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Les Tudors au musée du Luxembourg … Galerie de Rois

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Anne de Boleyn à la Tour de Londres dans les premiers moments de son arrestation peinte par Edouard Cibot en 1835 © Musee Rolin, Autun, France / Bridgeman Images

Une fois passée la lourde porte de bronze du Musée du Luxembourg, entrez dans la légende des Tudors. Laissez vous séduire par cette dynastie flamboyante qui inspira écrivains, dramaturges et cinéastes. Découvrez le faste, le luxe, la cruauté et l’orgueil de cette terrible et scandaleuse famille qui durant plus de 100 ans a œuvré pour amener l’Angleterre à son apogée. Sentez le soufre, découvrez le stupre et la magnificence de ces rois de jadis devenus des icônes. Embarquez pour ce voyage entre mythes et réalités, entre exhibition publique et vie intime… Fascinant, grandiose !…

L’argument : Pour la première fois en France, une exposition est consacrée aux Tudors, cette dynastie qui a régné sur l’Angleterre entre 1485 et 1603. Elle met à l’honneur les portraits qui dévoilent leurs vrais visages et leur habileté à construire une image à la hauteur de leurs ambitions. A travers ces figures de pouvoir, le spectateur découvre la Renaissance anglaise et une période particulièrement marquante de l’histoire d’Angleterre.
L’exposition offre aussi l’occasion unique d’évoquer les échanges, mêlant l’art et la diplomatie, qui enrichirent les rapports entre la France et l’Angleterre tout au long du XVIe siècle. Elle propose parallèlement de décrypter les raisons de la célébrité des Tudors, particulièrement vive dans la France du XIXe siècle où peintres et dramaturges mirent en scène leurs vies hors du commun, annonçant le succès que des monarques comme Henri VIII ou Elisabeth 1ère rencontreront sur les écrans au XXe siècle.

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Elisabeth Ire peinte vers 1600 par un artiste anglais inconnu © National Portrait Gallery, London, England

La critique : Qui sont donc les Tudors, stars du grand comme du petit écran ? Qui se cache derrière ces personnages de séries, de films ou de romans ? Comment ces cinq monarques sont entrés dans la légende ? C’est à ces questions que tente de répondre la très belle exposition organisée par le Musée du Luxembourg en partenariat avec la National Portrait Gallery de Londres.

Plus qu’ un banal portrait de ces rois et de ces reines qui firent rayonner l’Angleterre dans l’Europe de la Renaissance, la mise en scène flirte constamment entre mythes et réalités. Ce n’est donc pas un portrait d’Elizabeth 1ère qui nous accueille, mais ses doubles cinématographiques. Dans un film en noir et blanc, Sarah Bernhardt incarne la souveraine sur son lit de mort. Puis, brillant de mille feux, trône somptueuse, incandescente, la robe portée par Cate Blanchett dans le film Elizabeth de Shekar Kapur. La Reine Vierge, dernière de cette royale lignée, ouvre le bal et invite à découvrir sa terrible famille. Un arbre généalogique géant vient au secours des visiteurs et permet de se repérer dans cette galerie de personnages aux vies compliquées, qui ont marqué leur époque par leur démesure et leur sens politique : de l’ogre roux aux six femmes qui inspira l’auteur de Barbe-Bleue, à Bloody Mary, en passant par Henry VII, fondateur de dynastie, qui accéda aux pouvoir en mettant un terme à la guerre des Deux-Roses.

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Henri VIII peint d’après un tableau d’Hans Holbein le Jeune © West Sussex, Petworth House, National Trust

Si leurs vies sont des romans, leurs portraits en somptueux habits de Cour sont des outils de propagande, ancrant à jamais dans l’Histoire leur puissance et leur gloire. De toute l’Europe, les artistes convergent à la Cour d’Angleterre pour croquer, dessiner ou peindre ces personnages hauts en couleurs. Des portraits officiels servant à affirmer leur puissance royale, aux miniatures, plus intimes, le parcours de l’exposition est une plongée singulière dans la légende des Tudors.

Au détour d’une salle, C’est la gigantesque et imposante stature d’Henry VIII, reproduite d’après une célèbre peinture d’Hans Holbein le Jeune, qui accueille et domine le public du haut de ses deux mètres. L’air débonnaire, le royal homme cache bien son jeu. Alors qu’il imposera à son pays la rupture avec Rome et la création de l’église anglicane, l’ogre aura successivement six femmes. Répudiées, décapitées, ou mortes en couche, toutes sont présentes pour témoigner de la magnificence et de la cruauté du monarque. Toutes sont peintes en habit de Cour, illustrant la richesse du Royaume d’Angleterre. Avec forces détails, les artistes se sont appliqués à rendre les luxuriantes étoffes, les magnifiques broderies et les opulentes parures. Rien n’est trop beau pour créer le mythe Tudor.

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Elisabeth Ire dit Le Portrait au phénix, peinture associée au travail de Nicholas Hilliard © National Portrait Gallery, London, England

C’est d’autant plus flagrant devant les tableaux représentant Elizabeth 1ère. Très vite, la frêle jeune fille, rousse comme son père, a compris l’importance des apparences. Transcendant sa royale personne, elle s’est imposée à l’Angleterre et au monde comme une véritable icône. Le visage pâle, diaphane, la posture droite et somptueusement vêtue, elle est pour tous et à tout jamais la Reine Vierge.

Derrière les brillantes apparences, derrière leur sanglante et cruelle réputation, quelques objets rappellent que ces « dieux vivants » étaient, avant tout, des hommes et des femmes animés de sentiments et de passions. Du petit sifflet, gage d’amour d’Henri VIII à sa très chère Ann Boleyn, ou de l’étonnante bague d’Elizabeth, dont le chaton cache un portrait la représentant, et un  autre de sa mère- toujours Ann Boleyn -, c’est tout un pan de leur vie intime qui se dévoile aux yeux des visiteurs.

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Marie Ire, entrée dans l’histoire sur le nom de Bloody Mary, peinte en 1544 par le Maître dit «Master John» © National Portrait Gallery, London, England

Misant sur un astucieux jeu des couleurs et des contrastes, la scénographie d’Hubert Le Gall donne du volume à cet espace restreint, et offre à ces Rois un écrin digne de leur légende.

Les Tudors
Musée du Luxembourg
19 rue de Vaugirard
75006 Paris
Jusqu’au 19 juillet 2015

Exposition co-organisée par la Réunion des musées nationaux-Grand Palais et la National Portrait Gallery, Londres.
commissaires: Charlotte Bolland, conservateur en charge du projet de recherche Making Art in Tudor Britain à la NPG, Tarnya Cooper, conservateur en chef à la NPG et Cécile Maisonneuve, docteur en histoire de l’art, conseiller scientifique à la Rmn-GP
scénographie : Hubert Le Gall

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