Mon égo, cet intime inconnu

Comment cela sera après ?
Est-ce que tout va reprendre comme avant ?
Est-ce que ce sera mieux, pire, différent ou inquiétant ?
Est-ce qu’on pourra encore jouer, Monsieur le Grand Chef ?
Si on ne joue plus, on va être malheureux, non 
?

On ne peut s’empêcher de s’interroger.
Questions anxiogènes teintées à la fois de naïveté, d’égoïsme et d’égocentrisme.
Ah l’égo, ce bon vieux copain.
« – Dis-donc l’égo, ça fait combien de temps qu’on se connaît, toi et moi ? Un bail, non ?
– Tu ne réponds pas ? Ne fais pas semblant de dormir, tu aimes trop qu’on parle de toi !
 »
Tu as débarqué, clandestinement, un après-midi dans mon jardin secret, je m’en souviens très bien, tu sais.
Personne ne t’y avait invité d’ailleurs, à ce qu’il me semble ?
Oh. Une pancarte « Entrée interdite » ne t’aurait nullement empêché d’y pénétrer.
Tu étais si déterminé mon bel égo.

Sur une balançoire, je m’imaginais des scénarios où le héros, c’était moi. Le plus fort et le plus rapide, c’était moi … Le plus drôle et le plus beau, c’était moi. Le plus admiré, le plus futé, le plus rusé, toujours moi. Je croyais … Mais en fait, c’était toi.

Tu m’as pris par le cœur cet après-midi-là et m’as soufflé subtilement à l’oreille :
« – On va plus se quitter, toi et moi, fais-moi confiance.
– Mais t’es qui toi ? On m’a dit de ne pas parler aux gens que je ne connaissais pas »
Et moi, faute de bien me savoir qui j’étais, je ne pouvais me douter que je me parlais à « moi-même »… un « moi » inconnu avec lequel j’allais devoir me battre et débattre bien des fois . »

Tu as perdu, tu as gagné mais à chaque fois, le jeu se jouait entre nous.
J’ai bien tenté de me séparer de toi, Mr l’égo, mais on ne se débarrasse pas de votre Majesté aussi facilement.
Il lutte le guerrier, il s’accroche le brigand, il sait qu’il n’a nulle part où aller car chez lui c’est chez toi.

Alors un jour, on réalise avec évidence que ce compagnon de route ne s’abandonne pas en chemin, ne se cache pas au grenier, ou ne s’enferme pas dans une cage, mais que pour le vaincre, il suffit de l’accepter.

« – Tu es là, toujours, mais je ne joue plus avec toi, tu ne respectes pas les règles, tu es un mauvais perdant, et exclusif de surcroit. »
 Et que vas-tu faire ? tu n’es rien sans moi !
– C’est toi qui n’es rien sans moi, alors tais-toi et endors-toi, il y a bien d’autres « moi » qu’il est bon de connaître, tu ne pourrais les comprendre car il ne te ressemble pas. 
» 

Monsieur l’égo s’est endormi ce jour-là.

Je ne suis pas dupe, il n’a pas dit son dernier mot, mais c’est moi le rusé à présent et si lui prend l’envie de se réveiller, je lui sourirais calmement, je l’écouterais patiemment.
Et à la fin lui soufflerais subtilement à l’oreille : « On ne se quittera pas toi et moi, fais-moi confiance, mais rendors-toi !»

Elliot Jenicot, comédien – Je m’appelle Satie comme tout le monde

Crédit photos © Sandra Surmenian et © OFGDA

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