Duras in love

Au festival JERK OFF 2019, Julien Derivaz, comédien appartenant au collectif BAJOUR, dont il est l’un des fondateurs, présente une étape de travail de sa prochaine création, redonner vie à la dernière tocade de Marguerite Duras, Yann Andréa. Un moment suspendu, un bien étrange amour entre passion, domination et fascination. 

La sonnerie a retenti. La rentrée bat son plein. Les théâtres parisiens se préparent à lever leur rideau sur de nouvelles créations, de nouvelles têtes d’affiches. Au cœur de la capitale, un festival décalé, pluridisciplinaire décide de jouer les rebelles, et de prolonger encore un peu l’été, son insouciance, ses festivités :  le JERK OFF. Du Point éphémère au Carreau du Temple en passant par la galerie Eric Mouchet, c’est autant de lieux qui ouvrent leurs portes à des artistes de tout horizon, dont leur principal point commun est de refuser la norme hétéro dominante, de donner une visibilité aux minorités sexuelles souvent galvaudées, voire absentes du champ culturel. Une gageure d’autant plus nécessaire en ses temps violents où les agressions lgbtphobes explosent. Loin des clichés, des préjugés, dans une ambiance extravagante, folle, les corps queers sont à l’honneur de cette douzième édition. 

Après avoir dévoilé, lors de la soirée d’ouverture le 30 août dernier, une lecture de Parpaingpièce fortement autobiographique du comédien et metteur en scène Nicolas Petisoff – création en novembre prochain au Centre dramatique national de Normandie-Rouen – , le JERK OFF est l’occasion pour Julien Derivaz de présenter son travail sur les amours complexes et troubles de Marguerite Duras et son cadet de 30 ans, Yann Andréa.

Tout commence par une bande son, celle de l’émission Tout le monde en parle diffusée le samedi 19 décembre 1999. La célèbre écrivaine est décédée depuis trois ans. Son dernier amant, auteur lui-aussi, sort de sa réserve. Timide, il s’exprime par bribes. Sa voix est tenue, les mots à peine audibles. Il confirme parfois, module le plus souvent les allégations de Thierry Ardisson. Oui, sa liaison avec Duras est hors-norme. Elle est nettement plus âgée, dominatrice, mais aussi tendre, complice. Elle le rebaptise, efface le nom du père, le réinvente, lui donne une dimension littéraire.  

Homosexuel, ce n’est pas la femme en tant que telle qui le fascine, mais sa plume, son supplément d’âme qu’elle égrène à travers les pages ses romans. Étudiant en philosophie à Caen, rien ne le prédestinait à rencontrer celle dont il dévore les romans.  Il faudra le temps, mais Le destin espiègle s’en charge. Eté 1980, il a 30 ans, elle en a 38 de plus. Il lui rend visite à l’Hôtel Les roches noires à Trouville. Ils ne se quitteront plus.

Avec beaucoup de délicatesse, Julien Derivaz se glisse dans la peau d’Yann Andréa. Il conte cette vie singulière, cette passion si étrange, autant extraordinaire que dévorante. Elle l’aime, lui fait mal. Il accepte. Tout est suggéré dans le jeu du comédien. Rien n’est appuyé. La mise en scène est sobre. Seuls les mots comptent. Emporté par le récit, on se laisse attraper, saisir par cet homme qui fut personnage de roman, compagnon de route et enfin écrivain. Un bien bel hommage encore en gestation à l’amant de l’ombre, qui explose dans la lumière douce du Point Éphémère. 

Olivier Fregaville-Gratian d’Amore


Je voudrais parler de Duras d’après les entretiens d’Yann Andréa avec Michèle Manceaux
Editions Pauvert
Jerk Off 2019
Point éphémère
200 Quai de Valmy
75010 Paris
Le 6 septembre 2019 à 20h00
Durée 1h00 environ


Conception, mise en scène et jeu de Julien Derivaz
Production de Collectif BAJOUR
PARTENAIRES DU PROJET : Théâtre Aire Libre/Centre de Production des Paroles Contemporaines, Rennes 
Collaboration artistique : Katell Daunis

Print Friendly, PDF & Email

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

*

Latest from Chroniques

Go to Top