La loi des prodiges ou l’art en miroir

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Au petit Saint-Martin, François de Brauer met l’art face à l’art

Incarnant plus d’une quarantaine de personnages, François de Brauer invite à une réflexion sur l’art, son rôle dans la société, sa place, sa vacuité, sa force et ses faiblesses. Avec espièglerie et malin plaisir, il se fait tour à tour, détracteur ou défenseur, sans jamais tomber dans la caricature. Un tour de passe-passe réussi et hilarant !

Dans la pénombre d’une scène dépouillée, une silhouette d’homme apparaît. Il porte un costume de militaire ou de dictateur. L’image est fugace, éphémère. Il faut attendre le dénouement du spectacle pour comprendre l’origine de cet étrange spectre. En un clin d’œil, tout change. François de Brauer revient. Physique à la Jim Carrey, maîtrisant tout comme lui l’art de la pantomime et de la grimace, il se glisse dans la peau de plusieurs personnages pour conter l’histoire fictive de Remi Goutard. De sa naissance à son ascension sous les ors de la République, il décode avec malice les signes avant-coureurs de sa haine, sa rancœur tenace contre l’art et les artistes.

De son père scénariste raté et suicidaire à sa mère poule fumeuse invétérée et velléitaire, de sa petite amie « arty » ambitieuse qui le larguera pour un plasticien en vogue, à l’artiste lui-même, caricature vaniteuse, pur produit d’une culture pervertie par le mershandising, le comédien s’amuse avec ingéniosité et lucidité à croquer chacune des pierres qui construisent la psychologie rigide et réfractaire à toute beauté de petit Remi.

La loi des prodiges (Francois de Brauer 2018)

Remi Goutard (François de Brauer) se rêve dictateur d’une France où l’art est prohibé, les artistes « réintégré » dans une société normée © Victor Tonelli

Maitrisant magistralement la rhétorique, maniant les mots avec aisance, jouant sur tous les registres scéniques du burlesque à l’onirisme en passant par la satire, François de Bauer esquisse un plaidoyer éblouissant en contre point sur l’art et son rôle essentiel pour lutter contre tout obscurantisme et montée du populisme. Le comédien habité et virtuose rappelle ô combien dans chaque dictature, la créativité, l’inventivité et l’imaginaire sont les premiers piliers de la société à abattre.

Se moquant autant des artistes fats que de l’intelligence sibylline des détracteurs de la culture, François de Brauer, aidé de Louis Arene et de Joséphine Serre, signe un seul-en-scène schizophrénique et désopilant qui met à mal les certitudes des spectateurs et les obligent, tout particulièrement dans le climat sociétal actuel, délétère, à réfléchir au monde de demain. Au-delà du texte, fort bien ciselé, particulièrement soigné, la prouesse scénique du comédien emporte la mise et enchante un public conquis et hilare. Un conte noir savoureux et jubilatoire !

Par Olivier Fregaville-Gratian d’Amore

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François de Bauer a l’art de la rhétorique © Victor Tonelli

La loi des prodiges (ou la réforme Goutard) de François de Brauer
Théâtre du Petit Saint-Martin
17 rue René Boulanger
75010 Paris
jusqu’au 9 décembre 2018
les dimanches à 18h00 et les Lundis à 20h00
Durée 1h00 environ

avec François de Brauer
Collaboration artistique Louis Arene et Joséphine Serre
Lumières de François Menou.
Costumes de Christelle André.
Production : La Compagnie des Petites Heures
En coréalisation avec le Théâtre de la Tempête.

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