Des anges explorateurs du corps humain

Aux portes de Paris, dans une cité HLM de Malakoff, la compagnie de marionnettes, Les anges au plafond, fondée par Camille Trouvé et Brice Berthoud, a posé ses valises dans une annexe du Théâtre 71, le temps d’une résidence de création. Répétant les débuts de son prochain spectacle, Le Nécessaire Déséquilibre des choses, la troupe invite à une quête étourdissante au cœur du corps humain afin d’appréhender les mécanismes chimiques qui engendrent les émotions. Palpitant ! 

La balade est agréable. Il fait beau en ce mois de juin 2020. Le soleil est à son zénith. Il réchauffe les cœurs et pense les blessures post-covid. Le retour au théâtre, la possibilité de revoir du spectacle vivant est un autre remède à la morosité ambiante, à l’incertitude du lendemain. Dans la grande bâtisse cubique imaginée par l’Agence Babel Architectes et scénographes et inaugurée en 2009, la troupe des Anges au plafond se prépare. C’est la première fois que l’équipe de marionnettistes rencontre le quatuor de musiciens qui va accompagner la dernière création de Brice Berthoud. Le moment est donc particulièrement singulier. Il y a de la fébrilité dans l’air. 

Un lieu de création

A la Fabrique des Arts de Malakoff, on pénètre dans le lieu de répétitions par une immense salle, qui sert aux Anges au plafond d’atelier pour les décors et les costumes. C’est très important pour nous, souligne Brice Berthoud, metteur en scène du spectacle à venir. Nous faisons en permanence des allers-retours entre le plateau et cet endroit. Dès que nous avons une idée, nous aimons la ? tester aussitôt, si c’est possible, pour voir comment l’on pourrait en améliorer la conception. » D’ailleurs, alors qu’il présente son projet, deux femmes et une jeune fille découpent des morceaux de tissus, s’affairent sur des machines à coudre et assemblent différents textiles. Une cape, un pendillon, ou tout autre chose ? Nous n’en saurons pas plus. Le mystère doit demeurer. 

Un ballet plastique et musical

Il est temps de pénétrer dans l’antre de création. Les mains passées au gel hydroalcoolique, masque sur le visage, distance respectée entre chacune des personnes présentes, bien installées, le show peut commencer. Le son strident d’un violon ouvre le bal. Les musiciens prennent lentement possession de l’espace. Au fond, derrière un immense panneau de carton, une lumière rougeoie. Des coups grinçant de scalpel, griffures profondes dans la matière, laissent apparaitre sur la surface presque noire des formes, des silhouettes. Au rythme de la musique, une fresque se dessine. Elle rappelle celle rupestre de nos ancêtres préhistoriques, ou plus guerrière, infernale des Grecs antiques. On devine des hommes, des femmes, armes aux poings, des animaux. La dextérité des traits fascine, hypnotise. 

Un monde de marionettes

De chaque côté de cette toile, on assiste à la naissance de deux êtres hybrides, la marionnette et son double humain, fusionnés en une seule entité. Les gestes sont précis. Au son des instruments à cordes, se mêlent les voix d’une femme (Camille Trouvé) et d’un jeune homme (Jonas Coutancier). Les mots de Roland Barthes, extraits des Fragments d’un discours amoureux, résonnent bien étrangement. Il donne à l’image une densité, une entité tout autre. C’est un avant-goût de l’œuvre à venir, fort prometteur, à l’esthétisme affirmé, qui donne l’eau à la bouche, l’envie d’en voir un peu plus. Pour cela, Il faudra attendre la première. 

Une plongée émotionnelle

Disséquant avec acuité les sentiments, les émotions des individus, Brice Berthoud invite à une plongée fascinante au cœur de la machine humaine. Monstres, fantômes, espaces sombres, lieux lumineux, il entremêle avec poésie les récits épiques de deux scientifiques en plein Aventure intérieure, esquisse avec humour les atmosphères d’un ventre, d’un sexe ou d’un cœur.

 

Le temps est venu de refermer la porte, de laisser les artistes débriefer. Un sentiment de douceur plane encore après avoir quitté les lieux. La manière très délicate de mettre en scène de Brice Berthoud, son accueil chaleureux, le sourire bienveillant et enthousiaste de Camille Trouvé, l’étonnante timidité de Jonas Coutancier, le regard lucide et curieux de Séverine Thiébault, un peu de tout cela a donné à cette après-midi privilégiée des airs fantasmagoriques de songes oniriques. Un rêve qu’on a hâte de faire dans sa globalité ! Rendez-vous est donc pris en novembre à Bourges pour la création.

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore

Le Nécessaire Déséquilibre des choses des Anges au plafond, d’après Les Fragments d’un discours amoureux de Roland Barthes
Création le 3 novembre 2020 à lamaisondelaculture de Bourges
Répétitions Juin 2020 à la Fabrique des Arts, salle de répétitions du Théâtre 71, scène nationale de Malakoff

Mise en scène de Brice Berthoud assisté de Marie Girardin
Avec les marionnettistes Camille Trouvé, Jonas Coutancier, Amélie Madeline en alternance avec Vincent Croguennec
Quatuor à cordes : Jean-Philippe Viret, Mathias Levy, Bruno Ducret, Maëlle Desbrosse
Dramaturgie de  Saskia Berthod
Composition musicale de Jean-Philippe Viret
Scénographie de Brice Berthoud assisté de Adèle Romieu
Construction marionnettes par Camille Trouvé, Jonas Coutancier, Amélie Madeline, Caroline Dubuisson, Séverine Thiébault
Création costumes de Séverine Thiébault
Création lumière de Nicolas Lamatière
Régie de Philippe Desmulie et Nicolas Lamatière

Crédit photos © OFGDA

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