son désir profond et inavoué, évitant tant que faire ce peut les chausse-trappes, les pièges et les faux amis. Que ce soit la politique, le pouvoir ou l’amour, tous voient leurs dessins contrariés par les autres les obligeant à ruser, dissimuler, manipuler et épier. Dans cette cour imaginaire, la perversion s’émancipe avant d’être élevée au rang d’art. Derrière une intrigue fort simple, Marivaux dépeint une société en perdition où le naturel et la vertu n’ont plus leur place. Imprégné de ce sujet qui lui est cher, Daniel Mesguish signe une mise en scène noir charbon teintée de romantisme gothique. L’effet est prenant.

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Hortense (Sterenn Guirriec) et Lélio (Grégory Corre) © DR

De la violence des paroles échangées entre la princesse trahie et l’amie blessée, de la présence scénique fascinante de l’ange démoniaque incarné par William Mesguich, de la théâtralité presque outrancière de l’ensemble, se dégage une odeur de souffre savamment dosée qui enivre. Ce parfum tragique, diabolique mène tambour battant le spectateur jusqu’au dernier rebondissement… un retournement de situation des plus romanesques où tout finit par rentrer dans l’ordre.

Avec la maestria d’un chef d’orchestre, Daniel Mesguish dirige troupe et partition. Il donne aux mots, aux phrases une rythmique quasi musicale, au jeu des comédiens une intensité étonnante… en un mot du théâtre avec un grand T.

 

Le prince travesti De Marivaux
Théâtre du Chêne noir – salle Léo ferré
8 bis, rue Sainte-Catherine
84000 Avignon
Jusqu’au 26 juillet 2015
Tous les jours à 18h45, relâche les 6, 13, 20 juillet
durée 1h30

Mise en scène Daniel Mesguich assisté de Delphine Touchet
Scénographie de Camille Ansquer
Costumes de Dominique Louis
Lumière de Jean-Luc Chanonat
Son de Franck Berthoux
Maquillage de Eva Bouillaut
Avec Sarah Mesguich, Grégory Corre, Sterenn Mise en scène Daniel Mesguich assisté de Delphine Touchet

Scénographie de Camille Ansquer
Costumes de Dominique Louis
Lumière de Jean-Luc Chanonat
Son de Franck Berthoux
Maquillage de Eva Bouillaut
Avec Sarah Mesguich, Grégory Corre, Sterenn Guirriec, William Mesguich, Alexandre Levasseur, Rebecca Stella, Alexis Consolato

Production Miroir et Métaphore
Cie Daniel Mesguich
Avec le soutien du Ministère de la Culture et de la Communication
Coréalisation Théâtre du Chêne

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