Couv_Peau d'Ane_Marigny_Michaël Denard Marie Oppert ©_Julien Benhamou_@loeildoliv

Peau d’Âne, le conte enchanté de Demy du grand écran à la scène

Pour fuir la flamme incestueuse de son père, une bien jolie princesse doit se grimer en monstre, mais l’amour d’un jeune seigneur finira par vaincre cette terrible malédiction. Avec une minutie rare, le metteur en scène Emilio Sagi et le compositeur Michel Legrand reprennent, plan-séquence par plan-séquence, le film culte de Jacques Demy et l’adaptent au Théâtre. Une plaisante féerie qui vaut pour la fraîcheur et le charme fou de Marie Oppert, divine Peau d’âne.

Que se cache-t-il derrière ce rideau de fer qui obstrue la scène ? C’est une voix reconnaissable entre mille qui vient nous le conter. Celle de Claire Chazal. Reprenant le rôle du narrateur, l’ancienne présentatrice du JT de 20 heures, ouvre le bal et invite à plonger dans l’univers acidulé et fantastique du conte de Charles Perrault, Peau d’Âne, remanié à la sauce Demy. Tout commence sous les meilleurs auspices. Dans un pays enchanté et prospère, vivant en harmonie, un Roi (Michael Denard) et sa gracieuse reine sont les parents d’une charmante tête blonde (Marie Oppert), qui suffit amplement à leur bonheur. Malheureusement, les coups du sort s’acharnent autant sur les misérables que sur les puissants. Un soir d’hiver, la reine décède laissant son époux au désespoir, mais avec la promesse qu’il ne se remariera uniquement qu’avec une femme plus belle et mieux faite qu’elle. Seule leur fille correspond à ces critères.

Peau d'Ane_Marigny_Michaël Denard Marie Oppert 2_©Julien Benhamou_@loeildoliv

Pris d’une passion folle, incestueuse, il force son enfant à aller dans ses retranchements. Aidé des ingénieux conseils de sa marraine la fée des lilas (Emma Kate Nelson), elle repousse avec plus ou moins de vigueur, toute les filles, c’est bien connu son amoureuse de leur papa, ses avances en exigeant des présents de plus en plus compliqués à obtenir, quitte à passer pour frivole, capricieuse. Il cède à tous, les uns après les autres. Seule échappatoire, la fuite. Grimée, enlaidie, portant la peau de l’âne banquier, qui fait la richesse du royaume, et que son père lui a offert comme ultime sacrifice avant l’hyménée, elle quitte le château pour des contrées lointaines. Sa laideur repousse les regards indiscrets. Installée dans une vieille hutte en ruine, elle travaille comme souillon pour une veille dame. Les jours coulent de corvée en corvée. Mais, le prince de séant (Olivier Guedj en alternance avec Mathieu Spinosi), un romantique invétéré, va déceler au-delà des apparences son étonnante beauté. Et comme dans tout conte de fées, l’amour finit pas triompher.

Peau d'Ane_Marigny_ Marie Oppert Christine Gagnieux_©Julien Benhamou_@loeildoliv

En adaptant à la scène, le film de Demy, pour réouvrir en beauté et féerie le théâtre Marigny après cinq ans de travaux, Emilio Sagi et Michel Legrand n’ont clairement pas lésiné sur les moyens : décor somptueux fait de miroirs et de faux arbres donnant au plateau des airs de forêt magique, costumes étincelants, foisonnant de dentelles et de taffetas, casting de haut de vol. Rien n’a été laissé au hasard, ni la ressemblance des comédiens avec les acteurs originels, ni l’atmosphère identique à celle du long-métrage, pour que la transposition du cinéma au théâtre soit parfaite. Ainsi, les amoureux du film ne seront pas déçus, tout a été respecté à la lettre.

Toutefois, et c’est tout à l’honneur de cette recréation plus noire, plus féministe, moins enfantine, le désir incestueux, libidineux à la limite de la pédophilie du père n’est pas gommé, édulcoré. La jeunesse de l’interprète Marie Oppert y est d’ailleurs pour beaucoup. Et c’est elle, a, à peine vingt ans, qui portent sur ses frêles épaules, toute la pièce. Ingénue, pétillante, véritable révélation de cette rentrée théâtrale, elle est une Peau d’âne espiègle et malicieuse, dont la voix d’or envoûte les plus réfractaires.

Peau d'Ane_theatre de Marigny_ Marie Oppert 7_© Julien Benhamou_@loeildoliv

Tout n’est pas parfait. Certaines transitions notamment dans les costumes fonctionnent nettement moins bien que dans le film, certains jeux sont trop appuyés et manquent quelque peu de nuance, quant aux chorégraphies, elles sont des plus minimalistes, mais, et c’est bien l’important, la féerie du conte opère et invite à un rêve éveillé, fantastique. Entonnant, comme il se doit les airs enchanteurs et archiconnus de Michel Legrand, tous joués en direct par un orchestre caché dans la fosse sous la scène, le public ressort émerveillé de cette fantaisie musicale, des paillettes pleins les yeux, avec l’envie irrépressible de gouter le cake d’amour, de se gaver de pâtisseries et de revoir au coin du feu le chef d’œuvre de Demy.

Par Olivier Fregaville-Gratian d’Amore


AFF_peau-d-ane-nouveau-visuel_40164_@loeidoliv

Peau d’âne, féérie musicale d’après un film de Jacques Demy adapté de Charles Perrault
Théâtre Marigny
Carré Marigny
75008 Paris
Jusqu’au 17 février 2019
Du mardi au samedi à 20h, en matinée le samedi à 15h et à le dimanche à 16h.

Musique de Michel Legrand
Direction artistique : Emilio Sagi, Daniel Bianco, Pepa Ojanguren, Eduardo Bravo et Nuria Castejon
Direction musicale : Thierry Boulanger et Patrice Peyrieras
Avec Marie Oppert, Michael Denard, Emma Kate Nelson, Mathieu Spinosi, Olivier Fredj, Marie-Agnès Gillot, Christine Gagnieux, Franck Lopez et la participation exceptionnelle de Claire Chazal.
Orchestre et Chœurs du Théâtre Marigny

Crédit photos © Julien Benhamou

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