David Lescot. Théâtre de la Ville. Paris l'été. Monfort théâtre. © Pascal Victor

L’été parisien de David Lescot

La vie reprend dans les théâtres. Partout en France, des initiatives voient le jour pour donner un nouveau souffle au spectacle vivant. A Paris, le metteur en scène David Lescot présente, au théâtre de la ville et à Paris l’été, son diptyque jeune public, J’ai trop peur et J’ai trop d’amis. Entretien avec un artiste vibrant. 

Est-ce que cette période étrange a changé votre façon d’envisager le théâtre ? 
J'ai trop peur de David Lescot. © Christophe Raynaud de Lage. Théâtre de la Ville.

David Lescot : je ne dirais pas ça directement. Je ne crois pas que cela ait eu un effet direct sur le contenu de ce que j’ai envie de faire que ce soit sur la forme ou le fond. C’est un coup d’arrêt assez violent. Évidemment, comme tout le monde j’ai été sonné au début, mais, très vite, je me suis dit que je pouvais profiter de ce moment suspendu pour me reposer un peu. J’ai accepté ce temps, j’ai fait avec. Il me semblait inconcevable de tenter de lutter contre cette chose beaucoup plus grave que nous. Bien sûr, cela a eu et a toujours des incidences énormes sur nos activités d’artistes, mais je trouvais plus utile de reprendre des forces aux vues des signes avant-coureurs d’un désastre annoncé pour nos métiers. Après un tel choc, la reprise ne pouvait être que compliquée et chaotique. Bien sûr, cette crise sans précédent fait émerger des thèmes que l’on va reconnaître et retrouver dans ce que l’on a produit, écrit ou monté. En tout cas, je ne suis pas pour le volontarisme dans ce domaine. Je préfère laisser venir les choses. L’inconscient et la passivité de l’inspiration sont très importants dans mon processus créatif. Le monde se charge de décider sur quoi il met l’accent. Ce n’est pas à moi de la faire. Un exemple tout bête, on a joué début juillet, à 3 heures du Matin, dans le cadre de la grande veillée du théâtre de la Ville, Portrait de Ludmilla en Nina Simone. On ne pouvait imaginer qu’entre le moment où on l’a créée, il y a trois ans, et maintenant, la question des Black lives Matter, un mouvement mondial pour protester contre les actes violents contre toute une population, aurait une telle résonnance. A l’époque, l’accent était ailleurs. En ce qui concerne la pandémie que nous traversons, je trouve que la recherche du patient zéro est un très bon thème. De manière symbolique métaphorique, il pourrait apparaître dans des spectacles que je commence à imaginer. 

Un peu partout, tout repart, n’y a-t-il pas un risque d’embouteillage scénique ? 
J'ai trop peur de David Lescot. © Christophe Raynaud de Lage. Théâtre de la Ville.

David Lescot : Pas du tout. Je pense vraiment que la question qui se pose depuis l’annonce de la réouverture des théâtres, était comment faire pour repartir après cette période de coma, comment relancer les choses. Ce qui a lieu actuellement, les endroits où on accueille du public de manière restreinte, sont des ballons d’essai, des reprises d’activités expérimentales, qui vont permettre de voir comment les gens sont attachés à l’idée d’aller au théâtre, de ressortir, d’assister ensemble à une représentation. En fait, on essuie les plâtres en espérant des mois meilleurs. Et c’est vraiment cette notion-là qui m’intéressait. J’ai vraiment manqué de théâtre, de cette activité si particulière que l’on fabrique entre nous et que l’on montre ensuite au gens. C’est mon oxygène, ce qui me fait vibrer. 
Dans le cadre de la veillée du Théâtre de la Ville, j’ai pu voir quelques spectacles. Quel bonheur retrouvé, d’être assis dans une salle et de communier avec d’autres. 

Dans le cadre de l’été solidaire du théâtre de la Ville et du festival Paris l’été, vous présentez deux spectacles plutôt jeunesse. Qu’est-ce qui vous a inspiré ? 
J'ai trop peur de David Lescot. © Christophe Raynaud de Lage. Théâtre de la Ville.

