Arletty, plus vraie que nature

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Au Théâtre du Roi René, Johanna Boyé orchestre un musical autour de la vie d’Arletty

Le verbe haut, la gouaille bien trempée, Arletty est là sur scène en chair et en voix. Suivant le rythme endiablé de quelques ritournelles aux accents parigots, Eric Bu et Elodie Menant invitent à découvrir la vie extraordinaire et singulière de celle qui est à jamais La Garance des Enfants du Paradis. Sans rien omettre de sa part d’ombre, ils esquissent un portrait musical sympathique et réjouissant !

Elle est là, assise dans la salle, reconnaissable entre mille. Grandes lunettes, robe blanche de star des années folles, regard curieux, elle scrute chacun des nouveaux arrivants, adresse un signe de tête, un mot parfois. Arletty (épatante Elodie Menant), puisque c’est d’elle qu’il s’agit, attend patiemment que tout le monde s’installe. Elle harangue la foule, la presse à entrer. C’est qu’elle a des choses à dire la gouailleuse. Elle ne veut pas laisser à d’autres le plaisir de relater sa vie, d’inventer, de broder.

Sourire enjôleur, espiègle, elle se fait sa propre historiographe. De sa naissance à sa mort, elle conte par le menu son enfance dans un pavillon de banlieue, sa santé fragile, sa jeunesse partagée entre l’amour fou qu’elle porte à son père et les tensions exacerbées qui ponctuent les relations à sa mère, son début de meneuse de revue, ses amours, sa carrière de comédienne. Elle n’occulte rien de ses toquades, de son amitié avec Louis-Ferdinand Céline, de ses liens avec la famille Laval, dont les liens étroits avec le régime nazi ont valu au patriarche d’être condamné pour haute trahison en 1945, de sa passion pour un officier allemand, qui lui vaudra quelques jours à Drancy, 18 mois en résidence surveillée et une interdiction de travailler durant 3 ans. Sans jamais se démonter, niant avoir eu connaissance des faits de collaboration, de déportation commis par ses amis, elle restera jusqu’à la fin une « titi parisienne » au verbe haut, une femme refusant les compromis, une amoureuse invétérée.

Arletty_1_roi rené_ © Olivier Brajon_@loeildoliv

Autour d’Arletty (Elodie Menant), ces accusateurs la pointent du doigt © Olivier Barjon

Avec vivacité et facétie, Eric Bu et Elodie Menant s’emparent du destin fantastique, vibrant d’Arletty. Ils lui redonnent vie et embarquent le spectateur dans un tourbillon effréné, une course guidée par ses passions, ses contradictions, sa soif de liberté. Enchainant les saynètes à vive allure, Johanna Boyé signe une mise en scène enlevée et donne à cette comédie musicale une vitalité, une fraîcheur qui fait un bien fou.

Autour d’Elodie Menant, extraordinaire en Arletty, Céline Esperin, Marc Pistolesi et Cédric Revollon campent avec brio et virtuosité l’ensemble des autres personnages, connus ou anonymes, qui ont croisé l’artiste.

Même si l’on peut regretter quelques longueurs, quelques baisses de régime, qui devraient au fil des représentations s’atténuer, Est-ce que j’ai une gueule d’Arletty ? est un divertissement de haut vol, une gourmandise qu’on a plaisir à déguster.

Est-ce que j’ai une gueule d’Arletty ? De Eric Bu et Elodie Menant
Festival d’Avignon le OFF
Théâtre du Roi René
4, rue Grivolas
84000 Avignon
Jusqu’au 29 juillet 2018
Tous les jours à 13h relâches le 16 juillet 2018
Durée 1h25

Mise en scène de Johanna Boyé assistée de Lucia Passaniti
Avec Elodie Menant, Céline Esperin, Marc Pistolesi, Cédric Revollon
Décor d’Olivier Prost
Lumières de Cyril Manetta
Chorégraphie de Johan Nus
Costumes de Marion Rebmann assistée de Marion Vanessche
Création perruque et moustache : Julie Poulain

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