Bedos, En Piste ! pour le paradis

Hier soir, alors que l’on s’apprêtait à faire la fête après les annonces du gouvernement qui nous avisait d’un retour à la normale, la nouvelle est tombée, Guy Bedos est mort. Et nous voilà avec une horrible « gueule de bois ». 

Guy, je vais le nommer par son prénom et le tutoyer parce que c’est ainsi qu’il m’avait autorisée à m’adresser à lui. Je me souviens de notre première rencontre. Ton attachée de presse chérie, Michèle Latraverse m’avait dit avec son accent québécois : « Ça serait chouette si tu interviewais Guy pour Pariscope ». C’était pour son spectacle, En piste ! Je n’en menais pas large quand je suis arrivée devant toi. Je bafouillais d’émotion. Tu m’as souri et avec une infinie douceur, tu m’as dit : « Je ne mords pas ». On s’est tout de suite entendu. Comme j’adorais ces moments intimes passés avec toi, tu es l’artiste qui a eu le plus d’entretiens dans le Pariscope ! A chaque fois que l’on se croisait, on devisait de la vie, de politique mais surtout de théâtre. La dernière fois que je t’ai vu, tu sortais des auditions publiques de fin d’année du Cours Simon

Le roi de la drague

Guy, tu appartiens à notre paysage culturel et télévisuel depuis tant d’années que tu fais partie de la famille. On a tous le souvenir de tes sketches, de ton duo avec Sophie DaumierLa drague, on en connaît chaque réplique et combien de fois on les a pensées dans notre tête quand le lourdaud de la classe t’invitait à danser un slow et que tu n’avais pas osé refuser. Tout comme ta fameuse Paulette, celle à qui tu offrais des fleurs parce qu’elle ne les aimait pas et que c’était tant mieux parce que tu n’aimais pas Paulette ! Ce sketch revenait souvent à la maison, parce qu’il faisait hurler de rire mon père et qu’il adorait s’y référer. 

Un ami hors-pair

Guy, c’était aussi tes coups de gueule à la télé, quand quelque chose t’agaçait, te révoltait. Avec ta grande amie Simone Signoret, tu étais ce que l’on appelait alors un artiste engagé ! Un des derniers ! Tu ne te gênais jamais pour prendre position et rappeler qu’il était nécessaire de rester vigilant, qu’il fallait combattre la connerie, l’intolérance, le fascisme… Tu en as énervé plus d’un avec tes prises de parole. Si c’est vrai que l’on retrouve ceux qu’on aime là-haut, par-delà les nuages, elle va être heureuse, Simone, de te retrouver. Tu vas en avoir des choses à lui raconter, à ta copine. A nous, maintenant d’être confrontés à ton grand silence.

Un acteur terriblement craquant

Guy, c’était aussi le cinéma et surtout les deux chefs-d’œuvre d’Yves Robert Un éléphant ça trompe énormément et On ira tous au Paradis. Eh bien ça y est, tu y es Guy au Paradis, toi que la mort « emmerdait ». Tu n’avais pas un physique de jeune premier, mais il se dégageait de toi quelque chose de touchant, de tendre. Tu étais craquant ! Je me rappelle que lorsque tu avais relu notre premier entretien pour Pariscope, tu m’avais appelé au journal pour me dire combien tu avais été touché par mes mots. « Mais c’est une véritable déclaration d’amour ! » avais-tu dit. Et je t’avais répondu que c’était ma sœur qui voulait t’épouser ! Ma petite sœur pour qui, alors qu’elle se débattait avec sa maladie, tu avais écrit un tendre mot d’amour ! 

Un dernier Rideau ! au Rond-Point

Ton dernier spectacle au Théâtre du Rond-Point s’intitulait Rideau ! Et bien voilà, tu l’as tiré définitivement. Tu vas nous manquer terriblement. Et qui va maintenant prendre ta place pour mener la danse au Bal des casse-pieds ? Adieu l’artiste et merci pour tout.

Marie Céline Nivière 

Crédit Photos © Giovanni Cittadini Cesi © Bac Films

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