Murmures des murs, un voyage onirique entre rêve et réalité.

Entre doux rêves et troublants cauchemars, Victoria Thierrée-Chaplin et sa fille Aurélia ont, pour leur deuxième collaboration, imaginé une virée étonnante, peuplée de créatures étrange dans un univers fantasmagorique, poétique, enchanteur autant qu’inquiétant. Ce voyage immobile au cœur de la folie oscille entre cirque aérien, élégant ballet et magie théâtrale, muette. L’ingéniosité de la scénographie n’a d’égale que la beauté du spectacle et la grâce de l’interprète… Sublime et envoûtant !..

Dans un appartement miteux, en ruines – du plâtre tombe du plafond – où les cartons s’entassent, une jeune femme (fragile, intense et éthérée Aurélia Thierrée), les cheveux hirsutes, le regard perdu, ailleurs, presque absent, tente tant bien que mal d’emballer dans des cartons les quelques objets qu’elle possède. Ces derniers sont bien récalcitrants et, à l’instar de leur propriétaire, n’ont aucune envie de quitter leur lieu de vie. Et pourtant, il le faut. Comme un couperet sans appel, un homme gris, sinistre (ténébreux et sombre Antonin Maurel), fait tomber la fatale sentence : « vous devez partir madame, vous devez partir ! »…

Murmures_Murs_950_Thierree_Chaplin_credit_Richard_Haugton_@loeildoliv

Afin d’échapper aux sombres desseins du créancier, Aurélia Thierrée plonge la tête la première dans un carton et disparaît dans un monde onirique, sombre et inquiétant. C’est le début d’une fuite en avant, d’un refus délibéré de la réalité, d’un parcours initiatique au cœur de la folie, en quête de soi. Perpétuellement en mouvement, la jeune femme traverse les décors, les murs et les univers. Le temps d’un battement de cils, on la retrouve en haut d’un immeuble aux allures de palais vénitien délabré, avant de la découvrir endormie sur un lit en fer blanc qui semble tout droit sorti d’un asile psychiatrique, ou encore, dans un face-à-face troublant, fascinant, avec une créature ressemblant à un énorme insecte ayant comme armature, une échelle, et comme peau, une bâche de plastique froissé. Tour à tour avalée et rejetée par le décor, elle erre dans des bribes d’histoires, des tranches de vie, croisant çà et là des êtres étranges et inquiétants, sans visage, un géant à tête d’oiseau faite d’un soufflet, une perruque parlante. Elle escalade des façades, découvre des appartements vides, délaissés, abandonnés. Chaque élément de la scénographie, chaque mur raconte à son oreille complaisante ses multiples existences, qu’elles soient tristes ou gaies, d’hier ou d’aujourd’hui. Là n’est pas l’important.

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Dans ce ballet onirique, chorégraphié avec ingéniosité et inventivité par Victoria Thierrée-Chaplin, la digne petite-fille de Chaplin s’émancipe et dévoile toute l’étendue de son talent qui, disons le sans détour, est énorme. Cette enfant de la balle virevolte avec virtuosité, grimace avec fantaisie dans ce spectacle complet qui allie théâtre, cirque et danse. Accompagnée dans ses facéties burlesques, par deux acolytes – Antonin Maurel, l’homme à fuir, et Jaime Martinez, le complice et partenaire d’entrechats – , la jeune femme cherche jusqu’à l’épuisement le sens de sa propre destinée. La musique de Philip Glass souligne ses détresses, ses passions, ses égarements, et l’accompagne jusqu’au bout dans cette fugue, cette transe sans fin loin des villes, des rues, des gens, de ce bestiaire fantastique.
Ces Murmures des murs sont un étrange songe, une balade onirique, un ballet poétique, un rêve étrange, un enchantement troublant, fascinant!…

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore


affiche_Murmures_Murs_©Stephane_Trapier_@loeildoliv

Murmures des murs de Victoria Thierrée-Chaplin
théâtre du Rond-Point
salle Renaud-Barrault
jusqu’au 23 mai à 21H
durée 1h20

Conception et mise en scène Victoria Thierrée-Chaplin
avec Aurélia Thierrée accompagnée de Jaime Martinez, Antonin Maurel
scénographie de Victoria Thierrée-Chaplin
lumières de Thomas Dobruszkès
costumes de Véronique Grand, Jacques Perdiguez, Monika Schwarzl et Victoria Thierrée-Chaplin chorégraphie Victoria Thierrée-Chaplin et Armando Santin
Musique de Philip Glass

Crédit Photos © Richard Haugton et crédit illustration © Stéphane Trapier

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