dom-juan_daguerre_ranelagh-credit-© ben-dumas-10-1_@loeildoliv

Dom Juan fait son cirque au Ranelagh

En faisant de Dom Juan, un séducteur libertin errant dans un monde de forains, Jean-Philippe Daguerre propose une version colorée et humaine de cette comédie singulière dans l’œuvre de Molière. Raccourcie et quelque peu modifiée, elle frappe juste et bien, grâce notamment au jeu parfaitement ciselé des acteurs. 

Beau, charmeur, Dom Juan (ténébreux Simon Larvaron) aime toutes les femmes. Nobles, paysannes, danseuses ou acrobates, elles tombent, toutes sans exception, dans le filet de ce débauché, de ce jouisseur, qui promet les épousailles à seule fin de les butiner. Une fois, la fleur cueillie, le jeu de la séduction n’ayant plus d’attrait, il fuit laissant la belle exsangue, le cœur brisé, l’honneur bafoué. 

Ne craignant ni dieu, ni le ciel, ni les remontrances cinglantes de sa mère, il brûle sa vie par les deux bouts, s’amuse de tout. Cynique autant que vibrant, il se moque des croyances, des règles, du qu’en dira-t-on. Seul son fidèle valet, Sganarelle (extraordinaire Teddy Melis) s’inquiète pour lui et rêve de le voir se repentir de sa conduite. Partagé entre ses profondes convictions et sa servitude sans faille, il jongle entre réprobations et assentiments contraints. Drôle ou tragique, il est l’âme de cette comédie amère, de cette critique à peine voilée d’une certaine aristocratie dévoyée, d’un machisme sans foi ni loi. 

Transposé dans un cirque hors du temps, Dom Juan version Daguerre charme par l’exubérance colorée de son décor, signé Sophie Jacob, par la belle humanité qui se dégage des personnages. S’éloignant quelque peu de la pièce originale, élaguant avec ingéniosité le texte trop dense, le metteur en scène, à la tête de la compagnie le Grenier de Babouchka, signe un spectacle rythmé qui séduit les enfants et enchante les adultes. Le twist final, frôlant  souvent la caricature, est ici parfaitement maîtrisé d’autant qu’il fait la part belle aux personnages féminins. 

Soulignant le burlesque des situations, les revirements sentimentaux de Dom Juan, les changements de postures de Sganarelle, les créations musicales de Petr Rusicka jouées en direct par trois épatants musiciens (Charlotte Ruby, Tonio Matias et André-Marie Mazure) offrent à l’ensemble une belle profondeur empreinte de poésie et d’onirisme.

Si l’univers circassien sied à merveille à cette œuvre unique dans la production foisonnante de Molière, cette adaptation flirtant avec la Commedia dell’arte doit beaucoup aux jeux parfaitement dosés des artistes. Clown exubérant, outrancier ou triste, Teddy Melis campe un Sganarelle bouleversant plus malin qu’il n’y paraît, plus tragique que naïf. Lumineuse, poignante, Vanessa Cailhol habite avec intensité le personnage d’Elvire. Enfin, Simon Larvaron se glisse avec beaucoup de retenue dans la peau de Dom Juan. Loin du fanfaron effronté, le jeune homme nuance sa partition avec une sincérité troublante, une authenticité vibrante. Un moment de théâtre captivant à découvrir au plus vite. 

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore


Dom Juan d’après l’œuvre de Molière
Théâtre du Ranelagh
5, rue des vignes 
75016 Paris
Jusqu′au dimanche 14 juillet
Du mercredi au samedi à 20h30, dimanche à 17h
Durée 1h 25


Mise en scène et adaptation de Jean-Philippe Daguerre assisté de Grégoire Bourbier
Avec : Simon Larvaron, Teddy Melis, Vanessa Cailhol, Grégoire Bourbier, Nathalie Kanoui, Charlotte Ruby, Tonio Matias, André-Marie Mazure
Musiciens : Tonio Matias (accordéon, harmonica, banjo et cajon), André-Marie Mazure (trompettes et cajon), Charlotte Ruby (violoncelle, xylophone et chant) 
Création & direction musicale de Petr Ruzicka
Costumes de Corinne Rossi
Chorégraphie de Mariejo Buffon
Scénographie de Sophie Jacob
Lumières d’Idalio Guerreiro 

Crédit photos © Ben Dumas

Print Friendly, PDF & Email

1 Comment

  1. Génialissime version de Dom Juan ! Du rythme, de la justesse, une très grande polyvalence des artistes outre leur talent remarquable… Quelques-uns des comédiens ont l’étoffe des grands.
    Un Sganarelle à la fois clownesque et plus noir que de coutume, une Elvire dont on ressent l’amour vibrant sur scène…
    À NE PAS MANQUER ! (avec ou sans enfants)

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

*

Latest from Chroniques

Go to Top