L’absence de mère

Dépeignant avec justesse les émotions traversées par différentes personnes face à la disparition d’une femme tour à tour, mère, compagne et bru, Jeanne Benameur signe un récit bref, organique et intense.

C’est un enfant qui marche pour fuir ce qu’il ne peut pas fuir : sa peine intérieure, liée au départ de sa mère.

C’est un enfant qui marche avec son chien. Mais il n’existe pas, le chien. Cependant, l’enfant en caresse le poil doux et rassurant ; et le chien guide l’enfant vers sa reconstruction.

L’enfant marche guidé par son chien, dans une forêt imaginaire. 

Ils vont jusqu’à la maison de l’à-pic – comme l’appelait sa mère : cet endroit que chacun porte en soi, parfois petit, parfois immense ; un endroit dans lequel se recentrer, reprendre des forces, et contempler le monde avec un peu de hauteur.

Tout le monde savait que cette femme, sa mère, partirait. Une gitane diseuse de bonne aventure qui ne parlait même pas la langue ! Avec son fils, elle parlait la langue du cœur ; et même si elle n’est plus là, le fils l’entend encore en lui, cette langue. Avec sa belle-mère – qui vit avec eux – elle ne parlait pas. Avec le père, elle parlait la langue du corps. 

Le père et la mère se sont rencontrés et se sont aimés tout de suite, sans se comprendre ; un amour passionnel et douloureux qui faisaient naître les cris du père dans la maison, lui qui a toujours été si calme, si sage – en témoigne sa mère.

Aujourd’hui, elle s’interroge, cette mère, belle-mère, grand-mère : et si elle avait su un peu l’aimer, cette belle-fille ? Si elle avait fait un effort pour passer outre ses jupes rouges et son corps toujours trop désirable, est-ce qu’elle serait partie, abandonnant à leur peine les deux hommes de la maison ?

Pendant que l’enfant marche, sa grand-mère l’attend. Puisque son fils est perdu au chagrin, elle va se concentrer sur son petit-fils – il en a bien besoin.

Car le père, oui, inconsolable, se consume de colère de n’avoir pas su la retenir, cette femme.

La plume de Jeanne Benameur est d’une rare poésie. Il ne se passe pas grand-chose. Et pourtant, on éprouve tellement. Ce roman nous permet d’éprouver davantage que de comprendre, l’absence d’une mère alors qu’on est encore enfant.

L’écriture de Jeanne Benameur est celle du silence, du sensible, de la peine intérieure, et de la rage aussi ; une écriture qui se cale sur une pulsation cardiaque. 

Catherine Verlaguet, autrice

Le temps dans ta tête trouve sa place somme il peut,
comme l’espace se faufile entre les arbres de la forêt. 

L’enfant qui de Jeanne Benameur

L’enfant qui de Jeanne Benameur
Editions Acte Sud et Editions Babel

Crédit © Photos Acte Sud

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