Jouvet renaissance

Jour 5. Enfermée depuis plusieurs jours, la carence de théâtre se fait sentir. Pas le choix, une plongée dans le net s’impose à la recherche de pépites de l’art vivant. Aujourd’hui, on se penche sur Elvire Jouvet 40, l’adaptation originale de 1986. Un bon moment de théâtre filmé.

Aujourd’hui, je me suis dit confinement ou pas je vais au théâtre. Ben oui, depuis 1991 j’y vais presque tous les soirs, alors vous comprenez ça finit par me manquer. Et puis il y a eu ce poste Facebook® de Lee Fou Messica qui disait : « Covide 19, au moins on ne risque rien à part découvrir des trésors : ne manquez pas cette magnifique opportunité de voir ou revoir cette pièce magnifique » et donnait le lien Youtube® de la pièce de Brigitte Jacques-Wajeman, Elvire Jouvet 40. Du coup, je suis allée au théâtre en matinée, sans sortir de chez moi.

De la pièce au film

Je n’avais pas vu la pièce à sa création en 1986 au Théâtre National de Strasbourg, ni à sa reprise à l’Athénée – théâtre Louis Jouvet. Il m’a fallu attendre la première diffusion sur FR3 du film réalisé en 1987 par Benoît Jacquot, pour en découvrir toute la beauté. Véritable film, le long-métrage est joliment réalisé en noir et blanc et possède ainsi les couleurs d’Entrée des artistes de Marc Allégret.

Une leçon de théâtre

J’avais le souvenir d’une grande claque. Le revoir 33 ans plus tard produit les mêmes sensations. Quelle leçon de théâtre à conseiller à tout apprenti comédien, aux expérimentés, aux metteurs en scène, aux critiques et aux spectateurs. Nous sommes dans le cœur de ce qu’est l’interprétation, de ce qu’est le métier de comédien.

Un prof et son élève

Elvire Jouvet 40 retrace sept leçons de Louis Jouvet à son élève Claudia (en réalité Paula Dehely). Cela se passe au Conservatoire d’art dramatique de février à septembre 1940. C’est-à-dire pendant la drôle de guerre, puis l’occupation allemande. Rien de ce qui se passe dehors n’interfère avec les leçons en dehors des manteaux qui montrent combien il fait froid dans la salle de cours. Jouvet fait travailler son élève sur le monologue d’Elvire. « Scène la plus difficile du répertoire » à ses yeux. Il explique l’importance de la sincérité, comment arriver à jouer et non surjouer. « Être acteur demande du temps, demande une expérience de la vie, et des choses. C’est pourquoi vous êtes ici ».

Le monologue d’Elvire

Dans ces sept leçons, on voit l’apprentie comédienne revenir sur son ouvrage, travailler, cherchant à trouver les sentiments qui vont avec le texte, à les incarner. Ce n’est pas à son intelligence que Jouvet s’adresse mais à cette intuition des sentiments qui est le moteur de l’interprétation. Pour cela, le Maître dissèque le monologue d’Elvire et les mots de Molière, tente de faire comprendre à son élève la distanciation entre son intellect et son ressenti. C’est magnifique.

une distribution hors-pair

Ce qui est troublant dans ce spectacle, c’est le travail d’interprétation des deux comédiens. Philippe Clévenot incarne un Jouvet, que l’on a envie de qualifier de plus vrai que l’original. Mais ce serait renier tout l’enseignement que nous offre la pièce. Sans jamais imiter son modèle, le comédien donne à voir et à Entendre un professeur qui est là pour accompagner son élève, l’aider à trouver le bon chemin pour faire le plus justement possible son difficile métier à la prévenir contre les travers de certains. « On ne se joue pas soi-même dans un rôle » ! Dans le personnage de Claudia, Maria De Medeiros est formidable. Son rôle n’est pas facile. Elle doit incarner une jeune élève avec ses certitudes et ses doutes et en même temps reproduire comme naturel tout le processus du travail sur le texte d’Elvire. Profitez de ce confinement, pour (re)découvrir ce petit bijou.

Marie-Céline Nivière


Lire sur le site du SNMS, dans son Grand Livre Numérique la biographie de Louis Jouvet par Marie-Céline Nivière.

Crédit photos © DR

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