Feydeau, cul par dessus tête

Au ThéâtredelaCité, le collectif « Les Bâtards dorés » s’attaque à la farce et au divertissement en revisitant Feydeau, son art du vaudeville, son comique en boucle. Si l’approche peut surprendre, parfois dérouter, les cinq comédiens assument une relecture foutraque et granguignolesque du boulevard, mâtinée de beaux moments de poésie. 

Une série de pets, bien sentis, ouvre les hostilités et ponctue l’intervention d’un monsieur loyal (impayable Manuel Severi) quelque peu à la masse. Le ton est donné. Feydeau n’est qu’un prétexte, le propos est ailleurs. Détournant les codes du théâtre classique, les Bâtards dorés invitent à un voyage vers une autre dimension faite d’itération, de redondance, d’exagération et d’extravagance. S’éloignant de l’œuvre originale pour mieux l’ancrer dans un imaginaire théâtralisé, ils surjouent le vaudeville, surlignent les effets de styles, les mimiques contrites des domestiques. 

Sans retenue aucune, lâchant prise avec texte et rythmique, ils s’amusent des situations cocasses, entrecoupent les scènes d’interludes décalés. Le tout prend lentement. Si parfois on se perd dans les méandres de leur création, les cinq comédiens, tous excellents, savent rattraper l’attention, amener le public à entrer dans leur danse saccadée et alternative. En reprenant dans une seconde partie, la pièce de Feydeau en version vieux français, la transposant au moyen-âge, l’éclairant à la bougie, ils signent un moment plein de poésie, de beauté. 

Passant du coq à l’âne, traversant le quatrième mur, interpellant le public, les bâtards dorés tâtonnent encore un peu, cherchent à affiner leur mise en scène, la rendre plus fluide. Mais l’essentiel est là. Ils ont une manière bien à eux de tout faire exploser, de tout détruire, d’aller progressivement vers un trash en tout point assumé. 

L’objet est certes ovniesque, indéfinissable, il va en dérouter plus d’un, mais il a cette folie et cette « trash attitude » qui déconcertent et fascinent en même temps. Certes, il a encore besoin de quelques ajustements, mais ce Cent millions qui tombent est un beau bébé théâtral d’autant qu’il est porté à bout de bras par des artistes qui ont du chien et un sacré talent.

Lisa Hours est inénarrable en cocotte qui joue les bourgeoises. Jules Sagot parfait en bonne et en dandy libertin, Romain Grard terrible en cocu ruiné, Ferdinand Niquet-Rioux épatant en domestique à l’ouest et Manuel Severi détonant en amant d’un soir, improbable en maitre de cérémonie complètement déphasé.

Si vous voulez voir du Feydeau pur jus passez votre chemin, vous serez déçu, pour les autres laissez-vous emporter dans l’univers débridé des Bâtards dorés, le rire est garanti. 

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore – Envoyé spécial à Toulouse


Cent millions qui tombent du Collectif Les Bâtards dorés d’après l’œuvre de Georges Feydeau 
ThéâtredelaCité 
1 Rue Pierre Baudis
31000 Toulouse
Jusqu’au 31 janvier 2020

Tournée 
du 18 au 22 février2020 au TnBA – Bordeaux
le 28 février 2020 au Théâtre de Chelles
le 27 mars 2020 au Théâtre de l’Arsenal – Val-de-Reuil

Conception et mise en scène du Collectif Les Bâtards dorés (Romain Grard, Lisa Hours, Christophe Montenez, Jules Sagot, Manuel Severi, Lucien Valle) 
Avec Romain Grard, Lisa Hours, Ferdinand Niquet-Rioux, Jules Sagot, Manuel Severi et Lucien Valle 
Création sonore de John Kaced 
Création lumière et scénographie de Lucien Valle 
Création costumes de Marion Moinet

Crédit photos © Oscar Chevillard

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