Choix de vie(s)

En adaptant le livret d’Opéra d’Adriana Mater écrit par Amin Maalouf au théâtre du Roi René, Gregory Barco signe un spectacle sensible et délicat sur le moment de bascule qui fait de l’un un homme bien, de l’autre un salaud. Questionnant la difficulté de pardonner l’innommable, il entraîne son éblouissante troupe sur le chemin de la résilience salvatrice. 

Adriana (lumineuse Caroline Rochefort) est ce qu’on appelle une belle plante. Pulpeuse, elle allume un désir fou chez les hommes de son village. Le marginal Tsargo (extraordinaire Bertrand Dégremont) en est tout chauffé. Se saoulant pour oublier sa misérable existence, il ne rêve que d’une chose s’asseoir sur le lit de la donzelle, la posséder. Adriana se refuse à lui, estimant qu’il n’a pas de respect pour elle. Ce rejet, mal vécu, va transformer la flamme du jeune homme en obsession malsaine. 

Des fascistes tentent de prendre le pouvoir. La guerre civile éclate. L’occasion est trop belle. Devenu chef d’un petit groupe de vauriens, de pilleurs, Yorgos pénètre de force chez Adriana et la viole. La blessure est irrémédiable, irréparable. Un garçon, Yonas (remarquable Mathias Huguenot) nait de cette agression. Chéri par sa mère, et sa tante (épatante Laura Clauzel à la voix de velours), qui lui cachent ses origines. Il grandit dans un cocon. La vérité, brutale, finit par éclater. L’enfant sera-t-il capable de pardonner aux siens ce lourd mensonge ? Finira-t-il par tuer son père, ce bourreau ? Adriana finira-t-elle par trouver le chemin de la résilience ? 

En questionnant chacun de ses protagonistes au moment du choix, du point de bascule entre victime et bourreau, entre héros et salaud, Amin Maalouf signe un roman bouleversant, tragique qui touche au cœur. Plume acérée, poétique, il esquisse avec délicatesse un magnifique portrait de femme. Sans jugement, il rend compte d’un état de fait, de la fragilité de nos convictions que les circonstances se chargent de flouer. 

S’emparant de cette quête d’identité, de vérité, Gregory Barco montre une nouvelle fois sa finesse d’analyse, sa manière très délicate de rendre compte d’un drame. Avec peu d’effets, juste un jeu de lumières provenant des coulisses, imaginé par Philippe Catalano, il entraîne ses comédiens et le public dans le cœur de cette femme blessée, au plus près de son désir de Vengeance.

Soulignant par les musiques réarrangées et chantées en direct par la talentueuse Sonia Nemirovksy, le jeune metteur en scène fait d’Adriana, un moment de théâtre particulièrement prenant, un pièce à découvrir au plus vite !  

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore – envoyé spécial à Avignon


Adriana d’Amin Maalouf
Festival d’ Avignon le OFF
Théâtre du Roi René
4, rue Gravolas
84000 Avignon 
Du 5 au 28 juillet 2019 à 14h05 (relâches les 9, 16 et 23 juillet 2019)
Durée 1h05


Mise en scène de Grégory Barco
Avec Laura Clauzel, Bertrand Degrémont, Mathias Huguenot, Caroline Rochefort, Sonia Nemirovsky
Création lumière de Philippe Catalano
Création costumes d’Alain Blanchot
Régisseuse Mélanie Wojylac

Crédit photos © Grégory Barco

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