Couv_Kiss and cry_scala_© Marteen Van Den Abeele_@loeildoliv

Kiss and Cry, pas de deux à quatre doigts

Des premiers émois aux derniers coups de cœur, un duo de mains, filmé au plus prés, conte, sur grand écran, les émois, les doutes, les passions d’une jeune fille en fleur. Reprenant leur spectacle culte à la Scala Paris, Michèle Anne De Mey et Jaco Van Dormael invitent avec poésie et tendresse à plonger dans les décors miniatures de cinq « love story » qui émaillent la vie d’une femme libre. Un moment délicat, onirique, peut-être un petit trop naïf pour totalement envoûter.

Il y a des histoires singulières, des projets qui naissent sur un bout de table de cuisine, lors d’un petit-déjeuner somme toute banal. Dans leur quotidien familial, la chorégraphe et le réalisateur belge, à qui l’on doit notamment le long-métrage, Le Huitième Jour, primé à cannes pour l’interprétation de ses comédiens, se sont toujours imposés d’éviter toute discussion de travail. Pourtant, aux détours d’une conversation, faute de pouvoir parler, c’est du bout des doigts que Michèle Anne de Mey tente de conter une histoire à sa moitié, Jaco Van Dormael. De cette improvisation, l’envie d’aller plus loin, de créer un spectacle différent autour d’une danse des mains fait jour. C’est ainsi, presque au débotté, qu’est née l’idée Kiss and Cry. Conjuguant leur savoir-faire, le duo d’artistes a imaginé le récit d’une vie amoureuse fait juste avec des doigts.

Empruntant à l’univers des enfants – playmobil- autant qu’à celui des adultes – le maquettisme – , Michèle Anne de Mey et Jaco Van Dormael invitent à un voyage au cœur d’un nanomonde poétique et fantastique. Portés par les envolées lyriques de l’extraordinaire Lascia ch’io pianga de Haendel, ils esquissent les amours passionnées, nostalgiques d’une femme, Gisèle, qui toute sa vie a attendu sur le quai d’une gare de sentir dans sa chair encore une fois ses premiers émois. En cinq tableaux, cinq histoires, ils esquissent le récit d’une vie

Michèle Anne De Mey & Jaco Van Dormael

Sur un plateau encombré de tables, d’une régie, de décors miniatures, une petite troupe de techniciens évolue en un étrange ballet réglé avec une précision d’orfèvre. À l’aide d’un chariot de travelling, la camerawoman suit au plus près les mouvements sensuels, charnels de deux mains, qui se cherchent, se frôlent et s’unissent. En direct, les images sont retransmises sur le grand écran qui surplombe la scène et attire le regard du public. Totalement hypnotisés par ce pas de deux de doigts, les spectateurs en oublient le reste. C’est avec le texte en manque de souffle de Thomas Gunzing, toute la limite de ce spectacle de poche.

C’est d’autant plus dommage que l’assistance, bouche bée, se laisse embarquer par la beauté du film projeté, la justesse des sentiments exprimés par ces deux mains en quête de plaisir, de désir, de volupté. Totalement atypique, cet ovni théâtral, poétique, qui sera suivi en janvier 2019 par Cold Blood, une autre œuvre du duo belge, est une très touchante ode à l’amour, un doux rêve éveillé.

Par Olivier Frégaville-Gratian d’Amore


AFF_Kiss_Cry_scala_@loeildoliv
A la Scala Paris, Michèle Anne De Mey et Jaco Van Dormael invite à une danse sensuelle des mains dans Kiss and Cry

Kiss & Cry, une idée originale de Michèle Anne De Mey & Jaco Van Dormael
La Scala Paris
13, boulevard de Strasbourg
75010 Paris
jusqu’au 31 décembre 2018
Du jeudi au samedi à 21h00 et le dimanche à 15h00
Durée 1h15 environ

en création collective avec Grégory Grosjean, Thomas Gunzig, Julien Lambert, Sylvie Olivé, Nicolas Olivier, Michèle Anne De Mey, Gregory Grosjean
chorégraphie et NanoDanses de Michèle Anne De Mey et Grégory Grosjean
mise en scène de Jaco Van Dormael
texte de Thomas Gunzig
narration (française) de Jaco Van Dormael
scénario de Thomas Gunzig & Jaco Van Dormael
lumière de Nicolas Olivier
image de Julien Lamber
assistante caméra Aurélie Leporcq
décor de Sylvie Olivé
design sonore de Dominique Warnier
son de Boris Cekevda
manipulations et interprétation Bruno Olivier, Gabriella Iacono, Pierre Garnier
construction et accessoires de Walter Gonzales assisté de Amalgame – Elisabeth Houtart et Michel Vinck
conception deuxième décor d’Anne Masset, Vanina Bogaert, Sophie Ferro
régie générale de Nicolas Olivier
techniciens de création : Gilles Brulard, Pierre Garnier, Bruno Olivier
musiques George Frideric Handel, Antonio Vivaldi, Arvo Pärt, Michael Koenig Gottfried, John Cage, Carlos Paredes, Tchaikovsky, Jacques Prevert, Ligeti, Henryk Gorecki, George Gershwin

Crédit photos © Maarten van den Abeele

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