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Pasolini en forme de rose, ode musicale à la mémoire du ténébreux poète

Les mots chantent et enchantent. Les musiques invitent à un voyage intime au plus près de l’âme de cet artiste hors norme, engagé, écorché, scandaleux qu’était Pasolini. En reprenant à la première personne les pensées du célèbre cinéaste et écrivain italien, Antonio Interlandi propose de découvrir l’homme et une facette moins connue de son travail, son talent de parolier, de poète. Un hommage délicat et sensible.

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Mort assassiné en pleine nuit sur la plage d’Ostie en 1975, non loin de Rome, Pier Paolo Pasolini a marqué l’histoire du cinéma. Radical dans ses choix, critique envers le monde qui l’entoure, l’esprit petit-bourgeois et la société consumériste qui émerge dans l’Italie traumatisée d’après-guerre, il n’a cure de la bien-pensance, du puritanisme et provoque en s’intéressant au sort des prostitués masculin, se moquant des dupes dans son Décaméron ou en adaptant l’œuvre du Marquis de Sade dans son dernier long-métrage. Il n’est jamais là où on l’attend. Il se rebelle, refuse l’ordre établi et égratigne avec férocité, intelligence un « establishment » trop propret, trop corseté.

Derrière l’homme, se cache un poète blessé, un amoureux, un sensible. Se glissant dans la peau de Pasolini, Antionio Interlandi prête sa voix douce, légèrement rocailleuse, où pointe un bel accent italien, à l’enfant né à Bologne, à l’intellectuel passionné de football, au mélomane qui s’enivre de la musique de Bach. Aidé par l’un des spécialistes français de l’artiste transalpin, René de Ceccatty, il déroule le fil vibrant d’une vie pavée de douleurs, de fêlures, de révoltes et de belles rencontres.

Avec emphase parfois, fébrilité souvent, le comédien-metteur en scène, accompagné à l’accordéon par l’épatant Noé Clerc, entonne les chansons écrites par Pasolini, le plus souvent pour son actrice, son égérie, Laura Betty et dévoile la passion folle qui unit l’artiste à son grand et dernier amour pour Ninetto Davoli. N’épargnant rien de la crudité des poèmes, des textes de l’artiste, du penseur, il livre un portrait sans fard, troublant et profond de l’homme qu’on prend un plaisir gourmand à entendre, à découvrir. Une bien jolie rose au parfum légèrement surannée qu’on hume avec ravissement en cette arrivée d’automne ensoleillé, mais légèrement frisquet.

Par Olivier Frégaville-Gratian d’Amore


pasolini_studio Hebertot_interlandi_@loeildoliv

Pasolini en forme de rose d’Antonio Interlandi d’après textes et chansons de Pier Paolo Pasolini
Studio Hebertot
78 bis, Boulevard des Batignolles
75017 Paris
Du 20 au 23 septembre 2018
Tournée prévue

De et avec Antonio Interlandi
Dramaturgie de René de Ceccatty
A l’accordéon Noé Clerc
Direction Musicale de Mathieu El fassi

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