Lettre d’Hugues Duchêne

Cher Œil d’Olivier,

Voilà quasiment deux mois que tu m’as proposé un espace de libre expression dans tes colonnes. C’est judicieux. Les jeunes artistes comme moi aiment trop la visibilité pour manquer une occasion de compter leurs likes. 

J’espère que tu me pardonneras d’avoir tardé à t’écrire. J’attendais la fin du confinement pour pouvoir faire un maigre bilan de mes réflexions. Mais je vais te décevoir : je n’ai strictement rien à raconter. 

Sur le mois dernier, l’essentiel de ma production artistique s’est limité à prendre un cliché par jour de mon voisin d’en face : un semi-grabataire très attaché à son bronzage et souvent en slip. Il en résultera peut-être une exposition navrante bien que très houellebecquienne et probablement intitulée “Mon confinement”. 
Mais à part jouer à Fenêtre sur cour sans Grace Kelly, je n’ai rien vraiment rien fait. À peine ai-je tenu -moi aussi- un journal de confinement, impubliable, disons-le. Si c’est publiable, ce n’est pas un journal.

Bien sûr, je serais tenté de faire ici la chronique des réactions de notre milieu socio-professionnel à la pandémie. Il serait facile d’accumuler les sarcasmes sur un monde se découvrant haut placé dans la pyramide de Maslow, et loin dans le colosse de Rhodes. Mais ce serait ajouter une nouvelle couche d’opportunisme sur un gâteau déjà nappé. Et en matière d’opportunisme, je m’y connais ; j’ai commencé il y a quatre ans une pièce qui traite directement des années Macron – alors le Covid, pour moi, c’est tout benef’ – comme si Notre-Dame brûlait dix fois. Tu vois le genre ?

Mais trêve de cynisme à la mode. Je me tais maintenant, et réserve mes délibérations gazeuses à ma pièce, que l’on jouera, avec Le Royal Velours – si tout va bien – dans un an. Vue l’accélération de l’Histoire, tout aura changé d’ici-là, et ces mots paraitront bien vains. Alors, cher Œil d’Olivier, permets-moi de finir ce texte par les mots d’une autre – une metteuse-en-scène que j’estime, et qui m’écrivait la semaine dernière :

J’espère très fort que le théâtre ne s’effondrera pas. 
Plus qu’un espoir, c’est une supplication.
 “

Pas mieux. 

Amitiés, 

Hugues Duchêne, auteur, metteur en scène et comédien – fondateur du Royal Velours

PS : Tu peux publier ce texte, c’est coolos.


Le roi sur sa couleur d’Hugues Duchêne

Je m’en vais l’état demeure d’Hugues Duchêne

48 k€ de Hugues Duchêne

Comme une pierre qui … de Marie Rémond & Sébastien Pouderoux

Crédit photo © Hugues Duchêne

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