Barbara en la majeur à la Scala

Avec une délicatesse infinie, Thomas Jolly et la chanteuse L. esquissent le portrait tout en nuance de la « Dame en noir ». Sans essayer de l’imiter, puisant dans son répertoire le moins connus, dans les entretiens que la chanteuse a donné à la presse, dans ses propos, ils lui redonnent vie le temps d’un soir et éclairent d’un regard différent sa personnalité hors-norme. Un spectacle intime, captivant ! 

21 juin 2011, à l’occasion de la 30e édition de la Fête de la musique, le ministre de la culture et de la communication, Frédéric Mitterrand (hillarant Thomas Jolly), remet le 2ème prix Barbara à l’auteur-compositeur-interprète L., de son vrai nom Raphaële Lannadère. Point de départ d’une consécration, cette cérémonie est aussi celui d’une aventure singulière, une plongée intime dans la vie de l’un des grands noms de la chanson française. Mais comment faire pour parler de la chanteuse décédée en 1997 ? Comment être original ? Tant de spectacles hommages lui ont été déjà consacrés. 

La chanteuse L., le metteur en scène Thomas Jolly et le musicien Babx relèvent avec brio la gageure. Ensemble, ils plongent dans l’histoire d’une femme, d’une interprète à la voix si unique. Ils cherchent à dévoiler la personnalité étonnante, curieuse qui se cache derrière de grandes lunettes noires. Forçant leur nature, allant sur des terrains qui ne leur sont pas familiers, la comédie pour les uns, la chanson pour l’autre, ils dressent par touches l’histoire d’une vie. 

Étrange parfois, drôle souvent, Barbara apparait terriblement humaine. S’engageant contre le sida en toute discrétion, refusant les étiquettes, la routine, elle se veut libre. Rongée par la solitude, aimant passionnant les hommes, elle chante, se produit sur scène pour oublier ses fantômes. Habillée de noire, cheveux courts couleur corbeau, elle apparait en filigrane, grâce notamment au jeu d’ombres et de lumières, aux intonations des voix, tout le long de ce spectacle musical.

Sur scène, un piano noir à queue, des fauteuils de salon, des lys à foison donnant à l’ensemble un air de loge d’artiste un soir de première, servent d’unique décor. Tout rappelle La dame en noir. Silhouette aérienne, L. apparait fragile, captivante. Troublante, elle entonne de sa voix, tout aussi insolite, envoûtante, que celle de Barbara, quelques airs de la diva, certes pas les plus connus, mais ceux qui éclairent l’être de chair et de sang derrière l’icône. 

Loin d’un simple hommage, les trois artistes concoctent avec ingéniosité un dialogue intime entre chansons et échanges de propos recueillis çà et là – l’entretien réalisé par Guy Lux, lors d’un concert réunissant Barbara et Serge Gainsbourg est l’une des pépites que le trio a déterré des archives, une anthologie. Interprétations poignantes, présences lumineuses, mise en scène au cordeau, Un jardin de silence est une très belle et très touchante évocation de la grande dame brune. 

Mi-récital, mi-pièce de théâtre, le spectacle, drôle autant qu’émouvant, séduit fans et néophytes, emporte l’adhésion de tous, et jette sur Barbara une douce lumière. Un bijou musical à découvrir au plus vite ! 

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore


Un jardin de silence de Thomas Jolly et L.
Création au festival de Vannes Les Émancipéés, en avril 2019 
La Scala-Paris
13, boulevard de Strasbourg
75010 Paris
Jusqu’au 3 novembre 2019 
Durée 1h15

chansons originales de Barbara
un spectacle musical conçu par L. (Raphaële Lannadère)
mise en scène de Thomas Jolly
mise en musique de Babx
avec L., Thomas Jolly, Babx
costumes et mobilier de Sylvain Wavrant
collaboration artistique d’Alexandre Dain
ingénieur du son Thibaut Lescure
lumière d’Antoine Travert

Crédit photos © Nicolas Joubard

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