Baptiste Amann © Pierre Planchenault
Baptiste Amann © Pierre Planchenault
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Baptiste Amann : « Il est important d’exercer notre regard autrement » 

L’auteur et metteur en scène avignonnais revient dans sa ville natale le temps du festival et présente "Lieux communs", un thriller choral autour des conséquences du meurtre d’une jeune femme. 

Baptiste Amann : L’idée est venue d’un rapport à l’irrésolu, c’est-à-dire à une quête qui n’aboutit pas, à une réponse attendue qui ne vient pas. En tournée de la trilogie Des territoires, j’avais pris l’habitude d’évoluer en coulisses et d’observer le ballet des comédiens et des comédiennes : je ne voyais d’eux que des ombres, des images presque floues, des morceaux de corps, se préparant à monter sur scène ou quittant le plateau. Ça m’est apparu comme allégorie assez forte de l’inaccessibilité à la vérité vis-à-vis de certains aspects de la vie. Derrière ces instantanés, ces moments volés, je voyais en filigrane apparaître de grandes questions fondamentales : l’existence de Dieu, l’origine de la vie, la naissance de l’univers, etc. Ces endroits où, finalement, on atteint un seuil conceptuel au-delà duquel on ne peut faire intervenir que des fictions régulatrices. C’est le point de départ théorique de Lieux communs

Ivan le terrible tue son fils - Galerie Tretyakov © Ilya Répine
Ivan le terrible tue son fils, Ilya Répine, 1883-1885 © Galerie Tretyakov ©

Baptiste Amann : Pour mettre en scène des situations toutes liées par un même fait divers sur lequel il est difficile d’entériner une vérité objective. Le thriller m’a semblé être un genre intéressant pour traiter les questions de représentation et d’interprétation au cœur de nos systèmes de croyances.

Baptiste Amann : Tout est purement fictionnel. Étant donné que les thématiques qui sont abordées concernent des violences ou des mécanismes d’oppression systémique, la fiction m’est apparue comme le meilleur moyen de ramener du particulier dans le récit. C’est-à-dire de ne pas être dans une vision manichéenne, une pensée par système, mais de voir et de traiter ces questions-là à travers une étude de cas comme peut le faire, finalement, la tragédie grecque. Dans les textes d’Euripide, de Sophocle ou d’Eschyle, il n’est question que de féminicides, d’infanticides ou de parricides, mais leur problématisation est personnifiée (Oreste, Médée, Thyeste, Œdipe…). La fiction permet de faire des personnages l’incarnation des symptômes d’une époque. À partir de cette première approche, j’ai cherché à ce que ce fait divers devienne un point d’intersection entre deux systèmes de domination, le racial et le patriarcal. J’ai exploré cette zone assez grise et complexe où se rejoignent les questions de racisme et de féminisme. 

Baptiste Amann : Comme toujours, les acteurs et actrices pour qui j’ai écrit. Ils me servent de modèle et génèrent des imaginaires inattendus. Il est toujours un peu délicat de savoir comment naît une idée. Je savais que j’avais envie de déployer le récit dans quatre situations qui appartiendraient toutes à un paysage allégorique « d’arrière-décor ». Ainsi, durant le spectacle, nous allons passer du sous-sol d’un commissariat à la loge d’un studio de télévision et d’un atelier de restauration d’œuvres picturales aux coulisses d’un théâtre. C’est d’ailleurs à partir de ces espaces que j’ai construit la pièce, les liens avec les personnages et le crime originel. 

Baptiste Amann : Ce sont des artistes que j’ai rencontré au gré des spectacles. On s’est croisé plusieurs fois, nous avons évoqué ensemble le désir d’un jour travailler ensemble. L’occasion s’y prêtait enfin. Je leur ai proposé de rejoindre l’aventure. Dans le cas de Charlotte Issaly, dernière recrue sur le projet, je l’ai découverte dans L’Esthétique de la résistance, la pièce de Sylvain Creuzevault d’après l’œuvre de Peter Weiss. Sa présence singulière m’a happé. Après, tout le principe de ma pièce est de jouer sur les lieux communs, sur les dispositifs d’assignation. J’avais très envie de jouer sur les clichés. De ce fait, la distribution est très importante car elle apporte un contrepoint aux stéréotypes que met en exergue le texte. Tout l’enjeu de la pièce est de montrer qu’il est important et essentiel de dépasser les apparences, d’exercer notre regard autrement. C’est en tout cas sur cela que nous travaillons. 


Lieux communs de Baptiste Amann
Festival d’Avignon
L’autre Scène – Vedène
Avenue Pierre de Coubertin
84270 Vedène
du 4 au 10 juillet 2024
Durée 2h30

mise en scène de Baptiste Amann assisté de Balthazar Monge, Max Unbekandt
Avec Océane Caïraty, Alexandra Castellon, Charlotte Issaly, Sidney Ali Mehelleb, Caroline Menon-Bertheux, Yohann Pisiou, Samuel Réhault, Pascal Sangla 
Scénographie et lumière de Florent Jacob
Son de Léon Blomme
Costumes d’Estelle Couturier-Chatellain, Marine Peyraud
Collaboration artistique – Amélie Énon 
Régie générale – Philippe Couturier , Régie plateau – François Duguest  – Régie lumière Clarisse Bernez-Cambot Labarta  – Régie son Léon Blomme 

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