Ardant conte Duras

Au théâtre de l’Œuvre pour dix représentations exceptionnelles, Fanny Ardant se glisse avec élégance et grâce dans la peau de l’écrivaine, de la cinéaste. S’appropriant les mots de Duras, elle esquisse le portrait d’une femme libre et passionnée. Un moment suspendu fascinant !

Canapé et fauteuil Chesterfield, bureau en bois, l’espace est cosy, chaleureux, idéal pour se confier. C’est là qu’une heure durant, un jeune homme, journaliste – une jeune italienne dans la réalité- va questionner Marguerite Duras. On est en 1983, l’auteure de L’Amant, d’Un Barrage contre le Pacifique a 69 ans. Elle sort juste d’une cure de désintoxication. Faible mais passionnée, elle accepte de se livrer, de se raconter. 

De sa naissance en Cochinchine, de son adolescence au Cambodge, elle en garde des souvenirs contrastés, mitigés. De sa mère, elle se souvient l’acharnement au travail, la détermination de vivre à la française coûte que coûte, la fin miséreuse. De son frère ainé, son côté voyou, son attirance entre amour et haine. De son amant chinois, la jouissance, l’appétence des corps. De ses rencontres furtives, charnelles, un goût prononcé. Évoquant son enfance, la politique, la sexualité l’écriture, le théâtre, le cinéma, Duras parle à bâtons rompus, sans filtre. 

Femme libre, déterminée, elle croque la vie par tous les bouts. Elle ne se refuse rien, se noie dans l’alcool. Elle aime sans contrainte. La langue est belle, fluide, intelligente. Les mots virevoltent sculptant un phrasé plein de fulgurance, de drôlerie, enchante un public subjugué. La voix hypnotique de Fanny Ardant, sa présence flamboyante font le reste. 

La mise en scène de Bertrand Marcos est sobre, épurée. Elle n’est là que pour souligner le talent d’une comédienne unique, la parole d’une femme d’exception. Dans cet écrin convivial, intime, les pensées de Duras saisissent, interrogent et enivrent. Qu’on aime ou non la plume de l’écrivaine, on se laisse embarquer, attraper par cette Passion suspendue. Une gourmandise littéraire et théâtrale parfaite pour passer en 2020. 

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore


La passion suspendue de Marguerite Duras – Entretien avec Leopoldina della Torre
Théâtre de l’Œuvre 
55 rue de Clichy
76009 Paris
Jusqu’au 6 janvier 2020
Durée 1h10 environ


Mise en scène et adaptation de Bertrand Marcos
Avec Fanny Ardant et Bertrand Marcos
Lumières de Patrick Clitus
Traduction René de Ceccatty

Crédit photos © Alexandre Marchi

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