La Fable politico-cosmique de Jonathan Châtel

Au théâtredelaCité de Toulouse, Jonathan Châtel dissèque minutieusement les paradoxes de l’âme humaine, les liens étranges, contradictoires qui unissent les hommes. Dans un monde en guerre, il oppose science et conviction dans une argutie un peu trop emberlificotée que le jeu habité des comédiens ne suffit pas à rendre vibrant. 

Quelque part en Europe, à une époque indéterminée, dans un observatoire situé au sommet d’une montagne, Andreï (Pierre Baux), astrophysicien de son état, vit reclus avec sa famille. Exilé de sa terre natale pour divergence d’opinions avec les dirigeants, il coule une existence tranquille loin de la furie des hommes. Pourtant, non loin de là, en contrebas, les combats font rage. Une guerre civile, violente a éclaté. La tête dans les étoiles, il se refuse à prendre parti estimant qu’à l’échelle de l’univers, de la nature, se battre pour ses idéaux, quels qu’ils soient, est vain. 

Son fils ainé, Alexandre, n’est pas de cet avis. Avec sa compagne, Milana (Johanna Hess), collaboratrice de son père, il prend les armes. Laissant une mère (Mireille Roussel) désemparée mais entièrement dévouée à son mari, un frère (Adrien Rouyard ) rêveur, artiste, démuni, en colère, il quitte son statut de privilégié pour plus de justice. Face à ce départ, philosophant sur l’existence, s’interrogeant sur la folie du monde, questionnant l’engagement, chacun des quatre habitants de l’observatoire tente de survivre, de supporter l’absence, l’angoisse de l’incertitude.

De sa plume bouillonnante, prolixe, Jonathan Châtel creuse les convictions de chacun, les postures éthiques des uns, plus viscérales des autres. Opposant la rigueur de la science à l’emportement des âmes portées par l’amour, l’art, la politique, il signe un conte contemporain dense, riche plus illustratif, explicatif que sensible. Passant d’un ésotérisme illuminé à un raisonnement purement cartésien, l’auteur-metteur en scène se perd en digressions et étire son propos à l’envi. 

Porté par des comédiens plutôt convaincants, plutôt fougueux, ce spectacle touffu n’arrive pas à saisir sur le long terme notre attention. il suffirait de resserrer l’ensemble, de donner un peu plus de chair et de corps, pour que De l’ombre aux étoiles touche son but, interroge nos consciences, et questionne nos certitudes, notre volonté à vouloir changer ou non le monde. 

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore – envoyé spécial à Toulouse


De l’ombre aux étoiles de Jonathan Châtel 
ThéâtredelaCité – Le Cub
1, rue Pierre Baudis
31000 Toulouse
Jusqu’au 9 novembre 2019 
Durée 1h30 


mise en scène, scénographie et costumes de Jonathan Châtel 
Spectacle accompagné par le ThéâtredelaCité 
Avec Pierre Baux, Johanna Hess, Francesco Italiano, Mireille Roussel & Adrien Rouyard 
Musique de Gabriel des Forêts 
Lumières et régie générale de Michel Le Borgne 
Dramaturgie de Sandrine Le Pors 
Accessoires de Claire Saint-Blancat

Crédit photos © Marie Liebig

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