David Lescot : L’idée est partie d’une discussion avec Emmanuel Demarcy-Mota, directeur du théâtre de la ville, qui avait l’envie dans son mandat de développer l’offre théâtre pour le jeune public. J’ai tout de suite été intéressé, car je n’avais jamais fait ce genre de spectacle. L’attrait de l’inconnu m’a tout de suite stimulé. Auparavant, je m’étais intéressé à des œuvres pour ados, car je trouvais le répertoire pauvre. Mais je ne m’étais pas penché à l’époque sur des spectacles qui s’adresseraient à des plus jeunes. J’ai trop peur et sa suite J’ai trop d’amis, parle du passage en sixième et donc peuvent être vus dès l’âge de sept ans. 
En parallèle, du travail de la fiction de la langue pour ces générations-là, j’avais depuis longtemps dans mes bagages l’idée de créer des personnages d’enfants. C’est un autre endroit que j’avais à cœur de découvrir, un nouvel horizon dramaturgique à explorer, une veine humoristique à creuser. C’est une dimension à laquelle je suis très attaché car c’est un lien fondamental avec le public de tout âge. 

Comment s’est fait l’invitation à Paris l’été, festival qui dans un premier temps a été annulé avant d’être de nouveau programmé dans une version très resserrée ?  
J'ai trop peur de David Lescot. © Christophe Raynaud de Lage. Théâtre de la Ville.

David Lescot : Au départ, nous ne devions pas participer à l’édition 2020 de Paris l’été. Puis, j’ai été contacté par Laurence de Magalhaes et Stéphane Ricordel, les directeurs du Monfort Théâtre et de cet événement culturel estival. Après la déception d’avoir dû annuler les festivités, ils avaient la volonté de faire quelque chose, de ne pas laisser la pandémie gagner. Ils ont donc ouvert leur horizon vers d’autres formes théâtrales, et notamment avec des spectacles pouvant s’adresser au jeune public. Et comme nous avions déjà joué cette pièce au Monfort, il y a quelques années, ils souhaitent la reprendre, pour une journée spéciale, le 2 août, au Lycée Jacques Decour
Nous sommes assez proches artistiquement parlant, puis nous devons reprendre une Femme se déplace la saison prochaine, dans le cadre du Hors les murs du théâtre de la Ville, dans leur lieu. Du coup, tout cela fait sens. 

En parlant de ce spectacle, votre Comédienne Ludmilla Dabo, vient d’être sacrée meilleure comédienne par le syndicat de la critique, qu’est-ce que cela vous fait ? 
Une femme se déplace de David Lescot. Ludmilla Dabo. © christophe Raynaud de Lage

David Lescot : Bien évidemment, je suis très heureux pour elle. C’est un prix emblématique qui pour ce spectacle particulier sonne parfaitement juste. Parce que quand tu écris une pièce, avec ce titre, pour une comédienne qui est de toutes les scènes et qui tient sur ses épaules toute la représentation, c’est une belle consécration qu’elle soit récompensée. Par ailleurs, quand on regarde le palmarès, cette année, il est très orienté vers les femmes, vers le féminin. C’est donc d’autant plus touchant que Ludmilla obtienne ce prix. Je suis très fier pour elle, pour l’actrice qu’elle est, pour la femme qu’elle est. 

Comment s’est fait votre rencontre ?

David Lescot : On s’est rencontré à la mousson d’été, il y a huit ans. On avait bien sympathisé. Et quand la Comédie de Caen m’a proposé de faire un portrait de Nina Simone, j’ai tout de suite pensé à elle, car notamment je savais qu’elle était une très bonne chanteuse. En travaillant étroitement, l’un avec l’autre, je me suis aperçu qu’elle était bien plus forte encore que ce que je pensais. Elle a des qualités rythmiques, une puissance de jeu, un torrent d’émotions qu’elle est capable de susciter et de contrôler, qui me touche particulièrement et m’impressionne. Alors qu’on répétait Nina Simone, j’étais en train d’écrire Une femme se déplace, sans savoir qui jouerait ce rôle. On était à Avignon en 2017, et c’est devenu une évidence.

Entretien réalisé par Olivier Frégaville-Gratian d’Amore

J’ai trop peur de David Lescot
Paris l’été – Lycée Jacques Decour – 2 août 2020
Mise en scène de Véronique Felenbok
Scénographie de François Gautier-Lafaye
Lumières deRomain Thévenon 
avec Théodora Marcadé,  Lyn Thibault et Marion Verstraeten

J’ai trop d’amis de  David Lescot
Théâtre de la Ville – été solidaire
mise en scène de David Lescot assisté de Faustine Noguès 
Avec en alternance Suzanne Aubert, Théodora Marcadé, Elise Marie, Camille Roy & Marion Verstraeten 
Création lumières de  Guillaume Roland 
Costumes de Suzanne Aubert

Crédit photos © Pascal Victor et © christophe Raynaud de Lage

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