Couv_quai-ouest_Visuel-4-BD_tempet-©-Victor-Tonelli_@loeildoliv

Quai Ouest, un Koltès en clair très obscur à la Tempête

D’inquiétantes silhouettes envahissent un espace scénique plongé dans la pénombre. Errant sur des monceaux de détritus, ces âmes noires tourbillonnent tels des vautours autour de l’argent et de la mort. Adaptant avec une minutie cette pièce sombre de Koltès, Philippe Barronnet signe un spectacle d’ambiance radical, sans espoir dont l’esthétisme ténébreux avale la cruelle dramaturgie.

Alors que scène et salle sont plongées dans une obscurité angoissante, des sons étranges résonnent dans le silence, des voix presque métalliques se font entendre au loin. La nuit bien installée semble vouloir avaler tout être vivant traînant sur ces docks désertés et malsains. Un homme d’affaires ruiné (épatant Erwan Daouphars en alternance avec Julien Muller), suivi de son apeurée secrétaire (lumineuse Marie-Cécile Ouakil), s’avance bravant la pénombre vers une mort certaine. Sur le chemin qui l’amène sur le lieu de son suicide, il va croiser une singulière et menaçante famille de réfugiés, prête à tout pour grappiller ne serait qu’un cent, une petite frappe vivant de petites combines (détonnant Félix Kysyl) et un noir sculptural, immobile (imposant Marc Veh).

 Quai-ouest_1-BD_tempete_-©-Victor-Tonelli_@loeildoliv

S’emparant d’une des pièces les plus sombres, les plus dures de Bernard-Marie Koltès, Philippe Barronnet a pris le parti ambitieux et risqué de rendre sur scène l’ambiance glauque et sépulcrale décrite et voulue par le dramaturge français. Plongeant comédiens et spectateurs dans un univers noir, obscur où tout espoir de rédemption semble vain, il souligne par sa mise en scène l’âpreté, la radicalité et la crudité du texte.

Bien que l’ensemble soit cohérent et bien ficelé, on se sent rapidement asphyxié, oppressé par cette plongée sans appel en enfer, cette immersion dans l’obscurité la plus totale. Séduit par l’esthétisme sombre de la scénographie, imaginée par Estelle Gautier, on reste pourtant en dehors de la dramaturgie tant l’atmosphère noire, ténébreuse prend le pas sur le texte.

Si l’étrangeté de ce Quai Ouest n’arrive pas à charmer tout à fait tant il est singulier, insolite, il faut toutefois saluer le talent des comédiens qui habitent avec férocité et engagement total leur personnage.

Par Olivier Fregaville-Gratian d’Amore


AFF_quai-ouest-theatre-de-la-tempete_38662_@loeildoliv

Quai Ouest de Bernard-Marie Koltès
Théâtre de la Tempête – Salle Serreau
La cartoucherie
Route du Champ de Manœuvre
75012 Paris
Jusqu’au 15 Avril 2018
du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 16h
Durée : 2h50 (avec entracte)

Mise en scène de Philippe Barronnet
avec Louise Grinberg, Félix Kysyl, Marc Lamigeon, Julien Muller (en alternance avec Erwan Daouphars), Marie-Cécile Ouakil, Teresa Ovidio, Vincent Schmitt, Marc Veh
scénographie d’Estelle Gautier
dramaturgie de Marie-Cécile Ouakil
lumières de Lucas Delachaux
son de Julien Lafosse
costumes d’Irène Bernaud assistée de Hortense Gayrard

Crédit photos © Victor Tonelli

Print Friendly, PDF & Email

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

*

Dernièrement

Aller à Haut