Une histoire dansée et morcelée de l’Argentine vue par Mathilde Monnier

Envahissant la grande scène du théâtre du Rond-Point, les douze interprètes argentins dirigés par la chorégraphe Mathilde Monnier revisitent l’emblématique Bal de Jean-Claude Penchenat. Du tango aux danses carnavalesques, ils embrasent avec fougue et « caliente » l’espace, esquissant un portrait sexué de l’Argentine d’hier et d’aujourd’hui. 

Sur un air fleurant bon les mélodies chaloupées de l’Amérique du Sud, les douze danseurs, l’un après l’autre font leur entrée. Pas cadencés, jambes tendus, gestes précis, ils prennent possession de l’espace. Un regard appuyé par-ci, un clin d’œil par-là, ils enflamment les sens du public, le charme, le séduise. Visages fermés, concentrés pour certains, yeux pétillants, sourire à tomber pour d’autres, le bal peut commencer. 

Assis face à face, ils s’observent, se jaugent. Femme habillée en homme, et inversement, le genre n’a pas d’importance, seule l’ivresse de la danse a de l’importance. Bataille des gestes, des mouvements, nos douze artistes s’affrontent rivalisant d’ingéniosité, de virtuosité, d’humour. Derrière la rigueur, c’est à une folle ronde, une extravagante histoire de l’Argentine qu’invite la chorégraphe française Mathilde Monnier. Épaulée par l’auteur argentin Alan Pauls, elle revisite Le Bal de Jean-Claude Penchenat, œuvre fortement inspirée par l’esthétisme de Pina Baush, créée en 1981 et que le cinéaste italien Ettore Scola grave sur la pellicule en 1983. 

Femmes battues, malmenées, reprenant le pouvoir, homme laissant transparaître leur féminité, couple se faisant, se défaisant au rythme d’une samba endiablée, dépassant la notion de genre, El Baile compose à la manière d’un patchwork l’essence d’un pays. Avec fièvre, les douze danseurs, tous excellents, drôles autant que brillants, se jettent à corps perdu dans cette farandole charnelle, sensuelle, sexuelle. Les musiques s’enchaînent, toutes différentes. Des airs populaires chantés a cappella aux beats rythmés à la bouche, des cumbias au tango, c’est en peu Buenos Aires qui débarque sur le plateau de la salle Renaud-Barrault.

Si parfois le temps s’étire un peu trop, ne boudons pas pour autant ce singulier plaisir que procure ce voyage immobile d’autant qu’il est agrémenté de tableaux particulièrement bien ciselés. La danse urbaine de Martin Gil, la leçon de danse et le tango mené par José Lugones en sont les plus beaux exemples. 

N’hésitez pas et venez découvrir ce bout d’Argentine à Paris. Loin de la morosité parisienne en ce début septembre, c’est à une fête burlesque et drôle, un bal baroque que vous convie Mathilde Monnier et le Rond-Point.

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore


El baile de Mathilde Monnier
Théâtre du Rond-Point – Salle Renaud-Barrault
2bis av Franklin D. Roosevelt
75008 Paris
jusqu’au 15 septembre 2019
du mardi au samedi à 18h30 et le dimanche 15 septembre à 15h 
durée 1h30

Conception de Mathilde Monnier et Alan Pauls
Chorégraphie de Mathilde Monnier assistée de Marie Bardet
Avec Martin Gil, Lucas Lagomarsino, José Lugones, Ari Lutzker, Carmen Pereiro Numer, Valeria Polorena, Lucia Garcia Pulles, Celia Argüello Rena, Delfina Thiel, Florencia Vecino, Daniel Wendler
Dramaturgie de Véronique Timsit
Scénographie et costumes d’Annie Tolleter
Lumière d’Eric Wurtz
Son d’Olivier Renouf
Conseil musical Sergio Pujol
Coaching vocal Barbara Togander & Daniel Wendler
Répétitrice en tournée Corinne Garcia

Crédit Photos © Christophe Martin / Crédit illustration © Stéphane Trapier

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