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La queue du Mickey, un bijou d’absurdité sur fond de solitude

Quatre êtres à la dérive, plus farfelus et hurluberlus les uns que les autres, tentent ensemble de faire face à leurs névroses. Portant perruques improbables et tenues kitsch, ils s’exercent à une thérapie de groupe des plus barrées nous entraînant dans une conte surréaliste et absurde. En quête d’un bonheur improbable, chacun se livre par petites touches, montrant aux autres les blessures de son cœur, les fêlures de son âme. L’écriture acide et drolatique de Florence Muller et Eric Verdin souligne avec beaucoup d’humour ces successions de situations ubuesques et conquiert un public hilare… Une comédie décalée en trompe l’œil à savourer sans délai.

Sur une scène quasi nue, où trône un portrait en pied de Rita Hayworth, rebaptisée pour l’occasion Jackie Kennedy, trois étranges personnages, semblant tout droit sortie d’un film des années 1970, s’agitent et marchent de long en large. Affublés d’affreuses perruques vintage et de sacs tout aussi kitsch, ils cherchent à évacuer le poids de la solitude qu’ils portent sur leurs épaules. Obsessionnels dans leurs gestes, proférant des propos qui n’ont souvent ni queue ni tête, ils font parti du groupe des « malheureux anonymes ». En quête de bonheur, ils se réunissent régulièrement pour évacuer ensemble les mauvaises ondes qui les entourent.

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Alors qu’ils suivent un rituel établi, constitué de différentes étapes prédéfinies, d’ateliers et d’exercices en tout genre afin d’échapper à la neurasthénie qui leur colle à la peau, ils sont perturbés dans leurs habitudes par l’arrivée d’un quatrième individu. Sombre, triste, aussitôt intégré au groupe, il semble très vite dépassé par les évènements. Ne lâchant jamais son attaché-case tellement « old school », et bien que réticent, il finit par se laisser embarquer dans l’étonnant et étrange ballet des trois autres. Commence alors pour chacun et pour le groupe une quête vers un impossible bonheur, chacun livrant aux autres ou à lui-même ce qui l’empêche d’avancer et le retient inexorablement dans le malheur et l’isolement.

S’emparant de ce sujet de société largement vu et revu, qu’est la quête du bonheur, Florence Muller et Eric Verdin évite les écueils et les redondances. De leur plume malicieuse, ciselée et légèrement acidulée, il explore les ressorts des rapports humains et la propension des êtres à se complaire dans le malheur. S’attachant à des personnages délicieusement caricaturaux, ils signent une pièce hilarante et décalée. Afin de souligner toute l‘absurdité de leur propos, ils ont opté pour une scénographie dépouillée mais habile – le couloir de lumières menant aux toilettes où chacun s’isole pour se libérer du secret qui pèse sur ses épaules est particulièrement ingénieux – et pour une mise en scène accentuant les hystéries et les névroses de chacun des personnages. Loin d’une simple comédie, les deux auteurs esquissent une jolie satire de nos sociétés modernes.

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Conquis par cette folie douce et ce tourbillon drolatique, le public se laisse embarquer par le talent des quatre comédiens. Florence Muller, seule femme sur scène, est absolument irrésistible en pauvre fille conciliante et barrée. Maître és burlesque, Luc Tremblais est à mourir de rire. Jouant sur la corde du sensible, il émeut aux larmes quand son personnage perd pieds. Pierre Hiessler est fascinant d’autodérision en looser patenté. Quant à Yann de Monterno, torse musclé apparent, il est juste délirant en homme complétement à côté de ses pompes.

Totalement embarqué dans ce monde surréaliste, on rit de bon cœur aux situations cocasses, aux rebondissements ubuesques et aux dialogues décapants. Si on peut regretter l’abus de certains procédés et de certains « running gags », on est totalement happé par la poésie absurde de ce conte noir et drôle.

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore – Envoyé spécial à Avignon


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La queue du Mickey de Florence Muller et Eric Verdin
Festival Off d’Avignon
Théâtre des 3 soleils
4, Rue Buffon
84000 Avignon
du 7 au 31 juillet 2016 à 20h40, relâche les 12, 19, 26 juillet.
Durée 1h15

Mise en scène de Florence Muller et Eric Verdin
avec Pierre Hiessler, Yann de Monterno, Florence Muller, Luc Tremblais

Crédit photos © Rémy Perthuisot

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