Les confessions mordantes d’une maîtresse femme

Tout droit sortie de Liliom de Ferenc Molnár, Mère Hollunder se raconte sur scène. Caustique, impitoyable, mais aussi étonnement tendre, elle confie ses amours, son histoire à travers la plume ciselée et le jeu du talentueux Jacques Hadjade. Dirigé au cordeau par Jean Bellorini, le comédien donne des ailes à son personnage. Un bijou de drôlerie, d’intelligence.

Ronde comme une bille, les fesses rebondies, le minimum requis pour se revendiquer femme, vieille comme le monde, Mère Hollunder, « avec deux L, sinon comment ferait-elle pour voler», fait partie de ces êtres qui ont tout vu, tout entendu, qui ont un avis sur tout. La langue bien pendue, elle ne se prive pas de dire ce qu’elle pense. Son langage est cru, direct. Ses paroles sont acides, assassines mais jamais dénuées d’une certaine douceur. Derrière le monstre se cache une personne seule qui n’a jamais vraiment connu la passion, l’embrasement des sens. Épouse d’un photographe d’origine juive, qu’elle a tout d’abord roué de coup, elle vit, survit dans un monde plutôt morne et peu festif. Qu’à cela ne tienne, son caractère peu commode, son franc-parler, son sang vif, lui donnent couleur et relief.

Personnage filigrane de Liliom de Ferenc Molnár, Mère Hollunder est un sacré numéro. Pour l’avoir interprété en 2015 dans la mise en scène de Jean Bellorini, Jacques Hadjaje la connaît bien. Avec un malin plaisir, un humour piquant, le comédien-auteur a eu l’envie de lui rendre hommage, d’aller un peu plus loin dans le lien particulier qui l’unit à ce rôle et de conter l’histoire de cette femme sans pitié qui lutte contre les fantômes du passé. Il signe un texte savoureux, acide, corrosif, un seul-en-scène tragi-comique terriblement drôle. 

Retrouvant Jean Bellorini aux manettes, Jacques Hadjaje campe une créature extravagante, cinglante, troublante, qu’on adore détester mais qu’on ne peut s’empêcher d’aimer. S’appuyant sur une scénographie simple, champêtre, onirique- quelques poules posées ça et là, un escalier en colimaçon s’élevant vers les cintres, une coiffeuse de loge, suffisent – , le metteur en scène, qui quitte en janvier la direction du TGP de Saint-Denis pour celle TNP de Villeurbanne, esquisse avec délicatesse et esprit le portrait d’une femme hors norme qui refuse de se faire marcher sur les pieds. 

Alors courrez détendre vos zygomatiques et découvrir cette Vie et Mort de Mère Hollunder, véritable coup de cœur de cette rentrée théâtrale.

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore


Vie et mort de mère Hollunder de Jacques Hadjaje
Théâtre du Rond-Point – Salle Topor
2bis av Franklin D. Roosevelt
75008 Paris
Jusqu’au 13 octobre 2019
du mardi au Samedi à 20h30 et le Dimanche à 15h30 
durée 1h00

du 30 novembre au 7 décembre 2019 au théâtre Gérard Philipe – Centre dramatique national de Saint-Denis

Mise en scène de Jean Bellorini
avecJacques Hadjaje
Costumesde Laurianne Scimemi
Sonde Sébastien Trouvé

crédit Photos © Giovanni Cittadini Cesi / Crédit illustration © Stéphane Trapier

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