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Savušun, le deuil de chair et de larmes de Sorour Darabi

Corps torse nu, livré sans fard au regard, l’artiste Sorour Darabi explore dans un solo sombre et charnel, érotique et masochiste, la culture du deuil et du chagrin. Décortiquant avec subversion sensuelle et espièglerie noire les rites du deuil, il.elle invite à un voyage introspectif autant douloureux que salvateur. Singulier, puissant !

Enfermé dans un studio de danse tapissé de noir du sol au plafond, le public, légèrement ébloui par une dizaine de spots qui lui font face attend en silence. Des nimbes, une douce voix conte en farsi – langue maternelle de Sorour Darabi – quelques récits épiques, quelques histoires de son pays. C’est en tout cas ce que l’on imagine à l’intonation chantante de sa voix. De derrière des gradins, il.elle apparaît. Portant une cape sombre, il.elle descend lentement les escaliers. Après un premier tour de piste, à pas mesurés, l’artiste rejoint le centre de la scène pour offrir son corps gracile, androgyne à la vue de tous.

savusun_sorour Darabi_c_©montpellierdanse_1-1_@loeildoliv

Radical.e, Sorour Darabi ne prend pas de détour. Il.elle privilégie le rapport frontal, direct avec son auditoire. Empruntant les chants, les gestes rituels des cérémonies de deuil chiite, qui ont marqué son enfance, il.elle se raconte au fil des mouvements, des contritions, des violences, des torsions imposés à son corps, à son âme. Visage déformé, larmes roulant sur ses joues poilues, l’artiste semble dire adieu à sa vie d’avant, à sa famille.

Ne s’épargnant aucune douleur, il.elle brûle sa peau à la cire, transforme sa bouche en chandelier humain, prenant pas moins de sept bougies entre ses lèvres goulues. L’image est saisissante, choquante pour certains, magique pour d’autres. Mais derrière le chagrin, la douleur, vient la jouissance espiègle d’un corps qui se soumet à des jeux sadomasochistes, qui se libère ainsi du poids trop lourd d’un passé révolu, d’un père aimé par-delà les convenances, d’un fantasme guerrier au torse poilu, premier émoi de son adolescence iranienne.

Défiant l’ordre établi, égratignant les codes, les règles du deuil, Sorour Darabi trouble les sens, les émotions, hypnotise les regards, envoûte les esprits. Sans jamais tomber dans la vulgarité, il.elle s’offre dans toute sa crudité avec une douceur de velours, une sensualité féroce. Un moment hors du temps, du monde qui réveille impitoyablement nos consciences un peu trop normées sans pour autant les brutaliser. Un spectacle suspendu, expiatoire et libérateur.

Par Olivier Fregaville-Gratian d’Amore – Envoyé spécial à Montpellier


Savušun de Sorour Darabi
Festival Montpellier Danse 2018
Studio Bagouet / Agora
Boulevard Louis Blanc
34000 Montpellier
Sam. 23 juin à 16h & dim. 24 juin à 18h

Reprise au Festival Camping
Centre National de la Danse – Studio 3
1 Rue Victor Hugo, 93507 Pantin
26 et 27 juin 2018 à 20h
Durée 1h00

Conception, chorégraphie et interprétation : Sorour Darabi
Création lumière : Jean-Marc Ségalen, Yannick Fouassier
Dramaturgie : Pauline Le Boulba
Regard extérieur : Mathieu Bouvier
Remerciements : Ali Moini, Bryan Campbell, Hossein Fakhri, Kamnoush Khosrovani, Charlotte Giteau, Sandrine Barrasso
Production déléguée : Météores

Crédit photos © Montpellier Danse

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