Amour et quiproquos

Le comédien Sébastien Castro s’y connaît en comédie, un art dans lequel il excelle depuis ses débuts. Il était donc normal que pour sa première pièce, l’auteur aille de ce côté et nous livre un bel ouvrage. 

Sa pièce est un hommage à tout ce qui construit le vaudeville, le théâtre de boulevard. Nous trouvons, dans un ordre désordonné et efficace, les grands amis de ces genres à savoir : quiproquos, malentendus, incongruités, rebondissements, situations cocasses, absurdités… C’est rudement bien ficelé, concocté et amené. Castro a su déjouer les pièges de l’exercice de style. Ces personnages sont extrêmement bien dessinés et surtout nourris.

Ici on ne caricature pas, on y va avec toute la sincérité qu’il faut pour que le comique passe. L’histoire est celle d’un texto qui n’arrive pas à la bonne personne, et qui met un beau désordre à une soirée qui aurait dû être ordinaire ! On n’en dira pas plus. C’est tout simplement inénarrable !

L’action se passe au quatrième étage d’un immeuble de la rue des Martyrs. Sûrement non loin du fameux bar-tabac ! Dans l’un des appartements, vit Youssef… Aucune origine Maghrébine, ce qui surprend tout le monde. Un looser, un peu magouilleur, une gueule à la Droopy ! Emploi dans lequel Sébastien Castro excelle. Mais attention, aux faux semblants, ne vous y trompez, l’auteur-comédien ménage ses effets, va là où on l’attend moins. Dans l’autre, un bellâtre, la trentaine débordante et rugissante, à l’aise dans la vie. Guillaume Clerice est formidable. Ils forment le duo clownesque de l’Auguste et du Clown blanc. Entre eux un placard. Et oui le fameux placard ! Mais ici on ne s’y cache pas, on le traverse. tout un programme !

Ajoutez à cela : une superbe fille toute simple qui pensait passer une bonne soirée (Astrid Roos, d’une fraîcheur réjouissante), clairement elle ne sera pas déçue ; une ex assez remontée à qui on ne l’a fait pas (épatante Anne-Sophie Germanaz) ; un cocu en colère et doté d’un savoureux défaut (édifiant Alexandre Jérôme) ; une grande fille naïve qui passait par là et qui ne va pas toujours comprendre ce qui lui arrive (l’incomparable Maude Le Guénegal) ; et une vieille dame impotente (mais chut…). 

La mise en scène de José Paul est au cordeau. Lui aussi est un spécialiste et il sait qu’il faut laisser filer l’action, faire circuler les personnages sans forcer le trait. Sa direction des comédiens va en ce sens. Et quels comédiens ! Plus que jamais le décor à son importance, car il fallait trouver les astuces pour passer des deux appartements et pas seulement par le placard ! Le malicieux Jean-Michel Adam a été des plus ingénieux. 

Sébastien Castro revendique le terme « divertissement » qui est la lettre de noblesse d’une bonne comédie. Et comme il aborde divers thèmes de société, le rire en devient plus savoureux. A ne pas manquer !

Marie-Céline Nivière


J’ai envie de toi de Sébastien Castro
Théâtre Fontaine
10 rue Pierre Fontaine
75009 Paris
Jusqu’au 5 janvier 2020
Du mardi au samedi 21h, le samedi séance supplémentaire à 16h30 et le dimanche 16h

Mise en scène José Paul assisté de Guillaume Rubeaud
Avec Sébastien Castro, Astrid Roos, Guillaume Clerice, Maude le Guénedal, Anne-Sophie Germanaz, et Alexandre jérôme
Décors de Jean-Michel Adam
Costumes Juliette Chanaud
Lumières Laurent Béal
Sons Virgile Hilaire

Crédit photo © DR

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