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Résistantes, Huis-clos éprouvant au cœur d’une maison close

Girondes, gouailleuses, humaines, sont les femmes qui ont trouvé refuge dans cette maison close de Marmande. Femmes de peu de vertu pour certains, survivantes pour d’autres, elles offrent leur corps dans l’espoir d’un avenir meilleur dans une France divisée, envahie par les Nazis. Insouciantes ou consciemment aveugles à ce qui se passe dehors, elles vont accueillir en leur sein une femme recherchée par la police allemande, pour acte de terrorisme. De cette confrontation avec la sombre réalité, leur quotidien va être à jamais modifié. Enfermées entre quatre murs, la peur au ventre, sans échappatoire possible, chacune révélera sa vraie nature dans un huis-clos oppressant, bouleversant, tiré d’une histoire vraie, justement écrit par Franck Monsigny et magistralement mis en scène par Stanislas Grassian.

Dans un silence sourd, une voix s’élève, érayée, vieillissante. C’est celle de la vraie Liliane Armand. Dans un prologue bouleversant et poignant, elle livre quelques anecdotes de son histoire, celle qui a servi de trame à Franck Monsigny pour écrire le bouleversant récit de Résistantes. Le noir se fait. On quitte le temps présent pour la France occupée de juin 1944. Une période trouble où les libertés sont restreintes, où seule une poignée d’hommes et de femmes luttent au quotidien pour en finir avec cette oppression.

Resistantes-Monsigny_3_avignon_©Xavier_cantat_@loeildoliv

La magnifique chapelle des templiers sert de magnifique écrin au Petit soleil, maison close de Marmande. On y pénètre par un vaste salon, lieu de détente et de repos où se retrouve les charmantes et accortes pensionnaires. Une méridienne, un paravent, quelques bibelots et d’immenses tapis persans, font office de décor donnant à l’ensemble une atmosphère feutrée, propice aux rêves et au lâcher-prise. Derrière d’immenses draps, on devine les chambres de passe. De chaque côté, en ombre chinoise, on voit deux couples s’ébattre. On entend leurs respirations rauques s’accélérer, leur râle de plaisir s’intensifier.

Après une course folle, dans la pénombre une silhouette féminine se glisse derrière les meubles. Apeurée, essoufflée, la blonde et frêle Liliane (étonnante et bouleversante Caroline Filipek) espère pouvoir se poser quelques temps dans cette étrange maison. Par chance, l’hôte des lieux, un certain Monsieur Maurice (Charismatique Franck Monsigny), ménage les allemands afin d’aider la résistance. Reconnaissant la femme d’un de ses contacts, il accepte de l’héberger quelques jours. Entre elle et les autres habitantes de la maison, les relations vont être tendues et singulières. Deux mondes vont s’affronter, se rapprocher, se comprendre et peut-être s’apprécier et s’entre aider. En effet, pour survivre dans ce lieu de perdition, elle va devoir se conformer aux us et coutumes des autres locataires, accepter de se promener en tenue légère, revoir ses croyances, ses aprioris. Commence alors un huis-clos étrange, éprouvant et poignant qui changera chacun des habitants de cette maison close. Tous seront confrontés à leurs démons, à leurs convictions.

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En plongeant dans la mémoire de feue Liliane Armand, Franck Monsigny signe un récit troublant et touchant qui interroge sur les actions et les pensées de chacun, qui scrute le moment de bascule où certains seront des héros, des braves, d’autres des vendus, des couards. Sans jugement, de sa plume concise, il observe, ausculte les gestes, les actes de ces femmes que la vie n’a pas épargnées et qui ne pensent qu’à une chose, survivre. Terriblement humaines, vibrantes, elles expriment leurs haines, leurs convictions, leurs envies, leurs désirs et leurs doutes. Perdues dans un monde de violence, elles se livrent, se cajolent, se réconfortent, se comprennent, se détestent et s’aiment. De ce chaos, de cette violence, de cette peur, nait solidarité, compassion et peut être rédemption. C’est toute la magie de ce spectacle en clair-obscur mis en scène avec doigté et ingéniosité par Stanislas Grassian. Ménageant les rebondissements, il nous tient en haleine, intensifiant à chaque scène la tension. Plus on s’approche du terrible dénouement, plus l’étau se resserre sur les 5 habitants de la maison close. Une terrible angoisse s’empare du public, le prenant à la gorge, l’empêchant quasiment de respirer.

Les 6 comédiens au diapason renforcent avec conviction la dramaturge de cette authentique histoire. La lumineuse Maud Forget est fantastique en femme enfant, paumée. En manque de tendresse, elle est déchirante quand elle lutte pour sauver son unique amour. La pulpeuse Sandra Dorset campe avec gouaille une fille mère qui ne survit que dans l’espoir de retrouver un jour son enfant. Elle est bouleversante quand se réveille en elle la rage des combattantes en lutte contre la barbarie. La rayonnante Lenie Cherino est parfaite en tenancière de bordel prête à tout pour protéger ses filles. La peur la poussant à pactiser avec le diable, mais sa conscience la sauvera sur le fil de l’horrible dérive.

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La douce Caroline Filipek interprète avec beaucoup de retenue cette femme jetée dans la tourmente de l’histoire. Rigide et moraliste, elle va apprendre, malheureusement à ses dépends, à survivre quoique qu’il advienne. Manuel Sinor joue avec justesse le terrible officier allemand. Quant à Franck Monsigny il se glisse avec aisance dans le rôle de Maurice, homme pragmatique navigant dans les eaux troubles entre collaboration et résistance. Il insuffle à son personnage une belle humanité qui oscille entre colère et compassion.

Pris dans le tourbillon de cette guerre sourde entre nazisme et résistance, on est submergé par la force du propos, son terrifiant réalisme et son ancrage dans l’actualité. Cette pièce est une leçon d’histoire et d’humanité fascinante, une ode à la tolérance, une claque salvatrice qui malmène nos bonnes consciences… Un moment de théâtre intense à ne pas rater !

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore – Envoyé spécial à Avignon


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Résistantes, une leçon d’humanité au Petit Louvre

Résistantes de De Franck Monsigny
Festival d’Avignon Off
Chapelle des Templiers – théâtre du Petit Louvre
3, rue Félix Gras
Du 7 au 30 juillet 2016 à 12h35
Durée 1h30

Mise en scène de Stanislas Grassian
Avec Lenie Cherino, Sandra Dorset, Caroline Filipek, Maud Forget, Franck Monsigny et Manuel Sinor.
Collaboration artistique Inès Guiollot, Sabine Perraud
Lumière de Denis Koranski
Musique de Nicolas Chaccour
Décors deSandrine Lamblin
Costumes d’Alice Thouvet

Crédit photos © Xavier Cantat

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