Nouvelles du festival de Marseille

Suite à l’annonce, le 13 avril dernier, du Président de la République annulant toutes les manifestations culturelles jusqu’au 15 juillet, et aux différentes autres déclarations du gouvernement depuis, le Festival de Marseille a pris le temps de la réflexion afin de se réinventer. Isabelle Juanco, responsable de la communication de l’événement, livre quelques pistes envisagées pour l’avenir. 

Comment avez-vous vécu le début du confinement ? 

Isabelle Juanco : Avec l’arrivée de la pandémie en Europe, nous étions bien sûr inquiets. Le confinement n’a fait que confirmer certaines de nos craintes, mais il était important pour le festival d’aller de l’avant que ce soit pour soutenir les équipes artistiques, techniques ou administratives. Notre programmation, que nous n’avons pu finalement dévoilée, était très internationale. Très rapidement, la question de la mobilité, hors espace Schengen, s’est imposée à Jan Goossens, notre directeur. Nous avons donc pris le temps de contacter les artistes que nous avions convié à présenter leur travail au juin prochain. De la Sud-africaine Dada Masilo à l’Américain Amir ElSAffar, qui avait rassemblé au fil de ses voyages pour le projet qu’il devait présenter au Festival onze musiciens originaires du Maghreb et d’Afrique sub-saharienne, en passant par le congolais Michael Disanka et son concitoyen Faustin Linyekula, pour ne citer qu’eux, nous avons pris, tout d’abord de leurs nouvelles dans ce contexte sanitaire singulier, où chaque pays a établi des mesures fort différentes, puis nous avons commencé à étudier avec eux les différents scénarios possibles. Nous avons abordé aussi l’état des créations dont certaines étaient en péril. Adeline Rosenstein, qui avait présenté l’an passé une étape de travail de Laboratoire Poison 2, était en pleine répétition quand tout s’est arrêté. Il lui restait encore trois semaines de travail aux Halles de Schaerbeek en Belgique pour terminer son spectacle. Qu’en serait-il au moment du déconfinement ? aurait-elle le temps de finaliser avant la première ? cette dernière aurait-elle lieu comme prévue ?

Face aux nombreuses interrogations concernant les rassemblements publics, quel a été votre stratégie ? 

Isabelle Juanco : Jusqu’à la déclaration du Président de la République, nous avions l’espoir, certes menu, de pouvoir maintenir un temps court début juillet. Avec Jan Goossens, nous avons beaucoup discuter avec nos partenaires, la ville, notamment qui est le premier financeur public de l’évènement, mais aussi les lieux qui nous accueillent le temps du festival, nous avons cherché la meilleure solution possible pour tous, que ce soit pour les artistes, le public ou les équipes. Cette solution, nous le savions état fragile, elle a été balayée d’une phrase. Aujourd’hui, nous ne savons encore que faire. Touchés de plein fouet par l’annulation de toutes les manifestations culturelles, nous cherchons la manière la plus juste pour limiter les impacts sur la création, sur l’économie et sur les artistes. Nous budgétons les différentes options afin de soutenir les artistes tout en préservant l’avenir du festival. 

Tout étant gelé jusqu’à septembre, quelles stratégies à moyen terme envisagez-vous, l’annulation de tous les spectacles ou le report de certains ? 

Isabelle Juanco : Nous sommes encore dans l’expectative. Nous explorons la piste d’un temps court à l’automne. Mais, tout cela est très incertain. Après concertation avec les différentes autres structures de la ville de Marseille, comme Manifesta, la biennale d’art dans l’espace public, La vieille Charité, le Muceum ou La Criée, lieux dans lesquelles nous devions présenter les différents spectacles, nous réfléchissons à la mise en place d’une rentrée culturelle commune. Nous pourrions ainsi permettre à certains spectacles comme celui d’Adeline Rosenstein, de voir le jour. Pour d’autres, comme le projet du Congolais Pepe « Elmas » Naswa, en collaboration avec le Ballet national de Marseille, nous n’avons pas d’autres choix que de l’annuler. Nous avançons à tâtons, et aucune décision ne sera prise afin la fin mai. Nous espérons pouvoir reporter certains spectacles sur l’édition 2021, mais rien ne garantit que les artistes aient envie de montrer autre chose, qu’ils n’auront pas avancé autrement. Chaque chose en son temps, mais bien évidement nous commençons à travailler à l’avenir du Festival. C’est absolument nécessaire d’aller de l’avant.

Propos receuillis par Olivier Frégaville-Gratian d’Amore

Festival de Marseille

Crédit de photos © ChrisVan der Burght, © Anne Van Aerschot et © DR

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