La guerre dans les yeux d’un enfant

Au Lucernaire, le comédien James Groguelin se glisse avec fougue dans la peau de Joseph Joffo gamin et donne intensément vie à son roman autobiographique, un Sac de billes. Épatant !

Joseph a 11 ans. Il vit au-dessus du salon de coiffure familial, non loin de la porte de Clignancourt avec ses parents et ses six frères et sœurs. Tout irait pour le mieux si la guerre ne faisait pas rage, si Paris n’était pas occupé par les Allemands. Avec Maurice, son ainé d’à peine deux ans, il joue aux billes, insouciant du drame, de la guerre qui va bientôt les rattraper. Juif par son père, il va devoir porter l’étoile jaune. L’étau se resserrant, afin d’éviter les rafles de plus en plus fréquentes, il faut fuir la capitale, s’installer en zone libre. 

Armé de courage, un viatique de quelques milliers de francs dans leur besace, les deux gamins sont prêts à affronter tous les dangers, traverser la France occupée pour rejoindre leurs grands frères déjà installés dans le sud. La peur au ventre, la débrouillardise, leur art du mensonge, du bagou comme principaux atouts, de train en train, de rencontres singulières, bienveillantes, en coïncidences hasardeuses, improbables, leur périple devient une véritable épopée où la tragédie n’est jamais loin, où le dénouement heureux toujours sur le fil.

S’emparant des mots de Joseph Joffo, Freddy Viau signe une adaptation tout en nuance, ménageant le suspens, laissant l’intrigue surprendre le spectateur qui n’aurait pas lu le fameux roman. Nous plaçant du côté de cet enfant juif, encore crédule, le texte nous entraîne au plus près de l’horreur de la guerre, de la noirceur mais aussi de la bonté de la nature humaine. A travers ce regard encore naïf, c’est l’un des épisodes les plus sombres de la Seconde Guerre mondiale qui est conté. Bouleversant, humain, le récit entremêle grande et petite histoire. La mise en scène vive, ingénieuse de Stéphane Daurat fait le reste. 

Dans un décor fait de vieilles valises empilées, James Groguelin se faufile d’un lieu à l’autre. Sous les yeux émerveillés des spectateurs, l’espace se transforme tour à tour en appartement, salon de coiffure, cachot ou gare. Volubile, le ténébreux comédien incarne ce jeune Joseph que les circonstances vont faire grandir un peu trop vite. Ce Sac de billes est un bien joli moment de théâtre, qui avec peu d’effets stimule notre imaginaire, une belle leçon d’histoire qui, entre rires et larmes, nous rappellent notre devoir de mémoire.


Un sac de billes d’après le roman de Joseph Joffo aux Éditions JC Lattès
Lucernaire – Théâtre noir
53, Rue Notre-Dame-Des-Champs
75006 Paris 
Jusqu’au 20 octobre 2019
Du mardi au samedi 18h30 et le dimanche à 15h00
Durée 1h10

mise en scène de Stéphane Daurat 
adaptation de Freddy Viau 
avec James Groguelin 
scénographie de Nicolas de Ferran 
création lumières : d’Eric Schoenzetter 
création sonore de Régis Delbroucq 
costumes de Rick Dijkman 

Crédit Photos © Arnaud Perrel

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