Main basse sur le magot, une comédie rétro à mourir de rire

S’inspirant de l’œuvre d’Edouard Bourdet, Arnaud Cassand fait « main basse sur le magot » et rafle la mise avec une pièce haute en couleur. Un divertissement savoureux, piquant qui détend les zygomatiques.

L’exercice de style qui consiste à reprendre une pièce célèbre pour en faire une autre tout aussi efficace est loin d’être aisé. Arnaud Cassand, qui n’a pas froid aux yeux, s’est lancé ce défi et il s’en tire fort bien. Son Fric-Frac revu, mais pas corrigé, devenu Main basse sur le magot fonctionne parfaitement. Il y a du respect dans son adaptation et une belle connaissance du genre, le film noir français des années d’avant-guerre. Le ton y est. Ça fleure bon le pavé parisien, avec ses accents, son argot.

Paul, employé modèle d’une bijouterie, tombe amoureux de la belle Loulou. Mais la donzelle, qui a déjà un régulier, a d’autres projets en tête comme celui de se servir de Paul pour faire le casse du siècle. Parce que de l’oseille elle en a besoin et fissa. C’est pour son Tintin qu’est en prison et qui doit des sous à la bande à Pierrot. Rien ne va se passer comme prévu, et ceci pour notre plus grand bonheur. La fin est impayable.

Paul est incarné par Julien Héteau. Un brin benêt, complètement naïf, avec sa gueule de premier communiant, il a tout du cave. Mais lorsque celui-ci se rebiffe, c’est à se tordre de rire. Héteau se lâche et nous livre un numéro comique remarquable. Loulou, c’est Mathilde Bourdin, une gueule d’atmosphère et des gambettes de reine. Évitant la caricature, s’amusant avec l’argot et la gouaille parisienne, la comédienne fait une interprétation dont Arletty n’aurait pas à rougir. Arnaud Cassand prête avec talent sa bonhomie rondouillarde à Jo, le comparse de Loulou. Si les C… volaient, il serait à n’en pas douter chef d’escadrille. Dans le rôle de la bijoutière totalement frappadingue – un numéro à la Maillan, Daphné de Quatrebarbes est irrésistible.

Pas de temps morts dans cette comédie mise en scène par un expert : Jacques Decombe. Grâce aux décors de Jean-Luc Taillefert, les costumes de Chantal Hocdé, le petit plateau du Funambule Montmartre prend des allures de grande scène de boulevard parisien. N’hésitez pas à faire Main basse sur le magot, vous ne le regretterez pas.

Marie-Céline Nivière


Main basse sur le magot d’Arnaud Cassand, pièce librement adaptée de Fric-Frac d’Edouard Bourdet
Le Funambule Montmartre
53 rue des Saules
75018 Paris
A partir du 13 décembre 2019
Durée 1h40

Mise en scène de Jacques Decombe assisté de Timothée Loridon
avec Julien Héteau, Arnaud Cassand, Mathilde Bourdin et Daphné de Quatrebarbes
Musiques originales de Vincent Prezioso
Accordéon d’Eric Bouvelle
Costumes de Chantal Hocdé
Décors de Jean-Luc Taillefert

Crédit photos © Edouard Curchod

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