Caroline Silhol, l’intense évanescente

Blonde platine, teint clair qu’une mouche très grand siècle souligne, Caroline Silhol a du chien. Sa présence lumineuse, tant à l’écran, que sur les planches, sa voix unique, un brin aigu, légèrement trainante, ont une saveur d’inoubliable. Retour sur une carrière riche et fourmillante. 

Rayonnante autant que discrète, Caroline Silhol fait partie de ces artistes qu’on n’oublie pas et qu’on hâte de revoir sur les planches ou ailleurs. En cette période de confinement, où l’on replonge dans notre mémoire afin de trouver les fondements de ce que nous sommes, elle est sans conteste une des pierres de mon édifice. Il y a des comédien.ne.s, des films, des pièces qui s’impriment dans nos souvenirs avec un goût singulier. Tous les matins du monde d’Alain Corneau fait partie de cela. La musique de Jean de Sainte-Colombe, de Marin Marais, interprétée par Jordi Savall, les tableaux de Lubin Maugin, le jeu de Jean-Pierre Marielle, d’Anne Brochet, et de Guillaume Depardieu, tout y concourt. Mais il y a autre chose, cette histoire d’amour d’outre-tombe qui touche au sensible, au cœur mais aussi la présence fantomatique, spectrale de Caroline Silhol. Ce fut un choc esthétique, une révélation tant cinématographique, picturale, que musicale, tout autant que la découverte d’une actrice. Pas que les autres soient en dessous, je les connaissais déjà, j’avais déjà pu voir leur virtuosité, leur interprétation ciselée, mais en épouse morte, revenant pour s’entretenir avec son cher époux, la comédienne irradie, transperce l’écran. 

Entre ciné et télé

Bien sûr, il y a eu d’autres films. Elle n’avait pas vingt-quatre ans, qu’elle faisait une apparition dans L’Ombre d’une chance de Mocky. Dans la lancée, elle joue pour Resnais, pour Verneuil, pour Truffaut ou pour Blier. Transpirant le charme discret de la bourgeoisie, elle joue souvent les mêmes rôles, de femme délaissée, un rien blasée. Dans les polars, elle est vénéneuse, dans les comédies romantiques, l’épouse parfaite, trompée. Plus que ce nom, c’est son visage qui est familier. Il retient l’attention. Si sa filmo n’a rien de pléthorique, elle affiche un beau palmarès de grands réalisateurs. Épatante Marlène Dietrich dans La Môme de Dahan, fleuriste pourChristophe Honoré, C’est à la télévision qu’elle fait des apparitions remarquées, notamment au tout début de sa carrière dans Au théâtre ce soir. Adjointe du commissaire Cabrol dans trois épisodes du mythique feuilleton policier, les Cinq dernière minutes, Caroline Silhol interprétait les marquises dans une version revisités de l’Interdiction d’Honoré de Balzac, Madame Walter dans une adaptation de Bel-ami de Maupassant. Petit à petit, elle casse son image pour des rôles moins sérieux pour des comédies, car de l’humour, elle en a à revendre. 

Le théâtre, une passion d’enfant

Ayant grandi au cœur des guerres de religions entre catholiques et protestants, comme elle le dit elle-même, elle cherche une échappatoire. A douze ans, grâce à son professeur de Français, elle a le déclic. Elle sera actrice. Le bac en poche, elle intègre le conservatoire et monte sur les planches en 1972. Aimant les mots, Caroline Silhol défend autant les auteurs classiques que plus contemporains. Gide, Molière, RostandFriel, Cocteau ou Sagan, elle s’empare de leurs textes avec passion et belle intensité. Mais c’est Robert Hossein en 1993, qui lui ouvre les portes de la consécration, en lui offrant le rôle de Marie-Antoinette, deux siècles après son exécution. Tous les soirs, durant deux saisons, elle se glisse dans la peau de la dernière Reine de France, entre en scène, comme devant le tribunal révolutionnaire, pour être jugée par le public. Une aventure interactive dont on ne sort pas indemne. Battante, elle enchaîne à son rythme – lent comme elle le laisse entendre – les projets. En 2000, elle joue les épouses bafouées de Pierre Arditi dans Joyeuses Pâques au théâtre des variétés. 

Un rôle à sa mesure

Entre théâtre, cinéma et télévision Caroline Silhol ne chôme pas. Alors jeune critique pour une webtv, je retrouve celle qui m’avait tant marqué en 1991, alors que je n’avais pas 17 ans. Elle est Vivien Leigh, sous la direction de Michel Fagadau à la Comédie des Champs-Élysées. Avec élégance et finesse, elle incarne l’éternelle Scarlett O’Hara d’Autant en emporte le vent. Santé fragile, affectée de trouble bilopaire, la star britannique évoque, dans cette fiction très documentée, imaginée par Marcy Lafferty, sa vie, ses joies, ses peines. Jouant sur les fêlures, les blessures de la diva,Caroline Silhol irradie les planches. Elle est drôle, incandescente. Une nouvelle fois, elle fait chavirer mon cœur de spectateur. Toujours en quête de challenge, la blonde comédienne continue son chemin. Elle joue les amoureuses de Philippe Magnan dans Parle-moi d’Amour de Philippe Claudel à la Pépinière théâtre, ou plus récemment d’Hervé Dubourjal au Lucernaire dans une adaptation contemporaine de Madame de la Carlière d’après une œuvre de Diderot. Portant une robe rouge flamboyante, elle n’a rien perdu de sa superbe, de son art de la rhétorique.

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore

Crédit photos © Jan Malaise, © Georges Briard et © DR

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